‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 330 sur 358 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Gaztelù, qui, dix années auparavant, avait reçu, au monastère de Yusle, l'acte des dernières volontés de Charles- Quint *. Il y affectait à ses créanciers la dot de sa mère, qui était de 200,000 écus, et suppliait le roi de vouloir, pour la décharge de sa conscience, payer le surplus de ses dettes ; il lui recommandait les officiers de sa maison qui l'avaient bien servi, disait-il, quoiqu'il les eût souvent maltraités; il appelait aussi ses bontés sur les gentilshommes préposés à sa garde 2. H demandait enfin d'clre inhumé dans Féglise du couvent de Saint-Dominique, àMadrid, monastère de religieuses, de fondation royale. C'est tout ce qu'on connaît de ce testament, qui n'existe point dans les archives d'Espagne *. Le même jour, don Carlos disposa de quelques bijoux et d'autres objets précieux qui lui appartenaient. Il donna au couvent d'Atocha, à Madrid, une bague garnie d'un riche diamanU*, ainsi qu'un cruficix d'or, ouvrage du fameux sculpteur Pompeo Leoni ^ ; quatre vases en or, de différente forme, aux repenties de Valladolid ; des ornements de velours ou de brocard au monastère de Saint-Dominique, au couvent de Saint-Antoine de la Cabrera et à la communauté de Notre-Dame des Anges, à Madrid. II avait toujours

1. Retraite et mort de Charles Qutnt au motwstère de Yuste, t. 1, pp. 323 et suiv.

2. Cabrera, I. c. — Lettre de Cavalli du 31 juille» — Relation italieflJie de la mort du prince ^ dans les livres de Bersoza, aux Archives de Si* mancas.

3. Philippe II l'avait probablement retenu par devers lui, avec les autres papiers de don Carlos; et le tout aura été brûlé en vertu de son codicille du 24 août 1597 (voy. p. 396), s'il ne l'avait livré au feu auparavant.

4. Déclaration de fray Diego de ChaveSj faite le 12 décembre 1584, au secrétaire de la contaduria mayor de cuentas. (Aro.h. de ^imancas, Contadurias générales, l» é|)oca, leg. 1051.)

5. Cédule du roi donnée à Saint- LaUrent-lc-Royal, lo 2 avril 15??;

{Ibid.)

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iv|j:;m'(I('' Kiiy (lonicz ooiniiio le principal auteur de ses maux : pour moulrer (lu'il oui)liait les injures, il le pria d'accepter une coupe et deux vt^ires en crisUil de roche, artistement travailles, et qui étaient à son usage personnel. II fit des prés(*nts du même gonrc au comte de Lerma, au duc de Mcdina de Rioseco, au prieur don Antonio de Tolède, à Luis Uuijadii, à don Pedro Fajardo, ûls du marquis de les Yelez, à don Flanc isco Maiuiqu(î, fière du comte de Paredès. Il ne pouvait oublier, dans cette distribution, son ami don Kodi'igo de Mt.ndoza et le docteur Suarez de Toledo, qui lui axait montré tiint d'attachement : au premier il donna une petite coupe de cristal, à pied d'or, et une bague en or, oinée d'un rubis, où ?.es armi^s étaient gravées; le second reçut une coupe de cristal. Enfin il fit cadeau au docteur Olivarès, son premier médecin, d'une pareille coupe, et à son confesseur, fray Diego de Chaves, d'une croix d'or pendante à une chaîne aussi en or *.

Il avait une dévotion particulière à saint Jacques de Compostelle, dont la fcte se célèbre le 25 juillet. Dès qu'il connut, à n'en plus douter, que sa mort était inévitable, il voulut savoir en combien de jours viendrait la vigile de Saint- Jacques ; sur ce qui lui fut dit par les médecins qu'elle arriverait en quatre jours, « c'est donc quatre jours, » rcpi'it-il, que mes misères et vos fatigues doivent encore » durer. » A mesure que ses forces décroissaient, la con- . sfance chiétienne, la résignation aux volontés de Dieu augmiMitaient en lui. Dans la nuit du 33 au 34, il demanda l'heure qu'il était; il lui fut répondu qu'il était deux heures a\ant minuit. lien montra un peu d'altération, craignant de ne pouvoir vivre jusqu'à cette vci/lc de Saint-Jacques qu'il

1. Colecciun de docuntcnlos incdiloSi elc, l. XXVII, pp. 95, 96, 11-4.

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avait fixée, dans ses vœux, comme le terme de son existence. Il continua d'adorer un crucifix qu'il avait placé sur sa poitrine, de se recommander à la miséricorde de Dieu, de prier qu'on lui pardonnât ses fautes ; il déclara qu'il pardonnait au roi son père, qui Tavait fait enfermer, à Ruy Gomez, à Espinosa, à Velasco et à tous ceux aux Conseils desquels il attribuait sa détention. Après quelque intervalle, il demanda de nouveau Theure; on lui dit que riiinuil venait de sonner. Il repartit alors : « Le moment est venu! » A r exemple de son aïeul Charles-Quint, il prit en main une chandelle bénite, et se tournant vers son confesseur qu'il n'avait pas voulu laisser s éloigner un instant : « Mon père, » — fit-il — aidez-moi. * Il invita aussi les assistants à réciter avec lui une oraison que l'empereur avait dite en mourant. Il prononça plusieurs autres paroles, parmi lesquelles on distingua celles-ci iDeus^ propitius esto mihi peccatori^ tandis qu'il se frappait la poitrine en .signe de repentir. Ses forces cependant défaillaient de plus en plus. Enfin, le 24 juillet, à une heure du matin, il expira sans avoir perdu une seule minute le jugement, et laissant ceux qui l'entouraient édifiés de sa fin toute chrétienne. Il était âgé de vingt-trois ans et seize jours. Quelques moments avantqu'il rendît l'àme, on avait, à son instante prière, apporté sur son lit un habillement de franciscain et un capuce de dominicain ' dans lesquels il désirait être enseveli, comme il le fut *.

Philippe II ordonna que, le soir même, on transportât le corps de son fils au monastère de Saint-Dominique, où il resterait déposé jusqu'à ce qu'il le fit mener à l'Escurial. Les ambassadeurs des têtes couronnées et celui de Venise,

1 . Lellres de l'archevêque de Rossano, des 27 et 28 juillet 1568. -- Lettre de Leonardo de Nobili, du 30 juillet. — Relation italienne.

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l(\s grands, la haute noblesse, les conseils furent convoqués an palais |)onr assister à cette lugubre cérémonie. Ruy (lonioz, on (|nalité de ^Tand maitre du prince défunt, eut la charge de condnin? le deuil.

Le cortège finièbre partit du palais à sept heures. Les confi'érics et les ordre,^ religieux ouvraient la marche , suivis de la chapelle royale. Le corps de don Carlos avait été mis dans un cercueil de plomb que contenait un coffre on bois garni de velours noir et recouvert d'un drap de biward ; il fut porté par les ducs de l'Infantado et de Médina do Riosoco, le prince d'Eboli, le prieur don Antonio de Tolède, h* connétable de Castille, les marquis de Sarria cl (KAguilar, les comtes d'Olivarcz, de Chinchon, deLerma, d'Orgaz et lo vice-i*oi du Pérou, qui se relevaient de dislance en dislance. Derrière le corps allait Tévêque de Pampeluno, assisté de deux chapelains revêtus de chappes de brocard noir. Puis venaient, à droite,Me nonce au milieu tlos ambassadeurs ; h gauche, les conseils et la cour, et en dernier lieu, les archiducs Rodolphe et Ernest *, ayant à leur côté lo cardinal d'Espinosa. Tous étaient en grand deuil ; les archiducs le portaient à la flamande. Le roi vit passer lo cortège d'une des fenêtres du palais. Une question de i)rèsèance s'èlant élevée entre plusieurs des conseils, il 'la décida do oot endroit mémo. Le cardinal d'Espinosa n'alla ])as plus loin que rentrée du monastère; il prétexta une indisposition pour revenir chez lui. Il aurait été plus vrai, observe Cabrera, s'il avait avoué qu il n'aimait pas le prince, car Ton savait que sa mort ne lui avait pjint déplu .

1. Don Juan (rAutriclio iHail parti pour Carlhagène à la flo du mois

!. CabPBsÎI'; liv. VIII, chap. v, p. 197. — Quixtaxa, Antiguêdad, no-

1629, fol. 369. — Lettres de Four-

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