CHAPITRE X
logé au château, et, comme il était gentilhomme de la chambre, il se vit appelé à en remplir immédiatement les fonctions : c'était lui qui chaque matin réveillait le roi, qui le servait à table quand il dînait en public. Rien dans les paroles ni dans l'air du monarque n'était de nature à lui inspirer des craintes ou de la défiance. Une circonstance toutefois aurait pu exciter son attention : les principaux seigneurs de la cour ne lui avaient pas rendu visite à son arrivée, tandis que Montigny avait reçu d'eux cette marque de courtoisie *.
Berghes et Montigny eurent, le 22 août, une longue audience du roi, qui les reçut encore le 24, et Tes renvoya ensuite à Ruy Gomez et au duc d'Albe, avec lesquels ils conférèrent pendant plusieurs jours ^. Mais ces conférences ne pouvaient aboutir à rien, car on voulait seulement amuser les envoyés belges ; quand on faisait semblant de discuter avec eux, les résolutions du roi étaient déjà prises, de l'avis de ses ministres espagnols.
Les dépêches reçues en dernier lieu des Pays-Bas représentaient la situation de ces provinces comme s'aggravant d'heure en d'heure s. Bientôt après il en arriva de plus fâcheuses encore. Elles annonçaient un saccagement général des églises et des monastères. A l'imitation de ce qui s'était passé ^n France en 1561 et 1562, les calvinistes belges avaient juré la deôtruction des images et 4e tous les autres
1. Lettre d'Alonso de Laloo au comte de Hornes, écrite de Ségovie, le 31 août, dans Montigny' s leven en dood, Bylage, pp. 19 et suiv.
Fourquevaulx mandait à Charles IX, de Ségovie, le 23 août : « Le » marquis de Berghes est arri^, et n'a esté ny n'est veu de guères bon » œil dâ personne, et luy sçait-on mauvais gré, entre autres choses, de » la longueur dont il nftAé à venir. »
2. Lettre d'Hopperus à la duchesse de Parme, du 29 août 1566. — Lettre d'Alonso de Laloo, du 31 août, déjà citée.
3. a Les choses vont, d'heure en heure, et de degré en degré, de mal en pis, » écrivait la duchesse de Parme au roi, le 8 août.
objets, qui il leur? yeux étaient des symboles de l'idolâtrie.
Les preruiois a\is de ces actes de vandalisme qui parvinrent à Scjjj()vie étaient contenus dans des lettres du 17 et du 18 a(n*it (ju'y apporta, le 3 septend)rc, un Espagnol, Lope de! Cîun|)0, expédié en comiier par la ducbesse de Parme *. Pliili])pe II était indisposé en ce moment. A la suite d'une excursion ({u'il avait faite, le 31 août, à la Chartreuse de Paular, distante do deux lieues du château deValsain, il avait éprouvé (les douleurs à la tête et aux éi)aules *. En apprenant ces nouvelles, il fut saisi d'une fièvre violente». Il s'en ressentait encore loi^ipic, le 8 septembre, arriva un second courrier porteur des lettres de la duchesse de Parme des 19, 22 et 21) août ^, (jui complétaient le récit des dévastations exercé(»s par les iconoclastes, et faisaient connaître les concessions :iux([uelles la gouvernante s'était vue obligée de souscrire.
L'i'xaspération des Espagnols contre les Belges, et surtout contre les chefs de la noblesse, était extrême : ils imputaient à ceux-ci tinit ce ([ui s'était passé ; ils étaient persuadés que les églises n'auraient pas été saccagées, si les seigneurs eus-
1. Correspondance de Philippe If, etc., l. I, pp. 447 ei 449. — Lettre (rAlonsf» do Laluo au comte de Homes, du 20 septembre, dans ManHgnif't îrcen m dood, Hylage, p. 26.
2. Lctlre de Fourquevaulxà Catherine de Médicis,da 11 septembre.
3. On attribua généralement aux nouveUes yonnes des Pays-Bais la maladie du roi. c< Aluclios » — dit Alonso do Lalooau comte de Homes, dans sa lettre du 20 septembre — « piensan ser causa del mal el sentimÎBnto » (|ue S. M. (iebc avor tenido de las nuevas de alla, porque aunqne no » oviesse le^du sus cartas quando le yin6 la calentura, avia ya hablado » Lope del Campo, y dado cuonta de lo quo avia sucedido en Ypre y otras » partes d(î Flîindes. »
Ilopperus mande aussi à Viglius, lo 4 «ctobre : « Unnm dicam,
» quod rex, ieviter prius œgrolans, accepto priore nuncio, in lATtianam » febrem mox incidit : quodquc, ea liberatus, aNato secundo nuncio, reci- <> divam passus est.... Multos putare id non alla re, qaam hac scia, esse w faclum » [Joach, Hopperi Epistolœ, p. 103.)
4. Les Iclires des 22 et 29 août ont été publiées dans la Correspcudanee de Marguerite d'Autriche, pp. 182 et 187. Celle du 19 est restée ioédile.