CHAPITRE X
décidé dans l'esprit implacable de Philippe II ; ils étaient voués Tun et l'autre à une mort ignominieuse. La Providence voulut toutefois que leur destinée fût différen^te. Le marquis de Berghes eut le bonheur de succomber à la maladie qui le minait *, avant le temps où Philippe II s'était proposé de jeter le masque ; et ce monarque artificieux, qui lui avait permis de retourner aux Pays-Bas après s'être assuré qu'il n'avait plus que quelques heures à vivre,* lui fit faire des obsèques solennelles, pour montrer — ce sont ses mêmes paroles — l'estime en laquelle lui et ses ministres tenaient
par le canal des secrélaires d'État belges, sollicitait le roi. de laisser rotourner Berghes et Montigny, l'engageait, dans ses lettres confidentielles en italien, à les retenir auprès de sa personne. {Correspondance de Philippe II f etc., t. 1, pp. 486, 501.) Le cardinal de Granvelle lui donnait le même conseil dans des lettres du 6 décembre 156é et du 14 mars 1567. Mais ni lui ni la duchesse ne songeaient certainement à des mesures violentes contre les deux seigneurs.
1. Dietrichstein, dans une lettre du 26 septembre 1567, où il annonçait à Maximilien II Tarreslation de Montigny, lui disait que le marquis de Berghes était mort à temps : « Hoc rerum statu ist der Margraf von Berges » zue rechter Zeit gestorben. » {Quellen^ etc., p. 195.)
On lira avec intérêt, croyons-nous, Vextrait suivant d'une lettre que, le 21 mai 1567, l'ambassadeur Fourquevaulx écrivait à Charles IX : « Le » povre marquis de Berghes est trespassé ce matin, lequel, à ce qui m'a » esté rapporté, a dict clairement que le roy catholicque est cause de sa » mort, pour ce qu'il l'a détenu si longtemps par force, et avec grand dé- » triment de sa réputation, comme s'il fût suspect de sa loj'aulté. Il fut si » marry de quoy ceste Majesté s'en alla d'icy dernièrement sans luy don* » ner son cohgé (le roi était parti le 13 pour l'Escurial), qu'il se coucha au » lict, dont il n'est jamais relevé. Et encore que ledict seigneur roy luy » eût envoyé le congé deux jours après son partement, toulesfois la pas- » sion du marquis fut si grande , que la licence de s'en aller ne luy a de » rien profité, ains fit response à celluy qui la luy portoît, que c'estoit trop » tard envoyer le remède au mal. »
Montigny mandait, de son côté, à la duchesse, de Parme, le 26 mai : « Madame, je ne puis laisser d'advertir à Vostre Altèze, à mon grant » regret, comme estant monsieur le marquis rencheut malade le xiiio de ». ce mois, luy- reprint, le lendemain, une fiebvre véhémente avec chambres » de sang, lesquelles ont continué jusquos au xxie, que lors il a plu à « Dieu l'appeler à soy environ les huit heures du matin, après avoir esté » administré de tous les sacremens et droictz d'église.... »
les seigneurs des Pays-Bas *. Montigny, arrêté le jour où parvint à Madrid la nouvelle de l'emprisonnement des comtes d'Egmont et de Bornes, conduit à l'alcazar de Ségovie *,, enfermé plus tard au château de Simancas, y fat étranglé secrètement le 16 octobre 1870; et, afin de mieux donner le change à l'opinion publique, on choisit la nuit pour déposer son cercueil en l'église du lieu, où il fut inhumé sans bruit comme sans app^eil ^.
1. Correspondance de Philippe II j etc., t. I, p. 536. %lbid>, pp. 578, 5Sl.
* 3. Ihid., t. II, pp. 152, 155, 156, 157, 158, 159, 160.