‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 106 sur 358 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

santé languissante fit naître des appréhensions continuelles pour sa vie S il n'y avait pas de princesse, en Europe, qui n'eût été fière de donner sa main à l'héritier présomptif du plus puissant empire de la chrétienté. Aussi, bien avant que le roi son père songeât à le marier, des ouvertures lui avaient été faites, de plus d'un côté, en vue de ce mariage.

Les premières vinrent de Catherine de Médicis. Non contente d'avoir polir gendre le souverain actuel des Espagnes, la veuve d*Henri II aurait voulu qu'une autre de ses filles s'assît à son tour sur le trône de Ferdinand et d'Isabelle : elle proposait pour don Carlos madame Marguerite, née le 14 mai 1883, plus jeune ainsi de huit ans que le prince des Asturies. Le 28 juillet 1860, le cardinal de Lorraine, écrivant, par son ordre, à l'ambassadeur de France à Madrid 2, le chargea de pressentir adroitement le roi catholique sur ses intentions relativement à son fils : la cour de Lisbonne faisait en ce temps-là solliciter la main de la princesse Marguerite pour le roi don Sébastien; « mais, — disait le car- » dinal à l'ambassadeur — s*il y avait espérance du prince »> d'Espaigne, nous l'aymerions beaucoup myeulx qu'aultre )» parly qui se pust présenter ^. » Catherine ajoutait, de sa main : a Set heune de chause de set monde que je dési-

» rerès le plus, que de la voyr auprès de sa seur *. »

On pense bien que, dans sa correspondance avec la reine Elisabeth, elle ne négligeait pas de lui recommander les intérêts de la jeune Marguerite; voici,. entre autres, les

i. L'ambassadeur vénitien Gio Soranzo écrivait au doge, le 16 novembre 1563 : a Molli sono che fanrio cattivo giuditio di Sua Allozza, dubitando » la sia per havcr calissima vita... » .

± Sebastien de l'Aubespine, évoque de Limoges.

3. Négociations, lettres et pièces diverses relatives au règne de François II, etc.; publiées par M. Louis Paris ; Paris, 1841, in-40, p. 436.

termes dans lescjuels elle le faisait : « L'évesque de Limoges » m'a mande que le prince n'a plus la fièvre. Si cela con- » linuc d'eslre guéri, ne perdez pas Taucasion de garder

» qui ne soit marié ha auhre femme que à vostre seur ,

» et me sanble que y devez mestre tous vos sin san .^... : » car aultrement vous seriez en danger d'estre la plus mal- » jieureu^e du monde, si vostre mary venoit à mourir, luy » estant roy, comment il sei'oit, si n'avest aypousé quelque » femme qui feùt heun vous-mome , come seret vostre » sour... Cela, ma fille, fet que me semble que devés com- » menser de louin à bâtir..... ; et en set faysant, vous fairés » ynfinimcnt pour vous et pour tous nous aultres issy *. ïk Peu de temps ai)rès ces tentatives de la reine-mère à Madrid, François II mourut *. Marie Stuart restait veuve à Tàge de dix-huit ans. C'était uti immense malheur pour elle que la perte de son mari : les princes de Lorraine, ses oncles, jugèrent qu'il serait réparé, s'ils parvenaient à lui faire épouser le fils du roi d'Espagne ; le cardinal s'en ouvrit à Thomas Perrenot, seigneur de Chantonay, ambassadeur de Philippe II à Paris ^. A la vérité, elle était plus âgée de deux ans et demi que don Carlos ; mais les rares agréments réunis en sa personne rachetaient bien, et au delà, cette légère dilTérence d'âge. « Elle était grande et belle. Ses yeuxres- » piraient l'esprit et resplendissaient d'éclat. Elle avait les » mains les mieux tournées du monde. Sa voix était douce, » son aspect noblç et gracieux, son langage animé, et son

» attrait irrésistible Son éducation extrêmement soignée

» avait ajouté des talents variés à ses grâces naturelles.

i. Lettre sans date, dans les ^^égocialionSt lettrei, etc., p. 814.

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