CHAPITRE XII
aux cérémonies par lesquelles TÉglise célèbre la naissance du Sauveur du monde; il se'dispôsait aussi à gagner un ju* bile accordé par le pape Pie V, et qui était iodiqué pour le jour des Innocents (28 décembre). Un autre objet l'occupait encore, auquel il n'attachait pas moijis d'importance que s'il se fut agi des plus chers intérêts de la monarchie : il désirait que, ce même jour, à cause de la solennité dont il serait environné, les pères hiérony mites envoyés à rEseurial, sur sa demande, de diverses maisons de leur ordre, fissent profession dans le couvent provisoire où ils étaient installés en attendant que le nouveau monastère fût construit. Le rapport qu il entendit de la bouche de don Juan ne changea rien à ses dispositions. Les religieux de Saint-Jérôme, sollicités en son nom par le secrétaire Pedro de Hoyo, consentirent sans difficulté à ce qu il réclamait d'eux: le 28 décembre, ils firent leur profession, à laquelle il assista avec les marques de la satisfaction la plus vive *.
Le récit de don Juan lui avait pourtant causé une irritation extrême. D'après les informations qui lui étaient parvenues d'ailleurs, il soupçonnait bien que quelque dessein étrange Toulait dans la tête de son fils ; mais il n'aurait pas cru que les vues du prince tendissent à une révolte ouverte contre lui et à la subversion de l'État. Au point où en étaient les choses, ou il lui fallait faire des concessions au prince pour le ramener, ou il fallait, par des mesures énergiques
1. SiGUENZA, Historia de la ôrden de San Gerônimo, part. III, liv. III, p. 556. — Memorias de fray Juan de San Gerônimo, dans la Coleccion de doeumentos inéditos, etc., t. VII, p. 42.
Le jubilé du 28 décembre était-il universel ou particulier à l'Espagne? C'est ce que nous n'avons pu vérifier. Nous sa^ns seulement que , le 9 mars 1566, Pie V, à l'occasion de son exaltation, avait donné un jubilé universel à la chrétienté*: la bulle de ce pontife est dans le Bullarium romanum, édit. de Rome, t. IV, part. II, p. 282.
et promptes, arrêter l'exécution d'un dessein qui pouvait avoir des conséquences incalculables pour la monarchie. Philippe n était peut-être pas fixé encore sur le parti auquel il s arrêterait, lorsqu'un nouvel incident vint ajouter un grief de plus à tous ceux qu'il avait déjà contre son fils.
Le 27 décembre, dans la soirée, don Carlos se rendit au monastère royal de Saint-Jérôme, situé hors des portes de Madrid, près du Buen Retiro, pour se confesser et se mettre ainsi en état de gagner le jubilé. Ayant déclaré, en confession, qu'il portait une haine mortelle à quelqu'un *, le reli-
1. Selon une relation insérée dans la Hevista de Madrid^ de 1841, et qoe nous avons reproduite dans les Appendices de notre première édition (J2^ lacion historien de la prision y muerte del principe don Carlos, por un ayuda de càmara), don Carlos aurait dit qu'il voulait tuer quelqu'un, et que jusque-là il serait mal avec celte personne : « Hasta que mataaa un » hombre, habia de estar mal con él. » Plusieurs raisons nous ont porté à ne pas admettre cette version, quel' ayuda d&edmara donne évidemment sur des ouï- dire. D'abord, comme le remarque Cabrera (liv. VI, chap. zzn), si don Carlos avait voulu tuer son père, il Taurait pu chaque jour : « Si » quisiera matar à su padre, cada dia pudiera. » Secondement, rarehevéque de Rossano, qui devait être bien informé de cQtte particularité, dit en propres termes que le prince demanda au confesseur si, ayant de la haine contre quelqu'un, il pourrait recevoir l'absolution : « Li dimandô se, » havendo uno nell' animo odio contra un altro, » etc. (Lettre du 4 février.) £t ceci est confirmé par la lettre de l'ambassadeur de Venise, du il février, où il rend compte de sa conversation avec le confesseur du roi, révèqne de Cuença ; ce prélat lui conta que don Carlos avait réclamé une hostie non consacrée, pour dissimuler les mauvais sentiments qu'il nourrissait contre les minisires et contre son père : « Sua Altezza tantô diversi reliy> giosi che volessero communicarlo con darli la hostia che non fosse sacra, » per celar questo mal animo che haveva contra li ministri e contra il y> padre. » Le même ambassadeur, après avoir avancé, au commendisment de sa lettre du 22 janvier, qu'on attribuait à don Carlos le dessein detaèr un jour son père d'un coup d'arquebuse, « di voler un giorno amaïkar il » padre con uno archibuseto, » parle, plus loin, de renseignements qu'il a puisés à bonne source, « da bona via, » et d'après lesquels ce dessein n'était pas entré dans l'esfrit du prince : « che il principe non hayea- animo y> di insidiar alla vita del padre. » Fourquevaulx, dans ses iiremiàres dé* pêches à Charles IX et à Catherine de Médicis, avait fait mention aussi d'intentions criminelles du prince à l'égard du roi; mais, dans celle du