‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 260 sur 358 · CHAPITRE Xin 37:i · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xin 37:i

VU par la réponse que je lui fis dernièrement, eussent fait reconnaître la nécessité indispensable de le réprimer, l'amour pat^nel et la considération et justification qui doit précéder de telles mesures m'ont retenu, et j'ai cherché et employé tous les autres moyens, remèdes et voies possibles afin de n en pas venir là. Le prince, cependant, est allé si loin dans ses déportements, que, pour remplir mes devoirs envers Dieu , comme monarque chrétien , et envers les royaumes et États qu'il lui a plu de commettre à ma charge, je n'ai pu mé dispenser de l'arrêter et de le renfermer.

» Le regret et la douleur que j'aurai éprouvés en agissant ainsi, Votre Altesse en pourra juger par ce que je sais qu'elle en éprouvera elle-mcme, comme, mère et dame de tous : mais enfin j'ai voulu^ en cette occasion, faire à Dieu le sacrifice de ma propre chair et de mon propre sang, et préférer son service, ainsi que le bien et l'avantage du public, aux autres considérations humaines.

» Les causes anciennes, aussi bien que récentes , qui m'ont contraint à prendre ce parti, sont d'une telle nature^ que je ne pourrais les rapporter à Votre Altesse, ni Votre Altesse les apprendre, sans renouveler notre douleur et notre chagrin à tous deux : d'ailleurs, elle en sera informée plus tard. Quant à présent, je crois devoir seulement avertir Votre Altesse que ce n'est ni une faute, ni une désobéissance, ni un manque de respect qui ont donné lieu à ma détermination ; qu'elle n'a pas pour but un châtiment, auquel sans doute le prince a suffisamment donné matière, mais qui pourrait avoir son temps et sa limite^ et que je ne l'ai pas prise non plus comme moyen d'amendement, avec l'espoir que par là ses excès et ses désordres se réformeront : cette affaire a un autre principe et d'autres racines ; le remède qu'elle exige ne consiste ni dans un temps à fixer, ni dans

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des moyens à mettre on pratique; elle est d'une importance et d'une considération plus grande, eu égard aux devoirs susdits (jue j'ai envers Dieu et envers mes royaumes.

» Et, comme il sera continuellement donné connaissance à Votre Altesse des suites qu'elle aura, et de ce qui lui en devra être communicjué, il ne me reste ici qu'à supplier Votre Altesse, conmie mère et dame de tous, et comme celle que tout cola intéresse tant, de nous recommander à

Dieu De Madrid, le 20 janvier 1568.

i» Votre fils,

« Moi le Roi ^ »

Cette lettre était tout entière de la main de Philippe. Ce fut éji;alemont de sa main qu'il écrivit à l'empereur et à l'impératrice. Il disait à Maximilicn :

« Sire, par ce que j'ai mandé précédemment à Votre Altesse et à ma sœur, et par les informations plus particulières que Luis Venegas vous aura données. Votre Altesse a déjà été instruite du peu de satisfaction que j'avais de la vie et de la conduite du prince mon fils, ainsi que de ce que j'apprenais de son caractère et de son naturel. On n'a cependant pas dit là-dossus à Votre Altesse tout ce qu'on aurait pu lui dire, mais on s'est borné à des communications sommaires, pour la décence de la chose et afin de ménager l'honneur et la considération du prince : j'espérais, d'ailleurs, devant me rendre en Flandre dans un si court délai, et me proposant do Ty emmener, que Votre Altesse en apprendrait par elle-, même, sur son compte, davantage et avec plus de certi-

1 Le texto do cette lettre est aussi dans les Appendices de notre première édition.

Cabrera, Felipe tt, liy. VII, p. 475, Va donnée d'une façon incorrecte, pt comme si elle avait étô écrite à l'impératrice Marie, éponse de Haximilien II.

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