‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 94 sur 358 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

» prince, dit-il, n'écoute et ne considère personne *, et, s'il est » permis de le dire, il fait même peu de cas de son père, lequel » dissimule et feint, bien qu'il soit au courant de tout, parce » que, quand il témoigne du mécontentement, Son Altesse se » met incontinent au lit avec la lièvre, qui lui survient par

» la grande colère où elle entre Il est d'une nature très-

» cruelle, et on conte à ce sujet beaucoup de cboses qu'il ne ^ convient pas de dire ici. Dans les réponses qu'il fait à » ceux qui lui adressent la parole, il montre peu de cour- » toisie et de bienveillance. Il hait particulièrement ceux qui » le servent... Il a des caprices étranges, comme de se faire j» faire quantité de vêtements, d'acheter des bijoux sans souf- » frir que d'autres les prisent, de faire graver son portrait » sur un rubis ou un diamant, et quand il a porté cet anneau » au doigt pendant une huitaine de jours, de ne vouloir plus » le voir. Il n'a d'amabilité envers personne; dans toutes » ses actions,' au contraire, percent Torgueil et la hauteur. » Il a en aversion la plupart des choses qui plaisent au roi,

» et Ton ne sait trouver rien qui l'amuse Tous les mi-

» nistres qui sont à la cour le craignent, parce que, s'ils ne » veulent pas faire ce qu'il commande, il leur dit des paroles » injurieuses; et comme ils savent qu'ils ne peuvent lui obéir » sans la permission du roi, ils se trouvent dans un grand » embarras : aussi tous Tévitent autant que cela leur est pos- » sible. La dépense de sa maison s'élève à environ quarante » mille écus par an , mais il fait beaucoup de dettes, ache- » tant quantité d'objets qu'il ne paye pas : il devait ainsi, à » mon départ, soixante mille écus ^. »

i • Selon Antonio Tiepolo, non-seulement don Carlos n'estimait personne, mais encore plus quelqu'un était grand, et plus il paraissait le mépriser : « Non fa stima d'alcuno, e qnanto uno è più grande, tanto più par ch'egli 1o » sprezzi. » (Albèri, sér. I, t. V, p. 148.)

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