‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 142 sur 358 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

teup; il tenait les yeux baissés, et s'il les levait, c'était pour les promener çà et là *. Il parlait si bas que le seigneur de Fourquevaulx, ambassadeur de Charles IX, ne put entendre presque rien de ses paroles, à la première audience qu'il eut de lui *. Ses réponses étaient en général précises et gracieuses ; le plus souvent, il les accompagnait d'un sourire aimable, mais il évitait de décider ou de s'engager sur les demandes qui lui étaient faites : il voulait prendre le loisir de les examiner et de les faire examiner par ses ministres. Il était réservé surtout dans ses communications avec les ambassadeurs étrangers, qu'il invitait presque toujours- à lui remettre des mémoires ou des notes sur les sujets- dont ils venaient de l'entretenir *.

Quand il était à Madrid, il donnait audience à tous ceux qui la demandaient. En se rendant de sa chambre à la chapelle où, chaque matin, il entendait la messe ; en sortant de la chapelle pour aller se mettre à table; enfin en retournant à sa chambre après son dîner, il recevait toutes les suppliques qu'on voulait lui présenter, et si quelque personne témoignait le désir de lui adresser la parole, il s'arrêtait pour écouter ce qu'elle avait à lui dire *.

La délicatesse de sa complexion lui imposait plus d'un ménagement : il dormait beaucoup ; il était très-réglé dans sa manière de vivre, ne mangeant ni poisson ni fruits, dont son père faisait une consommation immodérée, et se nourrissant des mets les plus substantiels ^. Le vendredi-saint

1. Relation de Federico Badoero, dans les Relations des ambassadeurs vénitiens sur Charles-Quint et Philippe 11^ p. 38.

2. Relations des ambassadeurs ve'nitiens, etc., p. 170, note 1. Fourquevaulx eut sa première audience au mois d'octobre 1565.

3. Relazioni degli ambasciatori veneti, etc., série I, t. V, passim.

4. Relations de Pàolo Tiepolo, de Gtovanni Soranzo, de Sigismondo Cavalli, dans le tome cité des Relazioni.

5. Voy. les relations de Michèle Suriano,de Paolo Tiepolo, de Giovanni

était le seul jour de ramiée où il ne fut pas servi de viande sur sa table \ les autres jours déjeune prescrits par l'Église, il avait reçu du pape la permission d'en manger, pourvu qu'il le fit d'une seule espèce, telle que chapon, veau, bœuf ou mouton *. Les vendredis, les samedis et les vigiles, il dînait toujours en particulier, pour ne pas donner un mauvais exemple ^. Sa tempérance était remarquable; il vidait, deux foison deux fois et demie au plus, à son repas, un verre de cristal de médiocre grandeur ^.

Soit en particulier, soit en public, il dînait ordinairement seul ; ce n'était que dans des occasions extrêmement rares qu'il admettait à sa table la reine, le prince son fils ou la princesse sa sœur. D'autres, quels qu'ils fussent, n'étaient pas jugés par lui dignes de s'y asseoir *.

Il n'y avait personne, à sa cour, qui remplit plus ponctuellement que lui ses devoirs religieux. Il assistait avec régularité aux offices divins , et communiait quatre fois au

Soranzo, do Sigismondo Cavalli, de Lorenzo PriuU, d'Alberto Badoero, dans les Relazioni deijli ambasciaturi veneti, série I, t. III et V.

1. a Dal venerdi santo in fuori, mangia sempre carne; e il digiano délie altre yigiiie ha facoltà di farlo con mangiar d'ana cosa sola, ma ciô sandi cappono, vitello e cosa taie.... » (Relation de Sigismondo GavalU, déjà citéo, p. 183.)

2. Il venerdi, sabato e le vigilie, per non dar cattivo esempio, sempre mangia ritiratc... » (Relation de Giovanni Soranzo, déjà citée, p. 113.)

3. « Nel bcver è nïodosiissimo, ne beve nel suo desinare più di dae voltc... » (Même relation, ibid.) — « Beve dae volte, o dae voile e inezzo, in an bicchiere di cristallo di. médiocre tenata.... » (Relation d'Alberto Badooro, ibid., p. 276.)

4. « Mangia S. M. ordinariamente sola, non facendo degno di «tare alla sua tavola altri che la serenissima regina, il principe e la principessa, i qaaii porô chiama rarissime volte, e scorrono molti mesi prima che mangi con alcnn di loro... » (Relation de Giovanni Soranzo, /. c.) -^ Dans sa relation do 1563, Paoio Tiepoio dit de même, à propos du diner du roi : a Che fa alcane vol te in pablico o altre rilirato, ma quasi sempro » solo, perché rarissime mangia colla moglie, colfiglioe colla sorella, che » altri non è fatto degno délia sua mensa.... » {Ibid,^ p. 61.)

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