‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 307 sur 358 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

montra médiocrement satisfait *. La réclusion de don Carlos lui tenait au cœur, tant pour Taffcction qu'il portait à ce prince que par rapport aux changements qu'elle allait amener dans les affaires publiques. Il dit, à plusieurs reprises, à Ghantonay, que, si la situation de l'Allemagne le lui permettait, jamais de sa vie il n eût fait rien aussi volontiers que de prendre la poste et d'aller trouver le roi son beaufrère, afln d'en conférer avec lui. Il revenait là-dessus chaque fois que Ghantonay ou Venegas lui parlait du mariage de la princesse Anne avec le roi de France : il accueillait froidement les ouvertures qui lui étaient faites en vue de ce mariage, voulant par là témoigner les sentiments qu'il conservait au prince d'Espagne, et faire voir X|u*il ne donnerait sa fille à un autre que deanauvaise grâce et en quelque sorte par force, pour ne pas déplaire au roi catholique 2. Les ambassadeurs espagnols ne cessaient cependant d'insister afin d'avoir de lui une réponse formelle. Le comte de Fiesque, qui représentait Charles IX à Viéhne, y travaillait de son côté ; mais Maximilien ne pouvait se résoudre à renoncer à une union qu'il avait tant désirée. Enfin il déclara à Chantonay qu'il allait faire partir quelqu'un pour Madrid, qui traiterait en détail avec le roi de l'affaire du prince et de plusieurs autres ; qu'il espérait en Dieu que le tout s'arrangerait; qu'il ferait au roi des ouvertures telles que son

1. Il est intéressant de constater les impressions de la cour de Vienne à cette époque. L'envoyé de Savoie écrivait à son maître, le 24 juin : « È » giunto finalmente un allro corriere di Spagna, il quale, per quanto g'in- » tende, parche tandem habbi portato nuove délia causa délia detencione » del principe, la quale dicono che sarà perpétua, e dicono non esservi » altra causa, eccetto che è pazzo del tulto, e che mosso da pazzia insa- » nabile, ha machinato contro la vila del re suo padre... » (Arch. de cour et d'État, à Turin.)

!2. Lettre de Chantonay à Philippe II, du 16 juillet 1568, dans hColeccion de âocumentos inéditos, etc., t. XXVII, p. 24.

ii2 DOxN CARLOS ET PHILIPPE II

boau-frère ne sauniit avec raison les rejeter; qu'il était obligé d'agir ainsi par sa parenté avec le prince et l'attachement qu'il lui avait voué *. Chantonay ne négligea rien pour le faire changer d'avis : il se prévalut des instructions que lui et Vonegas avaient reçues; il allégua le refus essuyé par la reine douairicro de Portugal, qui avait voulu se rendre ellr-mème on (bastille *; il dit que Dieu savait à quel point tous les Kspagnols souhaitaient l'élargissement du prince, mais quo, si d'importantos raisons commandaient de le remottre à une autre ép(K[ue, l'envoi, par l'empereur, d'une personne expresse, en op|)osition à la volonté du roi, aurait peut-(Mre un résultat tout différent de celui qu'il désirait: en effet, au casque Tintcrcession de Sa Majesté Impériale ne fut point accueillie, le roi se verrait en certaine manière empêché de faire de lui-même, plus tard, ce qu'il aurait refusé do faire maintenant. Chantonay dit encore qu'il paraîtrait étrange à tout le monde que l'empereur eût eil si peu de crédit auprès de son beau-frère. Ces raisons ne convainquirent pas Maximilien. Il y répliqua eli souriant et 6n se montrant plein de conlîance dans le succès des négociations qu'il allait entamer^.

C'était sur son propre frère, l'archiduc Charles, que l*enipereur avait jeté les yeux pour l'ambassade qu* il Voulait

1. « .... Que estaba determinado de enviar una persona qae maj à la larga pudiese tratar con V. H. sobre lo del priocipe y otros pàrticnlâres ; y esperaba en Dios que para todo se liallaria medio y àbertàra, y qu» S. ir. I. abriria caminus por los cuales V. M. con mucha raaràn iiûiûMe de mudar su determinacion ; y enfin no podria dejar de hacer td qae le obligaba el deudo y amor que liene con el principe» y este habia de puar adeiante en lodo caso.... » (Lettre de Chantonay à Philippe II, dû 28 jidilet : Àrch. de Simancas, Hstado, leg. 658.)

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