CHAPITRE IX Si
vait être revêtue de sa signature ; Tambassadeur vénitien Giovanni Soranzo mentionne jusqu'à des cédules accordant vingt ducats de gratification, jusqu'à des permissions telles que d'exporter un cheval des \ royaumes d'Espagne, auxquelles il fallait qu'elle fût apposée*. Cette application infatigable au travail, cette volonté de connaître et de décider des questions même les moins importantes, ne tournait pas à l'avantage de la chose publique : au contraire, Texpédition des affaires en souffrait considérablement; souvent, quand une décision était prise, elle arrivait trop tard. C'est ce qui faisait dire à un autre diplomate vénitien que rien n'était insupportable comme de négocier à la cour de Madrid ^.
Il était doué d'un bon jugement et d'une mémoite heureuse; il avait, des notions de géographie, d'histoire, de mathématiques ; il possédait plusieurs langues ; il aimait les arts : les soins que s'était donnés le savant Siliceo, son maître, pour former son intelligence, n'avaient pas été employés sans succès. Mais il avait un défaut qui lui aurait fait perdre le fruit des plus belles qualités, défaut d'une gravité extrême dans le chef d'une grande monarchie : il ne savait pas prendre un parti; il consultait, il délibérait, alors qu'il aurait fallu agir. Thomas Perrenot, seigneur de Chantonay, qui le connaissait bien, n'écrivait pas sans raison au cardinal de Granvelle, son frère : « Quant à nostre maistre, tout » va de demain à demain, et la principale résolution en » toutes choses e3t de demeurer perpétuellement irrésolu ^. »
1. Helazioni degli amhasciatori veneti, sériel, t. V, p. 115.
2. « .... Non potendo S. M. supplire a lutte le cose, vengono tanto ritardate le espedizioni che tutto si fa fuori di tempo, ed è cosa insoppor-
tabile negoziar a quella corte » (Relation de Lorenzo Priuli, de 1576,
dans les Relazioni, etc., série 1, t. V, p. 255.)
3. Lettre du 6 octobre 1565, dans les Papiers d*État du cardinal dp Granvelle, t. IX, p. 568.
Cette indécision dans le caractère fut cause de presque tous les malheurs de son règne.
Dans ses rapports avec les souverains étrangers, il faisait profession d'être observateur scrupuleux de sa parole *.
Nous avons dit, en Tun des précédents chapitres, qu'il abhorrait la guerre ; il ne l'avait faite, au commencement de son règne, que parce qu'il y avait été forcé. Aussi s'empressa-t-il de traiter avec le pape Paul IV à des conditions si peu honorables pour lui, que Charles-Quint, alors retiré dans le monastère de Yuste, ne put s'empêcher d'en témoigner tout haut son mécontentement *; et, après les victoires de Saint- Quentin et de Gravelines qui avaient frappé la France de terreur, il ne songea qu'à entrer en accommodement avec Henri II ^. Rien n'était plus opposé à ses penchants que cette ambition, ce désir de gloire dont Tempereur avait été possédé, et qui l'avait fait s'engager dans de si grandes entreprises. Le mouvement, les fatigues répugnaient à sanature. Il était plus soucieux de conserver ses États par la paix que de les augmenter par la guerre *.
1. « s. M. fa professiono d'esser osservantissima délia sua parola, oè fin qui si è vedato che abbia mancato a principi di quanto loro ha promesso... » (Relation do Sigismondp Cavalli, déjà citée, p. 192.)
2. \oy. Retraite et mort de Charles-Quint au monastère de Yuite, 1. 1, pp. 228 01 245 ; t. II, pp. 304 et 306.
3. Les négociations se ressentirent du vif désir de Philippe II de conclure la paix. Granvello écrivait, de Gercamp, le 2 novembre 1558, aa confesseur du roi : « 0 sea por nuestros peccados , ô, porqae assi lo qniere » Dios, por otra cosa, no andan estos Franceses camino (si no se mudao) » do hacer paces, y deve nos dafiar haver ellos entendido la gana qw j> délias tenemos, y nos la querrian vender cara.... » {Papier» A' État d% cardinal de Granvelle, t. V, p. 354.)
4. « Il ro s'è visto, sin dai primi suoi anni, inelinare alla pace, esser inimico di gnerra, non desiderare maggior stato di qaello che s'abbia, e corne in questo ô caldissimo ed ardentissimo, cosi in quest' allro dell' acquistaro esser tepido e forse pieno di ghiaccio. » (Relation d'Ântonîo Tiepolo, de 1572, déjà citée, p. 220.)
Dans sa relation de 1576, déjà citée (p. 258) , Lorenso Priuli dil aoftii :