‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 35 sur 358 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Dans cette* horrible cérémonie, qui dura depuis sept

heures du matin jusqu'à sept de l'après-midi, deux person-

^^s, Francisco de Vibero Cazalla, frère du docteur de ce

à cheval, accompagnés de plusieurs familiers et d'autres ministres , ninsi pe de la plupart des gentilshommes de la ville. Arrivés avec eux à la porte de l'ayuntamiento, ils y donnaient la première lecture du bando portant que, pour la gloire de Dieu et Texaltation de la sainte foi catholique, il serait célébré tin acte générai tel jour et à telle heure; puis, suivis de tambours /trompettes- et hautbois, ils allaient répéter cette lecture dans les principales rues et ;;arrefours.

» On construisait, dans le même temps, sur la grand'place, un échafand an centre duquel étaient dressés un autel avec une croix verte et deux chaires, une de chaque côté de Tautel, pour les secrétaires chargés de lire les sentences des condamnés. On élevait aussi deux estrades pour les chapitres ecclésiastique et séculier, avec une galerie circulaire en bas, où les hallebardiers, comme formant la garde du tribunal, devaient se tenir. Enfin on construisait un échafaud, appelé média naranja (coupole), pour les condamnés.

» La veille de Tauto-da-fé, un secrétaire et d'autres ministres de l'inquisition, précédés des crieurs publics, parcouraient les lieux les plus fréquentés . de la ville, et y publiaient un bando contenant la défense : 1» de porter des armes offensives ou défensives, depuis ce moment jusqu'au lendemain après l'exécution des sentences, sous peine de confiscation desdites armes et d'excommunication majeure; 29 d'aller le lendemain, à partir de deux heures de l'après-midi, en voiture, à cheval ou en chaise, dans les rues où devait passer la procession et sur la grand'place.

» Le même jour, la procession de la croix verte sortait du saint-office, accompagnée de toutes les communautés de religieux qu'il y avait en la ville et aux environs, des commissaires, écrivains et familiers du district, à la suite desquels marchaient les consulteurs, les qualificateurs et les antres officiers du tribunal, avec les secrétaires, l'alguazil mayor et le fiscal, tons portant de grands cierges blancs allumés. La croix verte marchait entre les officiers, enveloppée d'un voile noir, sous un dais. Des musiciens chantaient l'hymne Vextlla régis prodeunty etc. En cet ordre la procession se rendait à la grand'place, où était construit l'échafaud; la croix verte était placée sur Tautel, pour y demeurer toute la nuit, entourée de douze torches blanches allumées, sous la garde de moines de l'ordre de Saint-Dominique et des hallebardiers.

Le jour de Tauto-da-fé, aux premières lueurs de l'aube, tous ceux qui devaient y être senlenciés étaient réunis dans la chapelle de l'inquisition. A la même heure se formait la procession pour les conduire à l'échafaud. En tête était portée la croix de la principale église, couverte d'un voile, et accompagnée des curés des paroisses et de nombre d'autres ecclésiastiques.

nom, curé de Hormigos en révêclié de Palencia, et le bachelier Antonio Herrezuelo, avocat à Toro, furent brûlées vives. Agustino Cazalla, ayant abjuré ses opinions, mourut par X^garrole *; son cadavre seul fut livré aux flammes. Il

Pois venaient les condamnés, avec les effigies.de ceux qoi étaient morts ou qn'on n'avait pu prendre, et les os des défunts. La compagnie des hal lebardiers, répartie en deux files, les escortait; ils étaient rangés selon la gravité de leurs délits, les moins coupables précédant ceux qui Tétaient davantage. Tous étaient affublés du sanheniia'y ils avaient, de plus, une mitre de carlon sur la tête, une corde de genêt au cou, et une torche de cire verte à la main : des familiers de l'inquisition marchaient à leurs côtés. Cette procession était fermée par l'alguazil mayor de l'inquisition et par quantité de gentilshommes qui tenaient à honneur d'être familiers de ce très-compatissant (piadosissimo) tribunal.

» Peu après, le tribunal lui-même sortait de la maison du saint-office, accompagné des deux chapitres, ecclésiastique et séculier, et de quelques familiers portant la verge haute, tons à cheval. A leur arrivée sur la grand'place, ils mettaient pied à terre et allaient occuper les sièges qui leur étaient destinés. A l'extrémité de Téchafaud, il y avait une estrade de huit marches, couverte d'un grand tapis, sur laquelle étaient disposés trois fauteuils de ve-^ lours cramoisi, appuyés à un dais de la même matière, où Ton voyait les armes royales avec les insignes de l'inquisition. Les inquisiteurs s'asseyaient dans ces trois fauteuils : le fiscal de l'inquisition, ayant devant lui l'étendard du saint-affice déployé sur un piédestal, occupait un siège à leur droite.

» Lorsque tout le monde était assis, un prêtre montait dans la chaire placée au ' côté droit de l'autel, pour adresser à l'assistance un sermon dit de foi. Ce sermon terminé, un des secrétaires de l'inquisition, ou, selon les circonstances, un personnage plus considérable lisait à genoux la profession de foi, que tous répétaient. Ensuite les autres secrétaires^ que secondaient parfois quelques-uns des ecclésiastiques présents, donnaient lecture des sentences des condamnés.

y> Les sentences lues, les inquisiteurs livraient ceux qui devaient périr par le feu à la justice royale. Pendant que ceux qui avaient témoigné leur repentir avant l'auto-da-fé abjuraient leurs erreurs, les impénitents étaient conduits, sur des juments, au quemadero (lieu du bûcher), ordinairement choisi hors de la ville, sous la garde d'alguaziis et d'antres ministres de justice. Des moines les entouraient, pour les exhorter à se convertir. Ceux qui, avant d'être livrés aux fiammes, se confessaient, souffraient le supplice du garrote, et leurs cadavres seuls étaient brûlés. » (Historia de los protestantes espafioles, pp. 157-160.)

1. Collier de fer au moyen duquel on étranglait les criminels. Ce genre de supplice est encore aujourd'hui usité en Espagne.

Page 1