‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 42 sur 358 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

alors lui adressa les paroles suivantes : « Les décrets apos- » toliques et les saints canons ayant ordonné que les rois » jurent de favoriser la sainte foi catholique et la religion » chrétienne, Votre Majesté jure-t-elle, par la sainte croix, » qu'elle donnera tout Tappui nécessaire au saint-office de » l'inquisition et à ses ministres contre les hérétiques et apos- » tats, contre ceux qui les soutiendront et favoriseront, et » contre quiconque, directement ou indirectement, mettrait » obstacle à Faction du saint-office; qu'elle forcera tous les » sujets et naturels de ses royaumes à obéir et se conformer » aux constitutions et lettres apostoliques données et publiées » pour la défense de la sainte foi catholique contre les héré- » tiques et contre ceux qui les croient, reçoivent ou favo- » risent? » A quoi le roi répondit : « Je le jure *. »

Les condamnés étaient au nombre de dix-huit. Parmi eux figuraient : don Carlos de Sesse, d'une famille illustre d'Italie, et dont la femme, dona Isabel de Castille, descendait du roi don Pedro ; dona Isabel de Castille elle-même et dona Catalina de Castille, sa nièce; fray Domingo de Rojas, religieux dominicain, de la famille des marquis de Poza; Pedro Cazalla, curé de Pedrosa, dans Tévêché de Zamora; Domingo Sanchez, prêtre des environs de Logrofio, et huit religieuses du couvent de Belèn, de l'ordre de Cîleaux, à Valladolid. Sesse, Rojas et un serviteur de Pedro Cazalla, ayant persévéré dans leurs erreurs, furent brûlés vifs. On jeta aussi dans le feu l'effigie et les os d'une béate de Valladolid, nommée Juana Sanchez, qui s'était donné la mort en se frappant de plusieurs coups de ciseaux à la gorge. Cinq des religieuses et quatre autres condamnés se confessèrent

i. Cabrera, Felipe ii, liv. V, chap. III. — Adolfo de Castro, HUtoria de los protestantes espanoles, pp. 176 et 177.

afin (réchapper au hncher; ils subirent la peine du garrole. Enfin les autres religieuses, avec dona Isabel et dona Catalina de Castille, fjjrent ramenées en prison, pour y rester détenues à perpétuité *. « C'estoit grande pitié à » veoir, » dit Vandenesse, auteur d'un Journal des voyages de Charles-Quint et de Philippe II, qui était présent.

Lorsque Ton conduisait don Carlos de Sesse au quemadero, il dit au roi, en passant devant lui : « Comnient vous, qui » êtes un si grand genlilhonime, pouvez-vous permettre » qu'on me livre aux flammes? » Philippe lui répondit froidement : « Si mon fils était aussi mauvais que vous, j'ap- » porterais moi-même le bois pour le brûler 2, » Paroles

\. Adolfo DE Castro, ouvrage cité, pp. 177-183.

2. Il y a plusieurs versions de ces fameuses paroles, famota tentencia, comme dit un des panégyristes de Philippe II.

Celle que nous donnons est tirée de Cabrera : « Yo traere lena >» para quemar ii mi hijo, si fuere tan malo como vos. » {Felipe II y liv. V, chap. III.)

Fray Agustino Davila, qui prononça l'oraison funèbre de Philippe, en 1598, à Valladolid, lui fait dire : « Si mon fils était contraire à TÉgUse cay> tholique, j'apporterais les sarments pour qu'on le brûlât : » Si mi hijo fuere contra la Iglesia catùlica, yo llevaré la iarmientos para que lo quetnen. (Adolfo de Castro, Ilistoria de los protestantes espanoles, p. 184.)

Ballliasar Porreno, dans les Dichos y hechos del rey don Felipe II el Prudente (Séville, 1639), amplilic ainsi les paroles prononcées par le roi : « Il est bien que le sang noble, s'il est taché, se purifîe dans le fen; » si le mien propre l'était en la personne de mon fils, je serais le pre- » mier qui l'y jetterais : » Muy bien que la sangre noble^ ii ettd maii' chada, se purifique en el fuego ; y si la mia propia se manehare en mi hijo, yo séria el primero que lo arrojase en il. (Adolfo de Castro, ouvrage cité, p. 178.)

Malgré le témoignage de Cabrera et de Davila, il nous restait encore quelque doute sur les affreuses paroles qu'on met dans la bouche de Philippe II ; mais nous n'en avons plus conservé, après avoir la une lettre que l'évêque de Limoges, Sébastien de l'Aubespine, ambassadeur de France à Madrid, écrivait à Catherine de Médicis, le 20 janvier 1562. Plusieurs Français avaient été arrêtés par l'inquisition, les uns pour avoir apporté des livres en Espagne, les autres pour avoir parlé de matières religieuses ; elle venait de faire' emprisonner Bobuse, apothicaire de la reine Elisabeth et beau-frère du médecin de Charles IX. L'Aubespine écrit à. ce propos :

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