‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 25 sur 358 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Castîlie i, ne nous apprennent rien de cet4e entrevue, et que par là l'histoire soit privée de plus d'une particularité intéressante : car Charles-Quint ne connaissait pas encore son petitfils, ayant quitté l'Espagne, la dernière fois, en 1543, et sans doute il était avide de juger par lui-même des espérances qu'il pouvait fonder sur celui qui était appelé à continuer sa dynastie. Quelques jours auparavant, à Palenzuela, Quijada lui disant la fête que le prince se faisait des moments qu'il allait passer avec lui, il avait répondu que cette ardeur se calmerait bien vite ^.

L'empereur fit son entrée à Vàlladolid le 21 octobre ; don Carlos alla au-devant de lui jusque hors de la ville, suivi des grands qui étaient à la cour. Un témoin oculaire raconte que, comme le temps était un peu froid, il s'était vêtu d'une robe fourrée qui lui seyait à ravir et lui donnait l'air d'un étranger ^.

Charles-Quint passa deux semaines à Valladodid, et il put ainsi se former une opinion sur le caractère et les penchants de son petit-fils. On rapporte qu'un jour où il lui faisait le récit de ses entreprises de guerre , il le trouva si attentif qu'il en éprouva un plaisir extrême ; il s'émerveilla surtout lorsque, lui ayant dit la nécessité où l'électeur Maurice le mit de s'enfuir, le jeune prince lui déclara qu'il était content de ce qu'il venait d'entendre, mais que, pour lui, il n'aurait pas pris la fuite. L'empereur eut beau lui expliquer qu'il y avait élé contraint par le manque d'argent, de capitaines et

1. Retraite et Mort de Charles-Quintj etc., t. I et U, pasiim*

t. ibid., l. I, p. 27.

3. u .... El dia que sali6 a recebir à Su Magestad, hacia un poco fres- 470, y Ueyô una ropa aforrada que le parecia mny bien, y parecia Su Alteza estrangero.... » (Lettre de Francisco Osorio à Philippe II, du 26 octobre 1556, dans Retraite et Mort de Charles-Quitity etc., t. 11, p. 101.)

de soldats, ainsi que pai* l'indisixisition de sa personne : il répondit toujours qu'il n'aurait jias voulu fuir. L'empereur chercha à lui faire comprendre alors que, s'il y avait eu un pareil nombre de ses pages qui eussent cherché à s'emparer de lui, il lui aurait bien fallu prendre la fuite : il répliqua tout en colère, au milieu des éclats d'admiration et de rire de l'empereur et des personnes qui étaient présentes, que lui jamais ne se serait enfui ^

Un des traits par lesquels se manifestait, dès ce temps-là, le caractère de don Carlos, était une véhémence de désirs que rien n'arrêtait. Charles-Quint eut l'occasion de s'en convaincre. Ses infirmités le rendant très-sensible au froid, il avait rapporté des Pays-Bas un poêle pour échauffer sa chambre. Ce- meuble n'était pas connu en Caslille; don Carlos lui témoigna l'envie de l'avoir, et il y mil une telle insistance *, que son grand-père fut obligé de lui répondre : « Tu l'auras » quand je serai mort ^. »

Nous avons des versions différentes sur l'impression que l'empereur, en quittant Valladolid, emporta de l'héritier présomptif de la monarchie espagnole. Suivant l'aumônier du prince, Osorio, il aurait été si charmé de son petit-fils qu'il aurait voulu qu'on l'appelât au conseil d'État, quand on aurait eu à discuter des affaires importantes*. Selon d'autres,

1. Relation de Federico Badoaro faite an sénat de Venise, en 1557. {Relatiom des ambassadeurs vénitiens sur Charles-Quint et Philippe II, p. 14.)

2. Lettre de Qaijada an secrétaire Vazquez, du 8 novembre 1556. {Be^ traite et Mort de Charles-Quint, etc., 1. 1, p. 37.)

3. Charles-Quint, son abdication, son séjour et sa mort au monastère de Yusle, par M. Mignet, p. 153.

4. «. . Engran manera Sa Magestad se huelga con el principe nuestro sefior, y me diceu que tiene muy gran contentamiento de Su Alteza, y maestra que es tanto que, cuando se ofreciere algo que importe, le a Sa Magestad de lenerle en consejo d'Estado... » (Lettre du 26 oclobre 1356, cilée ci-dessus.)

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