CHAPITRE XIII
dépêches à sa cour: Philippe, on le comprend, pouvait avoir plus d'une raison de ne pas dévoiler le fond de sa pensée à la reine Elisabeth. Nous regardons comme bien autrement significatives les paroles, que nous allons citer, de Tévêque de Cuença à l'ambassadeur de Venise. Cavalli se refusait à croire que le roi voulût pousser jusqu'aux dernières rigueurs la punition qu'il infligeait à son fils ; il le dit à ce prélat : l'évêque lui répliqua qu'il tenait pour très-certain que le roi le ferait, car il avait longuement réfléchi avant de se résoudre, et quand une fois il prenait une résolution, il avait coutume d'aller jusqu'au bout *. Ce trait distinctif du caractère de Philippe, l'ambassadeur le signale lui-même dans la relation qu'il lut au sénat, à son retour d'Espagne, et nous l'avons fait ressortir d'après lui ^ ; il ne faut pas se dissimuler, d'ailleurs, qu'avec la connaissance qu'il avait de l'humeur du prince, Philippe pouvait concevoir des appréhensions pour sa sûreté personnelle, le jour ou il l'aurait rendu à la liberté. Et puis, ses conseillers intimes , le président d'Espinosa, Ruy Gomez et les autres, n'étaient-ils pas intéressés à ce qu'il traitât gon filg en ennemi irréconciliable? N'avaient-ils pas sujet de craindre que, si jamais don Carlos montait sur le trône, ils ne payassent de leur tête, et leurs familles de leur rang et de leurs bieils, la part qu'ils avaient prise à son arrestation ^ ?
1. « ... . Mostrando îo di no creder che il rQ andarà tanto ayanti in questo falto, me tornô a firmar che certissimo lui credeva che lo faria, perché, prima che sia venuto a questo, vi ha pensalo molto sopra, e qnando il re principia, è solito ancor di finire le sue resolutioni. v (Lettre de Cavalli du 11 février 1568,)