‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 304 sur 358 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

n'était-ce point parce que l'archiducliesse Anne se serait assise sur le trône d'Espagne, qu'elle eut été heureuse de la voir unie à don Carlos, mais parce qu'elle aurait vécu dans ce royaume ; et elle est convaincue que si l'empereur n'y mettait obstacle , elle trouverait sa tille disposée à y aller maintenant, pour entrer en quelque monastère K En tenant ce langage, la pieuse Marie était-elle l'interprète fidèle des sentiments de la jeune princesse? Il est permis d'en douter, quoique des documents authentiques attestent la profonde douleur qui s'empara de l'archiduchesse à la nouvelle du malheur de son fiancé 2.

Philippe comprit qu'avec l'empereur et Timpératrice il lui était impossible de s'en tenir aux termes vagues dans lesquels il leur avait annoncé la réclusion de son fils. Il leur écrivit donc, de nouveau, à tous les deux.

Dans sa lettre à Maximilien, il s'énonçait ainsi, après lui avoir recommandé de garder pour lui seul et pour l'impératrice ce qu'il allait lui dire :

« Les défauts que, pour mes péchés, Dieu a voulu qu'il y eut en la personne du prince, sous le rapport de son intelligence comme sous celui de son naturel, se sont, dans le cours de sa vie et jusqu'au moment actuel, manifestés et confirmés de telle manière, et l'on en a acquis une si longue et si particulière expérience, que depuis longtemps j'étais convaincu d'une chose : c'était que, pour remplir mes obligations envers Dieu et mes royaumes, il me faudrait en venir à l'enfermer. J'ai pourtant différé de le faire par amour paternel, par le désir de justifier entièrement

1. Coleccion de documentos iné dito s, eic,^ l. XXVll, p. 5. ± Voy., dans Quellen, etc., p. 213, la lettre de Dietrichsteiii à Maximilien n, du 22 avril 1568.

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cette mesure, et pour n'avoir pas à me reprocher d'avoir négligé aucun moyen d'amendement ni aucun remède.

» Quand môme j'eusse été disposé h tolérer et dissimuler les inconvénients cjui pouvaient résulter de ces défauts du prince pendant ma vie, inconvénients qui n'auraient pas été peu nombreux ni d'ime médiocre conséquence, et ne m'auraient pas causé peu d'inquiétude, de contrariété et de trouble, ceux qui en seraient résultés à ma mort, lorsque le prince aurait été appelé à me succéder, paraissaient devoir étie si graves et si préjudiciables à la chose pu-» blique, qu'il était de toute nécessité de les prévenir : en temporisant da\'anta^e et en no [uvnant pas la mesure qui a été mise à exécution, tout ce que j'aurais prescrit plus tard, non-seulement n'aurait pas été un remède suffisant, mais encore aurait causé peut-être une perturbation plus grande.

» Cette première mesure, ayant été reconnue nécessaire, aura pour conséquences les autres dispositions requises en un cas de cette nature, s'il paraît être besoin et si Ton juge convenable d'en venir à une déclaration et détermination. Alors on procédera avec la maturité de conseil et de délibération, avec l'austérité, la solennité et le bon ordre qu'une telle affaire exige, et cela ne laissera pas que d'entraîner quelque délai. J'aurai soin de tenir Votre Altesse au courant de ce qui se passera, comme je le dois faire de toutes me« choses, spécialement lorsqu'elles sont de Tespèce et de l'importance de celle-ci •

» Ce qui vient d'être dit expliquera clairement et ouvertement à Votre Altesse la résolution que j'ai prise et le but où elle tend. Elle verra par là que la réclusion dii prince n'a été motivée ni par quelque délit commis contre moi) ni par des torts en matière de religion; que ce n'est pas non plus

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