‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 43 sur 358 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

horribles, et qui montrent jusqu'à quel point ce monarque poussait le fanatisme !

Philippe II quitta Valladolid le lendemain. Il avait hâte d'assembler les cortès de Castille : son trésor était épuisé ; il lui fallait de Targent, et il voulait aussi que les représentants delà nation reconnussent, pour son futur héritier, le prince des Asturies, qui allait bientôt accomplir sa quinzième année *. Il les convoqua à Tolède, où il se rendit avec dona Juana, don Carlos et toute sa cour.

L'ouverture des cortès se fit le 9 décembre, dans la grande salle de TAlcazar : le roi y présida, assis sous un dais, et ayant le prince à son côté, « assez maigre et défait de sa » fiebvre quarte 2. » La proposition fut lue par le^ secrétaire d'État Juan Vazquez de Molina ; elle roulait sur les deux objets que nous avons indiqués, et, de plus, le roi y annonçait aux cortès son mariage avec Elisabeth de Valois, fille de Henri II et de Catherine de Médicis ^. Les procuradores répondirent sur-le-champ qu'ils étaient prêts à reconnaître le prince, et, quant aux subsides demandés par le roi, » qu'ilz se démonstreroient si bons et dévotieux subjectz » que S. M. en auroit satisfaction , estant bien joyeux ï> de la voir en si bonne disposition après une si longue » absence,^ mesme après tant de belles victoires et une

« Quoy que j'en fasse instance (pour sa mise en liberté) au roy catho- » licqueet à tous ceulx de par deçà, je n'ay responce autre de S. M. : Que, » si c'estoit son propre filz, et qu'il eust en cest endroit péché, il le fe- » roit morir. » *

1. Philippe II avait été reconnu par les cortès pour futur héritier de la couronne, lorsqu'il ne comptait pas encore un an. (Cabrera, liv. 1, chap. 1,

2. Lettre de Tisnacq à la duchesse de Parme du 18 décembre 1559.

3. Copie de la proposition faite aux cortès, jointe à une lettre de Tisnacq à la duchesse de Parme du 29 décembre 1o59l

» paix si honorable par la grâce de Dieu obtenues *. i

La prestation du serment que le prince avait à recevoir • de tous les ordres de TÉtat et à leur faire réciproquement , était une cérémonie longue et fatigante ; elle dut être différée à cause de l'état de don Carlos, que la fièvre avait repris.

Cependant Elisabeth de Valois venait de quitter la cour de Frîmee, se dirigeant vers sa nouvelle patrie. Reçue à Roncevaux, le 4 janvier 1560, par don Francisco de Mendoza, cardinal-archevé(iue de Burgos, et par le duc de Tlnfantado, elle poursuivait sa route à travers les provinces de la Péninsule, au milieu des marques de respect, . des cris de joie et d'amour de toutes les populations, charmées de sa jeunesse, de sa beauté, de sa grâce, et heureuses d'une alliance qui présageait de longiies années de paix. Le 28 janvier elle arriva à Guadalajara 2, où devait se célébrer le mariage ; elle descendit au palais du duc de Tlnfantado, que ce seigneur avait mis à la disposition du roi : la princesse dona Juana l'y attendait et lui en fit les honneurs ^* Philippe II, qui était h Madrid, vint le lendemain à Alcalâ. Le 30, dans la soirée, il se rendit secrètement à Guadalajara, pour voir sa future épouse. La cérémonie nuptiale eut lieu le 31, à onze heures du matin. Après avoir reçn dans ses appartements les hommages du prince de la Roche-sur-Yon et de révoque de Limoges, ambassadeur de France, Philippe, ayant à sa droite le duc de Brunswick, à sa gauche le duc de l'Infantado, précédé du duc d'Albe, son grand maître

i. Lettre de Tisnacq à la duchesse de Parme, du 18 décembre 1S59, déjà citée.

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