CHAPITRE X
quis de Berghes une lettre autographe où il lui exprime le désir de le voir. — Berghes se remet en route et arrive à Ségovie. — 11 est bien reçu du roi, et remplit au château de Yalsain ses fonctions de gentilhomme de la chambre. — Audiences données par le roi à Berghes et à Monligny. — Conférences qu'ils ont avec le duc d'Albe et Ruy Gomez, et qui n'aboutissent à rien. — Nouvelles fâcheuses reçues des Pays-Bas : saccagement général des églises et des monastères. — Le roi, déjà lin peu indisposé, est saisi d'une fièvre violente en apprenant, ces nouvelles. — Lettres ultérieures de la duchesse de Parme complétant le récit des dévastations exercées par les iconoclastes , et faisant connaître les concessions auxquelles elle s'est vue obligée de souscrire. — Exaspération des Espagnols contre leâ Belges; sermons passionnés de leurs prédicateurs. •— Consternation, désagréments et embarras des Belges qui se trouvent à Ségovie. — Rétablissement de Philippe II ; il reçoit un envoyé de Charles IX. — La fièvre le reprend ; mais il en est tout à fait délivré au commencement d'octobre. — Sa maladie ne l'empêche pas de s'occuper des affaires : cédule qu'il fait expédier aux églises cathédrales, afin qu'on prie pour la famille royale et pour la conversion des hérétiques ; lettres à la duchesse de Parme touchant son voyage prochain aux Pays- Bas et l'assemblée des états-généraux, à laquelle il continue de s'opposer. — Il quitte le château de Yalsain et rentre à Madrid. — Nouvelles de plus en plus alarmantes des Pays-Bas : projets de partage de ces provinces formés par les chefs du mouvement révolutionnaire ; plans de résistance à l'armée royale. — Soucis qu'en prend Philippe IL — Il assemble son conseil, sous sa présidence, pour délibérer sur le parti auquel il s'arrêtera définitivement. — Discours du comte de Chinchon, de don Juan Manrique et du duc d'Albe. — Assentiment qu'obtient du roi le langage de ce dernier, auquel il destine le commandement de ses troupes. — Vains efforts du prince d'Eboli pour lui faire préférer le comte de Feria. — Berghes et Montigny lâchent, avec aussi peu de succès, d'engager le roi à envoyer aux Pays-Bas le prince d'Eboli lui-même. — Doutes sur les rapports que, suivant l'historien Cabrera, les deux seigeurs belges auraient eus avec don Carlos . — Le roi ne donne pas connaissance, d'abord, à la duchesse de Parme, du choix qu'il a fait du duc d'Albe, et pourquoi. — Dispositions qu'il prend pour la concentration en Italie d'un corps de troupes, considérable. — Lettres aux princes italiens. — Envoi du comte Juan de la Anguisola aux cantons suisses, de don Juan de Acuîla au duc de Savoie, de don Bernardine de Mendoza au duc de Lorraine. — Nomination de Francisco d'Ibarra comme provédileur-général. — Explications sur les ressources à l'aide desquelles Philippe II fit face aux frais de cet armement. — Arrivée à Madrid de l'évêque d'Ascoli, chargé par Pie V de solliciter le départ du roi pour les Pays-Bas et la mise en liberté de l'archevêque de Tolède. — Mécontentement que cette mission cause à Philippe II. — Plaintes qu'il en fait au pape, dans des termes très-vifs, par l'intermédiaire de son ambassadeur à Rome. — Instances vaines do Berghes et de Montigny pour oblonii*
"liH DON CAULOS ET PHILIPPE II
•lu roi la permission de rolourner aux Pays-Bas. — Mort de Berghes à Madrid. — Honneurs (fue le roi lui fait rendre. — Arrestation de Montigny, qui est enfermé d'abord à Talcazar de Ségovie, et ensuite au château de Siinancas, où le roi le fait étrangler secrètement.
Le V^ juin de cette année était arrivé à Madrid Floris de Montmorency, baron de Montigny, chevalier de la Toison d'or, gouverneur et grand-bailli de Tournay ctToumaîsis. Il y était envoyé par la duchesse de Parme, régente des Pays- Bas, avec la mission d'exposer au roi la situation critique où se ti'ouvaient ces provinces. Philippe, au mois d'octobre de Tannée précédente, avait ordonné impérativement que les placards sur la religion, dont la rigueur révoltait les juges mêmes chargés de les appliquer, y fussent exécutés à la lettre, et Tinquisition exercée sans entraves. Cet ordre avait soulevé des murmures sur tous les points du pays et dans toutes les classes de la population. A l'exemple de ce qui s'était vu en France quelques années auparavant, une partie considérable de la noblesse avait formé une confédération dans le but de parvenir à l'abolition de l'inquisition et au changement radical des placards; les confédérés s'étaient engagés, par serment solennel, à y contribuer de tout leur pouvoir; ils s'étaient promis l'un à Tautre, si l'on voulait les persécuter ou les molester, de s'assister en tout et partout, de corps et de biens. Au nombre de deux cent -cinquante environ, ils avaient, le 5 avril, présenté à la duchesse de Parme une requête contenant l'expression de leurs vœux, pour ne pas dire de leurs volontés. Le conseil d'État, les chevaliers de h Toison d'or, les gouverneurs des provinces, consultés pai* la gouvernante, s'étaient prononces pour que Tinciuisition fut abolie et les placards modifiés. Montigny était chargé de soumettre au roi des proj^sîùons dans ce sens.
Le marquis de Berghes, Jean de Glyanes, capitaine-géné-