‹ Don Carlos et Philppe IIChapitre 119 sur 172 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

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qu'il semble que cela doive lui causer, j’en ai eu tant de chagrin que, je l’assure à Voire Altesse, je voudrais me mettre «à l’instant même en chemin pour aller la voir, et m’en entretenir longuement avec elle. Malheureusement les occupations que j’ai, et le mauvais état où sont toutes les affaires d’ici, ne me permettent pas de m’éloigner sans de notables inconvénients; ma présence à Vienne est d’ailleurs nécessaire pour les affaires des Pays-Bas, dans lesquelles, comme dans toutes, je désire être utile à Votre Altesse J’ai en conséquence résolu de lui envoyer, en mon nom, mon frère Charles, qui est ma chair et mon sang, et qui, quoique jeune ('), s’acquittera bien de ce dont je le chargerai. Il m’a paru que je ne pouvais faire moins pour remplir mes obligations envers Votre Altesse et envers moi-même. Je n’occasionnerai aucun déplaisir à Votre Altesse, car mon but n’est que de la servir; c'est pourquoi j’ai persisté dans mon dessein malgré les objections pressantes de Chanlonay et de Luis Venegas. Comme mon frère partira sous peu de jours, je m’en remets à ce que j’écrirai par lui touchant les mariages de France et de Portugal, suppliant Votre Altesse de s’employer afin que l’un et l’autre se suspendent jusqu’alors.... De Vienne, le 27 juillet.

« Bon frère de Votre Altesse,

« Maximilien (*). »

(') Il avail alors vingl-huil ans, étant né en 1540.

(’) Celle lettre, écrite en espagnol, est dans la Culrccion de documenta* inéditox, elc., I. XXVII, p. .Ili.

Le départ de l’archidue ne put s'effectuer aussitôt que l’annonçait cette lettre. Il était enfin fixé au 4 septembre : quelques jours auparavant, on recul à Vienne la nouvelle de la mort de don Carlos ('). Cet événement dérangeait les combinaisons de la cour impériale; mais il ne lui faisait que plus sentir l’importance de se concerter avec le roi d’Espagne pour l'établissement des archiduchesses Anne et Elisabeth. Maximilien, d’ailleurs, avait d’autres et de très-graves questions à discuteravec son beau-frère. L’Allemagne entière était révoltée contre les actes arbitraires cl les exécutions sanglantes dont le duc d’Albe donnait le spectacle dans les Pays-Bas : les électeurs venaient de se réunir et de réclamer l’intervention de l’empereur, comme chef de la nation germanique , en faveur de ces malheureuses provinces ; ils avaient mis à sa disposition leurs fortunes, leurs vies, prêts à tout sacrifier pour la délivrance d’un pays aux intérêts duquel les liaient une commune origine et les transactions diplomatiques qui l’avaient incorporé à l’Empire ( s ). Sous peine de perdre toute popularité en Allemagne, il fallait que Maximilien donnât suite à ces remontrances.

(’) • ... Alli 4* di queslo doveva partira per S pogna l’arciduca Carlo : perô si è rilardala la partita, et torse anderà milia, per la nuova, che porlô l'altro liieri solamcnle un corriere, délia molle dol principe di Spagna, la quale c sinta inDnitamente sentita et pianta da molli, mu soprallutto dall’ impératrice. Sua Maeslà si è sulii'o rilirala due leghe discoslo da quivi, dove dicesi che siarè lie giorni. ... » (Lettre de l'envoyé de Savoie au duc Emmanuel-Philibert, écrite de Vienne, le i septembre 1568, aux Archives de cour et d’Etat, h Turin.)

(’) C 'orrespondancr de Philippe II sur les affaiits des Pays-Uns, t. Il, p. 3S.

CIIAP 1 TRE XV.

Il persista donc dans la résolution d’envoyer l'archiduc Charles en Espagne. Ce prince sc mit en route le 22 octobre, et arriva a Madrid le 10 décembre (') ; on ne voyageait pas vite en ce temps-là. Pendant qu’il était en chemin, l’empereur apprit la mort de la reine Elisabeth de Valois ( 2 ). La conclusion définitive du mariage de la princesse Anne avet: Charles IX, et de la princesse Élisabeth avec don Sébastien, formait le point principal des instructions de l’archiduc ; Maximilien le chargea, dès ce moment, d’offrir au roi Philippe, pour lui-môme, la main de l’ainée de ses filles (*). Rien ne s accordant plus avec les désirs propres du roi ( 4 ).

(') Correspondance de Philippe II, etc., t. H, pp. 45, 66 (’) Elle était morte le 3 octobre.

(’) Correspondance de Philippe II, etc., t. II, p. 68.

(•) Catherine de Médicis avait à peine été informée de la mort de sa fille qu elle avait songé à offrir au roi d'Espagne son autre mie, la princesse Marguenle. Voici ce qu’elle écrivait, le 15 novembre, à l'ambassadeur Eourquevaulx, après lui avoir dit que, toute sa vie, elle ressentirait la perte de la remc Élisabeth : . Encore que je désire, comme mère, de

• voir, s il est possible, sa sœur au mesme lieu, si est-ce que cela ne » ra estera la douleur que j'en ressens : mais, estant mère et obligée au

• roy leur père comme je suis, je doibs chercher, non pour mon récon- « fort (car a tant de maux que j'ay la mort est le plus beau que je sçau-

- rois avoir), mais pour le bien de ce royaume à qui j’ay tant d’obliga- » lions, et la conservation de la paix entre ces deux roys, tous les movens “ P° ur e ^ er d ’y parvenir. . Le 23 novembre, elle revenait sur ce sujet : . Monsieur de Fourquevaulx, - lui disait-elle - vostre opinion U est bonne de dire qu’encoreque le roy d'Espaigno veuille ma fille qu'il « nous vouldra le faire trouver bon. Je ne me soucie de toutes leurs

• mmes. pourveu que je feusse asseurée qu’il l’espousAtet ne nous tint'

« comme I on dit, longtemps le bec en l’eau. Je vous prie y user des

• meilleurs moyens, et si dextrement qu’on ne puisse appercevoir que

- rien ne vienne de nostre commandement : car les filles, faut quesoint demandées par les hommes, et non les aller offrir, et principalement

" ,Je ,cl hcu - Ma,s vous Pourrez soubs main traiter cecy avec des servi-

l’archiduc réussit aisément dans celle négociation , tandis qu’il échoua dans celle qui avait pour but de faire cesser l’oppression sous laquelle les Pays-Bas gémissaient ('). Et ce fut ainsi (bizarre effet des caprices du sort!) que Philippe devint, pour la deuxième fois, le mari d’une femme qui avait été destinée à son fils.

« leurs en qui il se fie, et surtout tous faudrait taseber de gaigner l'un « ou l'autre de ces trois: le cardinal (d'Espinosa), le prince d’Evoli ou le • confesseur.... » Les intrigues de Catherine n’eurent pas de succès : les ministres de Philippe II avaient déjà exprimé unanimement l’avis qu'il donnât la préférence à une fille de l'empereur sur la soeur du roi de France, « parce qu'il paraissait que ces filles du roi Henri tardaient « beaucoup à avoir des enfants » ( perché parc chc queste pgliole del re Enrico tardino molli anni a far proie). C’est l'archevêque de Rossano qui nous apprend cette particularité dans une lettre écrite au secrétaire d’Etat de Pie V, le 19 novembre (MS. X 172 de la Bibliothèque do Madrid, p. 944).

(') Correspondance de Philippe II, etc., t. II, p. 68.

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