CHAPITRE XVI
ni aucun instrument à l’aide duquel il eût le moyen de se donner la mort, il essaya de se faire périr d’inanition ( l ). Bientôt il devint d’une maigreur effrayante; ses yeux s’enfoncèrent dans leurs orbites ; il ne dormait plus ( 2 ). Dans les derniers jours de février, il resta cinquante heures sans vouloir prendre aucune sorte d’aliments. Il fut réduit par là à un état de consomption tel que les médecins crurent sa dernière heure venue ( 3 ).
Si l’on s’en rapportait à Cabrera, Philippe II, en ce moment, serait allé voir et conforter son fils ( 4 ). Le bruit de celte visite fut en effet répandu à la cour, et plusieurs des ambassadeurs étrangers s’en rendirent l’écho dans les dépêches qu'ils adressaient à leurs
« siderazione. » Nulle part ailleurs nous n'avons trouvé d’indices de pareilles démarches, qui semblent peu d'accord avec le caractère de don Carlos.
(') Non bavendo arme nè modo con cbe si potesse amazzare,
si risolse di farlo per via di famé.... » (Lettre de Cavalli, du 24 juillet.)
(*) Lettre de Fourquevaulx à Catherine de Médicis, du 18 février 1568.
(•) • .... Mercoledi sera, a mezza uotte, S. M. l’ando a vedero, dopo esser egli stato cinquanta ore senza voler mangiare, talcbè i medici ne dubitavano. • (Lettre de Nobili, du ï mars 4368.) — Cavalli écrit aussi le 2 mars : « 11 principe di Spagoa, .... vedendo la cosa andar
* alla lunga con la solila strettezza, si ba poste in gran disperatione, et » spesso entra in humor di non voler mangiar, et è stato tal voila doi « gîorni senza pigliar cibo. » — Et Fourquevaulx, le 9 mars : • Lo •< prince s’est trouvé mal quelques jours, sans vouloir manger ne rien « prendre, jusques à tant que son père, comme l'on dict, l'est allé visi— « ter un matin, deux heures devant jour. » — Cabrera dit que don Carlos fut trois jours sans manger : a Desanimado como dexado de la « esperançu de liberlad, estuvo très dias tan sin corner, con profunda
• melancolia, que ja casi le ténia la mitad de la muerte. • ( Felipe II, liv. VIII, chap. V,p. 496.)
(*) •.... Le visité y conforté el rey. » ( Ibid .)
gouvernements (') Je souhaiterais, pour Philippe II, que l’histoire pût la confirmer. Malheureusement, la vérité me force ici encore de redresser Cabrera. D’après un témoignage qui ne saurait être suspect, celui de l’ambassadeur de Venise, Philippe ne visita point son fils; il ne souffrit même pas qu’on lui portât des consolations, et, lorsqu’on lui annonça que don Carlos se refusait obstinément à manger, il répondit : « Il mangera bien , quand la faim le « pressera ( 2 ). » Les mêmes diplomates qui d’abord avaient fait mention de la visite du roi-, revinrent, dans des dépêches postérieures, sur ce qu’ils en avaient dit, soit pour n’en parler plus qu’en des termes dubitatifs ( :l ), soit pour déclarer explicitement qu’elle n’avait pas êu lieu ( 4 ).
(’) Voy, les extraits des lettres de Nobili et de Fourqucvaulx, cités à la Dote 3 de la page 585. — Marcantonio Sauli écrivait, de soo côté, le 7 mars, au sénat de Gènes : « Intcndoche, li passati giorui, il principe
• hebbe un poco di male, et che il re lo visité. »
(*) • Con tutlo cio il re non ha voluto cbe se faci niuua dimoslrazione « por consolarlo, nè palisse che alcun lo visiti fuorchè li ordinnrj; et a quando li è delto che non vol mangiar, non dico altro senon cbe man- « giarà quando haverà fume.... » (Lettre de Cavaili, du 3 mars 4568.)
(*) Dans un duplicata dosa lettre du 7 mars, expédié le <0, Sauli ajouta de sa main les mots suivants au passage que nous avons cité dans la note 4 ci-dessus : • M3 non l'bo poi veriûcato. » — Nobili écrivit, le 30 mars, à Côme de Médicis : ■ Scrissi altra volta a V. E. cbe S. M. « era stata da lui, e me l'aveva delto uomo digno di fede; ma io non ne
• ho avuto poi riscontro taie che io lo possa accertare. •
(*) « Il fut bruit que le roy*6on père l'avoit esté visiter un bon matin. J'ai sceu depuis le contraire, et qu’il ne passa plus avant quo la chambre de Ruy Gomès : car de là il pouvoit ouyr clairement et croy que veoir aussi ledict prince. • (Lettre de Fourquevaulx, du 36 mars, à Charles IX.)