CHAPITRE XÏI
Tarrestation du prince des Asturies, le 19 janvier étant In veille de la Saint-Sébastien, et, ce jour-là, la princesse dofia Juana ayant l'habitude de célébrer, par un banquet, la fête du roi de Portugal , son fils.
Peu d'instants après l'audience donnée au seigneur de Fourquevaulx, le roi assista à la messe en public, dans la chapelle du palais ; il était, comuie d'ordinaire, accompagné du prince. Là encore on eût vainement interrogé sa figure, pour y découvrir quelque trace d'agitation intérieure, quelque signe de la tempête qui ne devait pas tarder à éclater *. Mais, dans la jourhée,les personnes de la cour remarquèrent que des messages allaient et venaient du roi au président d'Espinosa et du président au roi *.
A l'heure où don Carlos attendait don Juan, il reçut un billet par lequel son oncle lui donnait avis qu'étant indisposé il ne pouvait remplir sa promesse, mais que, le mercredi (21 janvier), à une heure du matin, il serait sans faute auprès de lui. A la lecture de ce billet, don Carlos soupçonna que le roi avait eu vent de son dessein ; pour éviter des explications, si son père le faisait appeler, il se dit malade et se mit au lit ^. Le roi Tappela en effet ; il donna l'excuse qu'il avait imaginée. A six heures il se leva. Il n'avait pris aucune nourriture de toute la journée; on lui servit, à huit heures et demie, un chapon bouilli dont il mangea. Il se recoucha quelques instants après.
1. «c .... Qaietisimamente et senza dimostrazione alcana fù a messa in cappella , accompagnato dal principe sno figliuolo , secondo il costume ordinario, senza alcuna sorte di alterazione. » (Lettre de Nobili du 25 janvier 1568.)
2. or II giorno medesimo, si vide andar attorno qualche poliza fra S. M. e il présidente del consiglio reale. » (Ibid.)
3. La relation envoyée à Lisbonne est ici d'accord avec celle de Yaytida de cnmarn.
Philîppo se faisait tonir î\u courant, do minute en minute, ■ des actions de son fils. Dès qu'il le sut retiré dans sa chambre, il disposa tout pour l'exécution du plan qu'il avait arrêté *. A onze heures, il manda Ruy Gomez, le duc de Feria, le prieur don Antonio et Luis Quijada. Après leur avoir parlé « comme jamais nul homme ne parla », dit un document*, il descendit, avec eux et deux des gentilshommes desa chambre, don Pedro Manuel et don Diego de Acuna, à l'appartement du prince : deux aides de chambre {ayiulas de càmara)^ auxquels il avait donné Tordre de se munir de marteaux et do clous, le suivaient, ainsi que le lieutenant et douze hommes de sa garde ^. Feria marchait en avant, tenant une lumiùn» à la main *. Le roi portait une armure sous sa robe et une épée sous le bras ; il avait la tête couverte d'un casque '''. Il commanda au comte de Lerma et à don Rodrigo de Mendoza, qui étaient de service à l'appartement de son fils, de n'y laisser entrer personne.
L'ingénieur de Foîx, suivant le commandement qu'il en avait reçu, avait, avec adresse et sans que don Carlos s'en
1. Nous avons comparé, ponr les détails de rarrestation de don Carlos, la Belacion del ayuda de càmarat la lettre de la Bibliothèque de Lisbonne, le Ragguaglio délia priggiona del principe don Carloi qui est à la fiibliothèque impériale, à Paris, MS. Saint-Victor 1008 , YAvvito cTtcN Italiano j>{a<tco y familiar de Ruy Gomez, que nom ayons troavè aoi archives de Simancas, leg. 2018, dans le 28» livre de Bersoza, les dépêches du nonce du pape, des ambassadeurs de France, d'Autriche et de Venise, des envoyés de Florence et de Gênes, et une lettre écrite de Madrid, le
' 26 janvier 1568, que nous avons tirée d'un manuscrit de la Bibliothèque impériale, à Paris. C'est sur la Aelacion del ayuda de eàmaraf la lettre de Lisbonne et les dépêches de Leonardo de NobiU, envoyé du due Gdme de Médicis, que notre récit est principalement fondé.