‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 248 sur 358 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

gieux hiéronymile à qui il s'était adressé refusa de l'absoudre. Don Carlos insista : « Mon père, déterminez-vous vite, » dit-il au moine, — « Que Votre Altesse, repartit celui-ci , » consulte des théologiens. » Don Carlos envoya chercher des religieux du monastère d'Atocha ; il en vint quatorze. Il fit appeler aussi un père augustin et un religieux trinitatîre. Il disputa avec eux tous, prétendant toujours que l'absolution lui fût donnée, nonobstant la haine qu'il avait au cœur. Comme il ne put parvenir à les convaincre, il demanda qu'on lui donnât une hostie non consacrée, afin que le peuple le vit communier. Tous les religieux se récrièrent, car ce n'était rien moins qu'un sacrilège qu'il voulait leur faire commettre. Le prieur d'Atocha, dont la curiosité était vivement excitée, prit le prince à part, et l'interrogea avec adresse sur la qualité de' l'homme qu'il haïssait. Don Carlos répondit qu'il était de haute qualité, mais il évita de s'expliquer davantage. Le prieur répliqua, pour Pabuser, que, s'il nommait la personne, il était possible qu'on trouvât quelque moyen de l'absoudre ; alors il déclara que c'était son père. Tous ces colloques durèrent jusqu'à deux heures du matin. A la fin , don Carlos se retira sans avoir reçu l'absolution *. On ne manqua pas de donner avis au roi de ce qui venait de se passer ^. Vingt jours s'écoulèrent encore avant le re-

5 février, il revint sur cette assertion. Ajoutons que, quand plus tard le nonce eut pu s*entourer de nouveaux renseignements, il fil savoir à sa cour qu'on n'avait découvert aucune machination du prince contre la vie de son père; qu'il était avéré seulement qu'il y avait entre eux une haine réciproque. (Lettre du 30 mars 1568.) Au reste, comme on le verra, Philippe 11 fit lui-même démentir dfficiellement le bruit qui courait que son fils avait voulu attenter à sa personne.

i. Belacion histôrica, etc. — Lettre de Tarchevêque de Rossano, du 4 février 1568. — Lettre de Fourquevaulx à Charles IX, du 19 janvier. — Lettre de Sigismondo Cavalli, du 11 février.

2. Relacion hislôrica, etc. — L'ambassadeur de Venise le dit aussi.

tour de Philippe II à Madrid ; que fit-il dans cet intervalle? Tout ce que nous savons avec certitude, c'est que, le 6 janvier, il assista, à TEscurial, à la bénédiction d'une petite église destinée provisoirement pour les pères de Saint-Jérôme; que, le H, il fut présent à la profession d'un nouveau religieux de son monastère * ; que, dans le même temps, il donna Tordre aux supérieurs des couvents de Madrid et des environs de faire dire des prières afin qu'il plût au ciel de l'inspirer, moyen auquel il avait quelquefois recours, quand il , était à la veille de prendre une résolution d'une importance majeure 2; qu'il quitta l'Escurial le 15 janvier, alla coucher au Pardo, ou il passa la journée du lendemain, etque, le 17, il rentra dans sa capitale.

Cabrera rapporte que le roi consulta de très-graves docteurs 3 sur la conduite qu'il tiendrait à l'égard de son fils : il cite le maître Gallo, évêqued'Origuela,fray MelchiorCano, évéque des Canaries, et le fameux jurisconsulte Martin Navarre d'Azpilcueta ; il donne même un extrait de la réponse de Navarro *. Nous croyons que Cabrera s'est trompé, etque le fragment sans date publié par lui, si tant est qu'il soit authentique, ne fut pas écrit au mois de janvier 1568. Une ré-

comme le tenant de l'évêque de Cuença : « Lp fecero intender al re. » (Lettre du 11 février.)

1 . SiGUENZA, Histùria de la ôrden de San Geronimo, part. IIl, liv. III, p. 557. — Memorias de fray Juan de San Geronimo, pp. 43 et 44.

2. Lettre de Fourquevaulx à Charles IX, du 19 janvier. — Lettre de l'archevêque de Rossano au cardinal Alessandrino, du 24 janvier. ^— Lettre de l'envoyé de Gênes, du 25 janvier. — Selon rarçhevôqae, le roi, en ordonnant que CCS prières fussent dites, recommanda le •secret : «. eomandd » secretamenle. » D'après Fourquevaulx, le secret n'avait pas été strictement gardé; puisque la chose avait donné a assez à dîscoarir aux espéen- » latifs de ceste court. » — Ce fut le 13 janvier, suivant le témoignage de Fourquevaulx, que ces prières se dirent.

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