‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 232 sur 358 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

au point, dans ces provinces, qu'il faut d'abord y déployer la rigueur delà justice, pour user après de clémence et de bénignité. Or, le premier moyen étant dur et de nature à exciter la haine, il convient qu'il soit mis en pratique en mon absence, et par l'intermédiaire et la main des ministres, tandis que le second, qui tend à concilier les esprits et à gagner l'amour ainsi que les cœurs des sujets, doit être réservé pour l'époque où je serai présent; et cette marché , il importe surtout de la suivre dans l'intérêt de la religion, qui est mon principal but

» Prenant égard donc à ladite cause et à d'autres raisons d'Élat liées à l'arrivée si tardive du du^, jointes à ce que les mesures auxquelles il est fait allusion ci-dessus pourront être exécutées cet hiver, pendant lequel on n'aura pas à craindre les agitations intérieures et l'appui qu'elles tireraient du dehors, on a été d'avis que mon voyage serait actuellement préijfiaturé, et que le printemps sera le moment propice et commode pour Tentreprendre, puisque les choses seront alors dans la disposition et l'ordre que mon arrivée là-bàs requiert. En conséquence, j'ai résolu de le différer jusque-là.

» Un motif à ajouter encore à ceux qui sont énoncés plus haut, c'est que la flotte dont j'avais ordonné la réunion dans la mer du Ponant pour mon passage, vient à peine d'être rassemblée, par suite des vents contraires qui ont retardé les vaisseaux qu'il avait fallu faire équiper en différents endroits. Or, la saison étant déjà si avancée et l'hiver si proche, outre le peu de sûreté de la navigation à cette époque de l'année, il pourrait arriver, ayant à longer les côtes de royaumes étrangers, que des tempêtes me forçassent d'y faire relâche, ce qui aurait l'inconvénient et présenterait le péri] que Sa Sainteté peut considérée H résulte de tout cela que

j'ai bien des raisons de remettre pour ce peu de temps mon départ, d'autant plus que la soumission de la Flandre est assurédpar l'entrée du due d'Albe avec l'armée dans ce pays.

» Comme Sa Sainteté, d'ailleurs , doit être entièrement convaincue, par ce qu'elle connaît de mes actions et de ma façon de procéder, qu'en une chose qui touche tant le service de Dieu, Notre-Seigneur, l'honneur et l'autorité de son Église et de sa religion, ainsi que l'autorité du saint^siége, et qui est d'une si haute importance pour mes États, je ne reculerai devant aucune ftitigue ni devant aucun péril, et qu'avec une prompte volonté et un esprit résolu j'exposerai ma personne et mes royaumes, s'il en est besoin , pour le remède de la religion et tout co qui s'y rapporte; elle jugera, alors même que des raisons si évidentes et si notoires ne seraient pas placées sous ses yeux, que je me conduis dans cette circonstance selon que le temps et la matière l'exigent, et selon ce qui paraît le mieux convenir et tendre le plus directement à la fin qu'on se propose.

» Vous lui direz ensuite que, de même que j'ai tenu pour nécessaire de différer mon départ jusqu'au printemps, je regarde mon voyage comme indispensable à l'époque susdite : car je sais que, si j'y renonçais ou si je le différais davantage, tout ce qui s'est fait jusqu'ici, et les grandes sommes qui ont été dépensées, et les peines qu'on a prises, resteraient inutiles, et (ce qui est le plus à considérer) que la grâce que Dieu, Notre-Scigneur, m'a accordée, en ramenant les affaires dans les Pays-Bas à l'état où elles sont aujourd'hui, ne produirait pas véritablement le fruit pour lequel on doit croire qu'il les a ainsi dirigées. Sans ma présence, ^effectivement, ni le vrai remède ne saurait être apporté aux maux de la religion, ni une entière sécurité ne saurait être ^arîint.ie^rÉlat.

Page 1