‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 259 sur 358 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

l'intérieur du palais, avec une garde et un service réglés, de façon qu'il ne puisse ni sortir ni communiquer avec d'autres personnes que celles par moi désignées, il m'a paru bien, vu la nature de cette affaire et de ce changement, de vous en donner connaissance, afin que vous soyez irfTormé de ce qui s'est fait, et que, par votre intermédiaire, on le soit dans le royaume de Navarre. Vous pourrez juger que j'ai été mû à prendre cette détermination par des raisons si pressantes et si impérieuses, qu'il ne m'était absolument pas possible de m'en dispenser; vous pourrez aussi considérer la douleur et le regret avec lesquels j'en suis venu là envers ledit prince mon fils. J'ai trouvé convenable de vous avertir encore que cette résolution n'est pas fondée sur une machi-, nation que le prince aurait tramée, ni sur une offense qu'il m'aurait faite, et qu'elle n'a pas pour but un châtiment ni une correction. Le naturel et le caractère du prince l'ont porté à se conduire d'une telle manière , et cette conduite a si longtemps continué et est allée si loin, que, après avoir infructueusement mis en pratique tous les moyens et les remèdes dont l'amour et la piété paternels m'avaient engage à faire l'essai à son égard, j'ai du me déterminer enfin, subordonnant toutes autres considérations aux devoirs que pieu m'a imposés en ce qui touche son service et le bien de mes royaumes et États, à recourir à ceite mesure, comme au vrai et seul moyen par lequel je pusse satisfaire à mes obligations. Vous comprendrez, par ce que je viens do dire, la juste fin et intention que j'ai eue. Pour le présent, je ne saurais vous donner plus de détails. Seulement, j'ajouterai que vous déciderez là-bas des personnes à qui, dans le royaume de Navarre, il conviendra de communiquer la chose, et de la forme [en laquelle vous aurez à y procéder, en observant toutefois qu'il ne faut faire pour cette commuas

ri nON CARLOS ET PHILIPPE II

nieation aucune espèce d'assemblée. Et, afin que vuu9 sachiez Tordre qui a été suivi relativement à cela dans le royaume de Castille, je vous envoie copie des lettres qui ont été écrites aux villes, aux tribunaux, aux grands, aux prélats et autres. Vous verrez l'usage que vous pourrez en fairo. Donné à Madrid, le 26 janvier 1568.

» Moi le Roi <. »

Si préoccupé qu'il fût de l'opinion de ses sujets sur la détention du prince, Philippe II l'était bien plus encore de l'impression que cet événement ferait dans les cours étrangères. Il y en avait deux surtout auprès desquelles il avait besoin de justifier une mesure aussi rigoureuse : c'étaient colles de Lisbonne ot de Vienne. Don Carlos était le plus proche héritier de la couronne de Portugal ; Catherine d'Autriche, veuve de Jean III, était son aïeule et lui avait toujours témoigné beaucoup de tendresse ; elle était en même temps la belle-mère et la tante de Philippe. L'empereur et l'impératrice, malgré tout ce qu'ils avaient appris de la conduite désordonnée du prince d'Espagne, n'avaient pas cessé de souhaiter l'union de leur fille .^n^ec lui, et de r^ciamer Taccomplissement des promesses que le roi leur avait faites à cet égard.

Philippe écrivit à la reine douairière de Portugal dans les termes suivants, qui font supposer une correspondance antérieure, devenue malheureusement introuvable :

a Quoique, depuis longtemps, la conduite et les actioos du prince mon fils, selon que l'attestent de nombreux et

d'imposants témoignages et ainsi que Votre Altesse l'aura

1. Nous avons donné le texte dans les Appendices de la pnadèn édition

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