‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 5 sur 170 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

moment, iî se proposait de visiter le duché de Gueldre, dont, deux années auparavant, il avait fait la conquête : il changea de résolution, et se rendit directement à Bruxelles, après avoir recommandé à la reine Marie, sa sœur, gouvernante des Pays-Bas, de prendre les mesures nécessaires pour que les obsèques de la princesse fussent faites aussitôt après son arrivée dans cette capitale ( ! ).

Si nous en croyons l'ambassadeur vénitien Paolo Tiepolo, don Carlos annonça, dès son entrée dans la vie, des instincts étranges. Non-seulement il mordait mais encore il mangeait le sein de sa nourrice ; il en eut ainsi trois, auxquelles il fit des morsures (Mies qu'elles faillirent en mourir (-). On crut, pendant plusieurs années, selon le même ambassadeur, qu'il serait muet : il avait cinq ans lorsqu'il prononça la première parole, et cette parole fut non. L'empereur fut si charmé de savoir que la langue de son petit-fils s'était déliée qu'il plaisanta sur le mot sorti de sa bouche, disant qu'il avait bien besoin et bien raison de dire non à tout ce que dépensaient et donnaient son aïeul et son père ( 3 ). Que cette dernière anecdote

( ! ) Lettre de Charles-Quint à la reine Marie, écrite de Worms, le 30 juillet 1545.

L'empereur arriva à Bruxelles le 25 août, et les obsèques de la princesse d'Espagne eurent lieu le lendemain. (Journal de Vandenessk.)

(*) * 11 principe Carlo.... tiene alcuni modi di procedere et costumi molto notabili, perché fanciulo non solamente mordete ma mangiô anchor i petti a tre sue baile, che per questo rispetto forono viciue a morire.... » (Relation faite au sénat de Venise, le 49 janvier 4563, aux Archives de Venise.)

( 3 ) « .... Non parlé innanzi i cinque anui, et la prima parola avertita

soit vraie ou supposée, toujours est-il certain que don Carlos avait vingt et un ans, quand on lui coupa le filet (').

Philippe choisit, pour gouvernante de l'infant, doiïa Leonor de Mascarenas, aux soins de laquelle il avait été confié lui-même dans son bas âge : c'était une dame portugaise de haute naissance; elle avait accompagné la princesse Isabelle en Espagne , lorsqu'elle y vint épouser Charles-Quint; elle était âgée de quarante-deux ans en 1545. Philippe lui dit, en remettant l'infant entre ses mains : « Mon fils a perdu « sa mère ; Vous lui en servirez ; traitez-le comme « telle ( 2 ). »

Quand don Carlos passa du gouvernement des femmes à celui des hommes, dona Leonor de Mascarenas voulut prendre le voile; elle avait fait vœu, dès son enfance, de vivre en état de chasteté : elle en référa au prince Philippe, qui lui conseilla de fonder plutôt un couvent, afin de rester libre de se livrer à d'autres exercices de piété. Elle érigea à Madrid le couvent de Santa Maria de Iqs, Angeles, de l'ordre

in lui fit no, la quai subito ra port a ta air imperatore suoa,vo, per l'indilro che dava cheegli non dovesse restar muto, corne si dubitava, gli diede occasion di moleggiare sopra, perché disse cbe a quel che suo avo et suo padre spendevano et donavano, havea il figliolo ben ragion et bisogno di dir di no.... »

(') L'article suivant fait partie d'un compte conservé aux Archives de Simancas : « Jueves, 28 de novembre 4566, die, # por mandado do « Su Alteza, à Rui Diaz de Quintanilla, mil y cien reaies, porque cor ta « el frenillo à Su Alteza. » {Contadurias générales, pliego 58, p. 4.)

( 2 ) « Mi hijo queda siu madré ; vos lo aveis de ser suya, tralâdmele romo tal. »

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