‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 63 sur 358 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

(l'Albe s'empressa d'informer le roi du symptôme favorable qui venait de se manifester dans Tétat dé son fils.

La journée du 10 se passa sans changement. LePinterete, ce Morisque de Valence que le roi avait fait venir, était à Alcala depuis la veille. Avant son arrivée, il y avait eu de vives discussions entre les médecins sur la question de savoir si l'on ferait usage de ses onguents. La plupart étaient contraires à ce qu'on les employât, disant qu'on en ignorait la composition, et qu'il ne convenait point que, dans un cas d*une telle gravité et lorsqu'il s'agissait d'un si grand Pi*ince, on appliquât des remèdes sans connaître les ingrédients qui y entraient : ils ajoutaient qu'il répugnait à la ''^îson de se servir toujours des mêmes médicaments, quel-

î^e ne contient pas celle de Daza, probablement parce qu'il jugea à proj^^^s de l'en retrancher, lorsqu'il publia sa Pràctica y teôrica de cirargia; ^*^iis croyons devoir en donner la traduction : « Le vulgaire a pris occasion de cette apparition de fray Diego, pour s'imaginer que le rélablis- 55ement du prince fut l'effet d'un miracle. Certes, cela eût pu être, puisqu'il était aussi facile au bienheureux Diego de supplier Dieu de rendre ^à santé au prince, que de lui apparaître et de le consoler, comme il le ^^ selon le témoignage de S. À. Néanmoins, à mon avis, il n'y eut pas de *niracle^ dans Tacception propre du mot : car le prince fut guéri par les •"emèdes naturels et ordinaires dont on use pour toutes personnes atteintes ^e la même maladie, même en des cas plus graves. Je crois bien et je ^'eiis même pour certain que nous fûmes aidés de la faveur particulière de *^ieu, principalement par l'intercession de la trcs-sacrée Vierge, sa mère, Par les oraisons, prières , processions, disciplines , jeûnes qui se firent Pour S. A. dans toute l'Espagne, et même au dehors, par l'intercession de "^^aucoup de justes qu'il y avait entre un si grand nombre de gens, et de P^us, comme la piété autorise à le croire, par les mérites du bienheureux ^ï'ay Diego, à qui S. A. avait depuis longtemps une dévotion particulière ^ais, comme il est dit, ce fut selon l'ordre naturel des choses, puisque *^ prince se rétablit par les remèdes qu'on lui donna, et l'on appelle ï^ï*oprement des miracles les choses qui excèdent toutes les forces na- '•U relies, etc. »

*^l est à remarquer que, dans son testament, don Carlos garde le silence ^^' l'apparition de fray Diego, et que la relation officielle envoyée par le -^^ à ses ambassadeurs ne dit mot de celte apparition, non plus que du ^ïîsport du corps de fray Diego au palais.

que divers que fussent les âges , les temps et les comj)lexions. Cependanî, voyant la confiance que bien des personnes avaient en ces onguents, l'opinion générale du public, qui leur reprochait de n'y pas recourir, et celle de quelques-uns des hommes de Tart présents qui en avaient expérimente la vertu, ils avaient fini par céder.

Les ongucnis du Pinterete étaient au nombre de deux, l'un blanc et l'autre noir : le premier avait un effet répercussif ; le second était caustique, et il fallait le modérer par le blanc*. On les avait appliqués déjà le 8 et le 9, selon l'instruction dont le Morisque en avait accompagné l'envoi. Le 10, il assista à leur application. Le lendemain, il y procéda lui-même^. Le 12, ce fut le docteur Portuguès qui se chargea de ce soin. Soit prévention, soit qu'en effet le résultat ne fût j)as satisfaisant, les médecins trouvèrent que la blessure du prince allait de mal en pis, tandis que tous I phénomènes morbides dont elle s'était compliquée perdaien successivement de leur gravité ; ils s'effrayèrent aussi e vovant le crâne du malade devenir noir comme de l'encre ils en conclurent que les topiques du Morisque ne vàlaien rien ; ils le firent congédier, lui et ses onguents ^, et ils ap

1. «.... Uno blanco, que se tiene por repercusivo ; olro negro, el cnî es caliente,que es necesario templarle con cl blanco.... » (Relation de Die nisio Daza.)

!2. Dans sa lettre du 14 mai, l'ambassadeur de Florence donne les détai0- -^^ suivants : « Le Morisque mit la plaie à nu, l'ouvrit, y plongea le nez gu'Ê: "^ . » y laissa pendant deux secondes, et, l'ayant relire, demanda au prince ^ ^^ » le front lui faisait mal. Don Carlos répondit que non. Alors il Tassnra qi^c^-^^^ » bientôt, avec l'aide de Dieu, il le rendrait à la santé, et il lai endoisit K ^ » crâne de son onguent »

3. a Todos estos dias, con haber mejorado S. A. de todos los acddaitess^ ^0*» la herida iba de mal en peor, porque cl ungûento negro la qnemô de m*LSP ^' nera que puso el casco tan negro como una Ifnta ; entendiôse que pues ^' virtud iba mejorando y la calentura disminnyéndose, que la falta estaba los unguentos. Acordamos dar con los ungûentos y con el Morille al vés. » (Relation de Daza.)

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