‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 324 sur 358 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

naissaient avec plus de force en son esprit. Sa situation lui apparaissant dans tout ce qu'elle avait d'humiliam etd*af-^^ freux, il en revint à Tidée de se détruire, n'importe par quels moyens qui seraient en son pouvoir. Il avait essayé de mourir d'inanition ; la nature avait trahi sa volonté : il pensa qu^il atteindrait mieux son but en mangeant avec excès, et, comme cela était plus conforme à ses penchants, il y réussit*.

Dans la relation, que Philippe II envoya à ses royaumes et aux cours étrangères , de la maladie et de la mort de son fils , elles sont attribuées aux causes suivantes : sous prétexte de la chaleur de Tété, le prince allait continuellement, presque nu et sans chaussure, dans la pièce où il habitait, après qu'elle avait été fortement arrosée; il dormait quelquefois la fenêtre ouverte et n'ayant rien sur le corps ; il buvait, le matin à jeun et la nuit, de grandes quantités d'eau glacée ; souvent même il mettait de la glace dans son lit ; il mangeait avec excès des fruits et d'autres choses pernicieuses à sa santé ; enfin, pendant onze jours consécutifs, il n'avait voulu prendre que de l'eau froide , sans aucune espèce d'aliments^.

M. de Castro s'est attaché à expliquer la consommation immodérée que , selon les récits officiels ^ don Carlos faisait d'eau glacée et de glace. Il cite des autorités médicales du XVI® siècle qui recommandaient l'usage de l'eau glacée aux

1. «... Non riuscendo qiiesto (la tentative de don Carlos de s'empoisonner en avalant un diamant), entrô in humor di raorir con tnangiar molto : questa essendo strada più facile e propria, seconde la inclination délia sua natura, li è riuscita... » (Lettre de Cavalli, du 24 juillet 1568.)

2. Relacion délia enfermedad y failescimiento dd principe nuestro sé- ?lor, etc., dans la Coleccion de documentos inéditos, etc. , t. XXVII, p. 38. — Lettre du secrétaire d'État Erasso, du 28 juillet 1568, aux corrégidors et aux audiences royales : Bibliothèque nationale à Madrid, MS. F f j?, fol. 227 yo.

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personnes de coniplexion colérique et à celles qui souffraient lie lièvres chaudes ou d'inflammations ; il s'appuie aussi sur ce passage d'un livre publié, un an à peine après la mort de don Carlos , par un professeor de la faculté de Séville : « L'usage de la glace s'est tant répandu, que nous nous en » servons non-seuK*ment pour rafraîchir les boissons, mais » encore pour refroidir nos draps de lit. Je ne vois pas d'in- » eonvéni(Mit , Tété , quand les chaleurs occasionnent de »> grandes transpirations, à promener dans le lit une bassi- » noire avec un morceau de glace , vu que , préparé de la » sorte, le lit procure un sommeil paisible *. »

11 nous serait aisé d'ajouter aux autorités qu'invoque M. de Castro ; nous pouri'ions aussi rappeler que, longtemps avant sa réclusion, don Carlos avait l'habitude de consommer des (piantités considérables d'eau glacée^. Mais cette démonstration ne nous parait pas nécessaire, car personne n'est sans doute disposé à admettre , comme l'expression de la vérité pure, la relation émanée de la chancellerie de Philipjx^ 11. Ce roi , on m; l'a pas oublié , avait pris des précau-

1. tf Hacrecido tanlo e1 usodola nif^ve qne no solo en la beyida luamos (lella, mas aun para eufriar las sâbaoas; ni ternia por ioconveniente, en liempo do estio, quando las grandes calores resuelTon la gente con mucbo sudor, que se dé una vuelta a la cama con un calentador, el qnal tenga un podazo de nieve, porque de prcpararse de aquesta manera à la cama se siguo que su duoilo duerma placidamcnte. » Ce passage est oslrait d'un Tractadn de la nieve y del uto délia, par Ï'rancisco Fhaxco, imprimé à Séville, chez Alonso de la Barrera, en 1S69. Voy. HUtoria de loi protêt-' tantes espaloles, p. 370.

â. Voy. p. l.'T, note 2. Les comptes de la maison dedon Carlos confirment ce que Diolriclistoin écrivait ;\ Maximilinn II, le 39 juin 1564 et le 22 octobre 1565. Dans les listes jointes à une cédule do Philippe il, du 14 mai 15&4, qui ordonne le payement des dépenses de la maison de don Carlos pour les quatre premiers mois do cette année, on lit : a A Rodrigo Alooso (som> » melier), por la nieve que se trujo para sorvicio de Su Alteza, desde prin- » clpio de henero hasta 21 de marzo, 6,086 maravedis. » (Arcb. de Simtncas, Contaduriax genarala, 1* época, log. 1031 )

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