CHAPITRE XVI
La nature vainquit don Carlos, et la faim fut plus forte que sa résolution : il mangea ('). Il arriva alors que sa santé devint meilleure qu’elle ne l’était auparavant: car, comme il avait le corps plein d’humeurs, par suite des désordres de bouche auxquels il se livrait d’habitude, cette abstinence prolongée qu’il venait de s’imposer produisit sur son organisme des effets salutaires ( 2 ).
Les prévisions du roi se trouvaient ainsi réalisées. Pour montrer, d'une manière plus manifeste encore, qu’il était peu touché du désespoir de son lits, il lit, le 2 mars, un règlement destiné à assurer mieux la garde du prince, en déterminant avec précision et minutieusement les devoirs de ceux qui y étaient préposés; ils n’avaient eu jusque-là que des instructions verbales. Ce règlement portait ( 3 ) :
Que Ruv Gomez aurait grand soin de tout ee qui concernait le service du prince, sa table, ses vêtements, la propreté de sa chambre ;
Que lui et les gentilshommes placés sous ses ordres traiteraient le prince avec le respect qui lui était dû ;
Que le prince ne pourrait sortir de sa chambre, dont
(’) • .... Fioalmeute, astretto dalla famé, si pose a mangiar.... » (Lettre de Cavalli, du 2i juillet.)
(*) « .... Si avide ctioquesta grande ioedia li haveva giovato, perché liavendo lui un corpo pien di humori grossi per li molti disordini clic faccva, con la dieta si venero a consumar o risolvere.... » [Ibid.) — « Ledict prince se porte bien de santé, mais très-malade do contentement.... » (Lettre do Fourquevaulx, du 26 mars.)
( 5 ) Dans l'édition française do l 'Histoire de l'inquisition, de Llorente, t. 111, pp. 163 et suiv., on trouve une traduction de ce règlement, mais elle est faite avec une grande négligence.
la porte serait, le jour et la nuit, entre-bàilléc et non fermée ;
Qu’aucun autre que les six gentilshommes désignés, le 25 janvier, pour le garder et le servir, n’entrerait dans sa chambre, sans la permission expresse du roi, à l’exception du médecin et du barbier, quand on les appellerait, ainsi que du monlero chargé du service subalterne;
Que le comte de Lerma, ou, à son défaut, un autre desdits gentilshommes, dormirait dans la chambre du prince ; qu’ils veilleraient à tour de rôle ; que tous seraient présents jusqu a l’heure du coucher, afin que, si l’un d’eux était envoyé quelque part, les autres demeurassent ;
Que les ordres du prince seraient exécutés, mais qu'il ne pourrait recevoir ni donner de message hors de sa chambre sans l’autorisation du roi; qu’il ne pourrait non plus faire de demande étrangère au service de sa personne; que, dans le cas où il voudrait parler de son affaire, on ne lui répondrait point, parce que cela serait inutile et pourrait nuire('), comme le lui feraient observer Ruy Gomez etlesdits gentilshommes, quand il entamerait un pareil sujet ;
Que les paroles qui se prononceraient dans sa chambre devraient être entendues de tous les présents ; qu’on ne pourrait rapporter au dehors rien de ce qu’il ferait ou dirait sans la permission ou l’ordre du
(') • .... Escusando particularmcnte las (praticas) de su uegocio i causa en que no se avrà de responder à lo que quisiere sa ber. porque no séria de efelo i podria danar.... ■