CHAPITRE XII a
il désirait qu'ils F instruisissent de la manière dont le roi avait pris sa conduite. Leur réponse fut que le roi en avait . éprouvé beaucoup de déplaisir, mais qu ils n'en savaientpas davantage. Après quelques autres propos, ils se séparèrent : don Carlos reprit le chemin de Madrid ; don Juan et le prieur allèrent rejoindre le roi, à qui ils firent rapport de leur conversation avec son fils ^
Philippe II, nous Tavons dit, rentra à Madrid le 17 janvier. C'était un samedi, Selon sa coutume, en arrivant au ' palais, il se rendit auprès de la reine, chez laquelle il trouva la princesse sa sœur. Il n'y ^^î^ que de quelques instants, quand don Carlos y vint pour le complimenter à l'occasion de son retour. L'attitude du prince était pleine de respect ; celle du roi ne décelait ni colère ni naécontentement.
En quittant Tappartement de la reine, don Carlos emmena don Juan, qui y avait accompagné le roi ; il le conduisit dans sa chambre, dont il ferma les portes, et y resta en çofifé rence avec lui pendant pius de deux heures. Ce qui se passa entre eux, on ne le connaît pas d'une manière bien positive ; des relations différentes en existent. D'après celle qui nous paraît la plus digne de créance, don Carlos voulait qu'à niiinuit don Juan lui apportât les dépêches dont il avait besoin pour aller s'embarquer sur les galères rassemblées à Carthagène, et un acte par lequel il s'obligerait à le servir toutes les fois qu'il réclamerait son concours \ il était décidé
1. Nous adoptons ici, et dans la plupart des détails qui vent soirre, la version contenue dans une lettre que renferme un manoserit de la Bibliothèque nationale de Lisbonne, et dont nous avons donna le te^Lte daps les Appendices de notre première édition. Quoiqu'on m voie ni par qm oett© lettre a été écrite, ni à qui elle est adressée, la précision des faits qui y sont rapportés et le secret qu'où y demande ne nous laissent guèr« do dpule qu^elle ne soit l'ouvrage d'un des priftftipalix pars(m«jEiga« do la QOttr.
à partir incontinent ; dans ce dessein, il avait requis le corrco rnayor (grand maître des postes) de lui faire tenir des chevaux prêts *. L'embarras de don Juan était extrême : pressé, (»onmie il Tétait, par le prince, il chercha à gagner du temps ; il lui promit de revenir le lendemain, à une heure de l'après-midi, aiin de convenir avec lui de ce qu'il y aurait à fain^ pour rexécution de son entreprise. Sur cette promesse, don Carlos le laissa sortir *. A peine libre, don Juan alla retrou V(;r le roi, qu'il informa de ce qui venait de se passiT. Philippe, de crainte qu'il ne lui arrivât quelque chose de fâcheux, voulut qu'il logeât cette nuit au palais.
Le retour du roi était impatiemment attendu de Tambassadeur de France, qui avait des communications urgentes à lui faire de la part de sa cour. Philippe le reçut le dimanche matin : Founjuovaulx n'aperçut pas sur son visage la moindre altération, ni aucun indice de la grave détermination (ju'il avait prise et qui allait être mise à effet dans quelques heures^ : car il avait fixé la nuit, du même jour pour
1. C'est ce que rapporte Cabrera (liv. VII, chap. xxii, p. 474). Le récit de cet historien est du reste erroné en ce qu'il fait partir le roi de i'£scurial seulement le 18, et aller don Juan d'Autriche au-devant de loi an l*ardo.
2. D'après la Relaeion del ayuda de cdmara, cette scène aurait eu lien le dimanche : don Carlos aurait interpellé avec humeur don Juan sur co qu'il avait fait à, FEscurial; don Juan aurait répondu que le roi et lui s'étaient occupés de l'organisation de la flotte. Cette réponse n'aurait point satisfait don Carlos, qui aurait insisté afin de savoir la vérité; voyant que don Juan s'obstinait à la lui taire, il aurait mis la main à son épôe pour l'en frapper; don Junn aurait reculé vers la porte; la trouvant ferméer, il aurait dégainé aussi et dit au prince : a Que Votre Altesse n'avance pas! • Aubruit qu'ils auraient fait, on serait accouru, on aurait ouvert la porte du dehors, et don Juan se serait retiré. — Nous avons préféré à cette version celle que donne le document de la Bibliothèque de Lisbonne. — Les dépêches des ambassadeurs varient sur le jour et sur les circonstauces de cette scène.
3. Lettres de Fourquevaulx à Charles IX, des 19 janvier et 5 février 1568.