CHAPITRE XI
» Vous direz enfin à Sa Sainteté que, si le zèle fervent et saint qu'elle a pour les choses du service de Dieu et de sa religion, et l'amour particulier qu'elle me témoigne, comme à son vrai fils, la portent à trouver préjudiciable tout délai, et à désirer qu'on en vienne bientôt à l'exécution de ce qui est projeté, elle veuille également considérer, avec sa grande prudence, que, dans les affaires majeures, où il est tant besoin de se conduire prudemment, on ne doit pas aller avec précipitation, mais avec maturité, et en prévoyant, pour les écarter, les obstacles qu'on peut rencontrer sur son chemin, puisque ce qui se fait bien ne se fait pas trop tard *. »
Le roi écrivit, en la même substance, à ses ambassadeurs dans les autres cours ^. Les navires qui devaient servir à son voyage furent désarmés ; les provisions de guerre et de bouche qu'on y avait embarquées furent rapportées à terre, et des contre-ordres donnés pour toutes les autres disposi-
tions qui avaient ete prises
Philippe pouvait craindre que sa détermination ne fut mal reçue à Vienne, puisque le mariage de l'archiduchesse
1. Cette lettre de Philippe II est du 22 septembre 1567. Nous en avons donné le texte dans la première édition. Lorsque Requesens rendit compte au pape des motifs qui portaient le roi à diflPérer son voyage aux Pays- Bas, déjà Pie V y était préparé par une communication du duc d'Albe, et il s'en montra satisfait. (Correspondance de Philippe II, etc., t. I^ pp. 581, 589, 596.)
Philippe II fut enchanté du succès de ses combinaisons auprès de la cour de Rome, comme nous l'apprend une lettre de l'archevêque de Rossano au cardinal Alessandrino , du 18 décembre 1567. (Bibliothèque nationale à Madrid, MS. X, 172, p. 530.)
2. Voir, dans la Coleccion de documentos inéditos^ etc., t. XXVIII, p. 427, sa lettre du 27 septembre 1567 à don Ilernando Carillo, son ambassadeur ^ Lisbonne.
3. Lettre de Fourquevaulx à Charles* IX, du 23 septembre 1567. — Xellre de Dielrichstein à Maximilien, du 26 septembre, dans Quellefit etc.
Anne, objet de toutes les sollicitudes de Tempereur, allait en souffrir un nouveau délai; Venegas fut chargé de l'expliquer et de la justifier. Ce diplomate y réussit sans beaucoup de peine. En apprenant que le voyage de son oncle était remis, la jeune archiduchesse en avait conçu un tel chagrin qu'elle avait été vingt-quatre heures sans vouloir prendre de nourriture *. L'empereur, au lieu de se plaindre, adressa au roi, son beau-frère, une lettre pleine de témoignages de condescendance : (( En ce qui concerne l'affaire d'Anne, lui » disait-il, je baise les mains à Votre Altesse pour la ma- » nière franche dont elle s'explique avec moi, et que je » mérite par mon dévouement à son service. J'ai vu la lettre » de Luis Venegas. Certes, je ressens le déplaisir de Voire » Altesse, plus encore peut-être que le chagrin de ma fille, » et néanmoins, je l'avoue, j'ai pour Anne une affection qui » l'emporte sur celle que m'inspirent tous mes autres en- > fants ensemble ; mais puisque Votre Altesse juge convo- » nable qu'on diffère jusqu'au printemps, je suis content » d'attendre; je le serai surtout de voir et de connaître le » prince, si Dieu nous fait la grâce d'amener Votre Altesse j> par ici. Au cas que cela ne soit point, car les Turcs y » pourraient mettre obstacle, je supplie Votre Altesse de » penser dès à présent à ce que nous ferons pour arranger » cette affaire à part et de la façon qui soit le plus à l'avan- » tage de ma fille * » Il annonçait à son beau-frère que
1. Posl-scriptum d'une ' lettre de Glianlonay, sans date, qui est aux Archives de Simancas.
2. <E .... En el negocio de Anna bcso las manos <i Vuestra AUeza por la llaneza que trata conmigo, que es la que meresce la affection que tcngo d su servicio. Yo vi la carta de Luis Venegas, y cierlo siento el desguslo de Vuestra Alteza, no se si mas que el que puede toner mi hîja, aunquc confieso que la quiero mas que a todos los olros jantos. Y piies V. A. tiene por bien que se espère hasta la primavera, holgaré d'ello, y mucho mas do ver y iratar cl principe, si Dios nos liaze merced de traer-