CHAPITRE Vin
drid, le désir de savoir si son intention était que Tarchiduchesse fût gardée pour le prince d'Espagne, ou si Ton pouvait la donner à la France * .
La question était précise ; mais le cabinet de Madrid n'était jamais embarrassé de trouver des moyens évasifs. Philippe fit déclarer, par le duc d'Albe, à don Martin de Guzman que, son fils étant malade et très-jeune encore, il paraissait que le moment n'était pas venu de traiter de son mariage; qu'il priait en conséquence rempereur de trouver bon que cette négociation fut remise à plus tard; que si, dans l'intervalle, quelque autre occasion qu'il n'entrevoyait paç actuellement vienait à s'offrir à l'avantage des deux maisons, auxquelles tout était commun, il lui en donnerait connaissance et prendrait son avis 2.
Ferdinand ne se paya pas de ces raisons. Ayant appris, au commencement de 1562, l'amélioration qui s'était manifestée dans Tétat de don Carlos, il expédia un courrier à son ambassadeur, afin qu'il sollicitât du roi catholique une réponse positive. Il s'en expliqua aussi avec le comte de Luna. 11 lui dit qu'aucun parti ne convenait autant au prince d'Espagne que sa petite-fille, non-seulement pour les rapports d'âge qu'il y avait entre eux et les belles qualités de l'archiduchesse, mais encore pour d'autres considérations d'une haute importance et qui touchaient le bien d'eux tous et la
i. a... Desea Su M^ Gesarea saber la voluntad de V. Md C. en si se deba tratar del casamiento do su n.ieta la mayor con Francia, ô si es la de V. M<i que se guarde para el principe, y se Irate de dar la segunda nieta â Fraocia, porqae, no habiendo V. M^i de venir en lo primero, no se perdiese ocasion de remediar la mayor, por no toner en eslo la claridad de V. M^ que la ^uya desea.... » (Mémorial de don Martin do Guzman à Philippe II, sans date : Archives do Simancas, Eslado, leg. 651.)
2. Dépèche du confie de Luna à PhilippeII,dul9 janvier 1562, ci-dessii* citée.
174 DON CxVRLOS ET PHILIPPE II
rohservation de la maison (rAutrichc *. Il l'engagea à faire au roi, son maître, un |)ortrait fidèle et consciencieux de la jeune princesse 2. H ajouta que, s'il savait quelque autre parti qui convint mieux au roi ou au prince, il le verrait préférer avec beaucoup de plaisir 3. H tint le même langage à son neveu dans une lettre autographe qu'il lui écrivit le 14 janvier *.
Le comte de Luna s'efforça de persuader l'empereur que le roi ne ferait rien, en ce qui concernait le mariage de son fils, lion plus qu'en d'autres affaires d'une égale importance, sans prendre son avis, et ([ue, dans l'état où le prince se trouvait, après les fièvres dont il avait souffert si longtemps, il pouvait y avoir de graves inconvénients à le marier.
L'empereur avoua que le comte avait quelque raison; il lui dit que jamais il ne conseillerait au roi une chose qui pourrait avoir les conséquences qu'on avait vues en Portugal ^. « Je vais, comte, — poursuivit-il — vous parler » en confidence, et pour que cela ne sorte pas d'ici. Savez- » vous ce qui me meut à faire cette démarche? C'est qu'on » me mande, de Flandre et d'Italie, qu'il est question du » mariage du prince avec la sérénissime princesse de Por- » tugal, et que l'affaire est même si avancée qu'on a écrit à
» Rome pour les dispenses Je la fais aussi parce que,
») bien que la princesse de Portugal soi* une personne telle » qu*elle ne laisse rien à désirer, je trouve l'alliance de ma
i. Dépôche du comte deLuna à Philippe II, du 19 janvier 1562.
2. Le comte de Luna le fit. Nous avons cité, p. 164, le portrait de l'archiduchesso Anne, tel qu'il fut envoyé par lui à Philippe II.