CHAPITRE III
Philippe II, qui était à Madrid, vint le lendemain à Al cala. Le 30. dans la soirée, il se rendit secrètement à Guadalajara, pour voir sa future épouse. Le lendemain, le cardinal de Burgos les maria ( ! ). Une réflexion du secrétaire Courtewille, qui était présent, mérite d'être rapportée ici : « Il me semble — écrivit-il « au président Viglius — les partyes se contentent et « se contenteront fort bien l'une de l'aultre. Les « signalz qui me le font dire auriont meilleure grâce « de bouche que par escript ( 2 ). »
Le 12 février, eut lieu l'entrée de la reine à Tolède ( 3 ) : elle ne dura pas moins de six heures, d'une à sept de l'après-midi. Conduite d'abord à l'église métropolitaine, où elle fit sa prière, Elisabeth fut reçue au palais par don Carlos, qu'accompagnaient don Juan d'Autriche et Alexandre Farnèse ( 4 ). Après ce qui s'était passé au congrès de Cateau-Cambrésis, cette première entrevue excitait quelque curiosité : la fille de Catherine de Médecis montra au prince des Asturies un visage plein de bienveillance et où se peignait l'intérêt qu'elle prenait à sa situation, car le
(») Vandenesse. — Lettre de Courtewille, du 29 janvier, déjà citée.
(*) Lettre du jour de la Chandeleur (2 février).
( 8 ) Dans les Négociations, lettres et pièces diverses relatives au règne de François II, publiées par M. Louis Paris, Paris, -1841, in-4<>, p. 27J, il y a une lettre de l'évéque de Limoges où le 3 février est donné comme le jour de l'entrée de la reine ; il doit y avoir ici une erreur de copiste. Vandenesse précise les dates : te 3 février, dit-il, LL. MM. allèrent à Alcala; le 5, elles allèrent à Madrid, où la reine fît son entrée; le 9, le roi fut à Aranjuez ; le 42, au matin, il vint à Tolède, et l'après dluer, la reine y fit son entrée, etc.
(*) Vandenesse.
pauvre prince était tout exténué. Don Carlos fut touché de l'accueil de la reine ; dès ce moment, il conçut pour elle des sentiments de respect et de déférence qui ne se démentirent jamais depuis ( ! ).
Les prélats, les grands, la noblesse, les députés des villes de Gastille attendaient avec impatience, à Tolède , la solennité de la prestation du serment à l'héritier présomptif de la couronne, pour laquelle ils y étaient réunis depuis plusieurs mois ; le jour en fut enfin fixé au 22 février. Le roi voulut qu'elle se fît à la cathédrale. Le siège de Tolède était occupé, en ce temps-là, par fray Bartholomé de Carranza, de l'ordre de Saint- Dominique ; mais cet illustre prélat avait été arrêté, au mois d'août de l'année précédente, par ordre de l'inquisiteur général, Fernando de Valdès, et il était gardé en une étroite prison. Philippe notifia ses intentions au chapitre métropolitain.
Le 22 février, à neuf heures du matin, le cortège royal partit du palais, pour se rendre à la cathédrale. Don Carlos, vêtu avec magnificence, montait un cheval blanc, richement enharnaché et caparaçonné ; à sa gauche était don Juan d'Autriche : la bonne mine, la tournure élégante du fils naturel de Charles-Quint contrastaient avec l'attitude disgracieuse et le teint blême du prince des Àsturies ( 2 ). Devant eux allaient Alexandre Farnèse, l'amiral de Castille, les comtes de
(*) Lettre de l'évéque de Limoges à François II, du 23 février 4560, dans les Négociations, lettres, etc., p. 274 . (*) « Con mal color de quartanario, » dit Cabrera.