CHAPITRE XVI
« geât('). » Telle est l’apologie que Philippe II nous a laissée de sa conduite. Le lecteur l’appréciera.
Nous avons cru devoir faire précéder de ces considérations le récit que nous avons à donner de la maladie et de la mort de don Carlos. Ce récit, on l’a compris déjà, ne sera pas emprunté aux actes officiels : nous avons puisé à des sources moins suspectes; les dépêches du nonce, celles des ambassadeurs de France, de Venise, de Florence Q, voilà quels seront nos garants. En dépit des mesures prises par Philippe II pour qu’un mystère inpénélrable régnât autour de la
(’) Porque podria ser que à algunos paresciesso que las desôr-
denes que se refiere que hizo, se podiau y dévia» remediar, y hazcrsc otras dibgencias, demâs de pcrsuadirsolo y suplicérselo, no le dando aquello que le bavia de daôar, oi permitiéndole bazer aquellos talcs cxcessos, co csto Vueslra Senoria y todos los que couoscieroo la condicion y naturaleza de Su Alteza y le tralaron, no baràu escrùpulo, porque es cierto que, si se Ilevara este lérmino coo él, diera en algunas otras cosas que fueran mas pcligrosasa su vida, y, lo que peor es, à su aima. Y eslo es de tal manera assi que no se podia bazer otra cosa, especialmente que, segun su complexion y la experiencia que él de si bavia hecho y se ténia do Su Alteza, no sc dévia con razon temer fuera de tanlo ioconveniente à su salud, como verdbderamente no lo fuera, si no dexara de corner : lo quai fué por tanto tiempo y por tanlos dias que, aunque le tomara en buena disposicion, no pudiera vivir,y enel corner no se le pudo bazer mas fuerza..., » (Lettre du secrétaire Zayas aux ambassadeurs en France, en Angleterre et en Allemagne, du 29 juillet 1563, dans la Cokccion de documentas inéditos, etc , t. XXVII, p. 39.)
(’) Les lettres du baron de Dietricbslein à l’empereur, publiées [>ar M. Kocii, ne vont pas plus loin que le 25 mai 1563 — Dans le Serapeum, xvi« année, pp. 137-140, M. Skideuaxs, à propos du livre espagnol in selva de aventuras, de Contrebas, a donné une lettre écrite de Madrid, le 26 juillet 1563, par un envoyé de la maison de Saxe, sur la mort do don Carlos. Les détails qu'elle contient sont, a peu de chose près, les mêmes que ceux qu’on trouve dans la lettre de Nobili du 30 juillet.
prison de son fils, les faits dont la tour du palais royal de Madrid fut témoin ne pouvaient pas tous échapper à l'œil vigilant de diplomates qui avaient tant d intérêt à en être instruits.
Vers le milieu du mois de juillet , on servit, sur la table de don Carlos, un pâté de perdrix : il avait mangé de plusieurs autres plats ; il mangea le pâté de perdrix tout entier ('), avec la croûte qui renfermait. Comme eelle-ci était fortement épicée , il se sentit bientôt dévoré d’une soif ardente : pour l’apaiser il but, coup sur coup, pendant toute la journée, de l’eau refroidie avec de la neige (*). De pareils excès ne pouvaient qu’avoir des suites déplorables. La nuit, don Carlos eut une violente indigestion, accompagnée de relâchement de l’estomac et des entrailles, de vomissements, de flux de ventre incessants. Les médecins furent appelés. Le prince, décidé à en finir avec la vie, ne voulut prendre aucun des remèdes qu’ils prescrivirent ( 3 ).
Le 19 juillet, l'état de don Carlos ne laissait déjà plus d’espoir. Le roi permit ce jour-là qu’on divulguât sa maladie (*); jusqu’alors, par son ordre, le secret en avait été gardé. On remarqua, à partir de ce moment, dans les sentiments et dans le langage
(') Quatre perdrix formaient ce pâté , selou la lettre de Nobili du 30 juillet qu’on trouvera dans l 'Appendice C.
(*) Nobili dit qu’il en but trois cents ooces. L'eDvoyé do la maison de Saxe dont il est question à la note 2 de la p. 603, écrivit la même chose à sa cour.
(') Lettres de Cavalli, du 24, et de Nobili, du 30 juillet <568.
{*} Lettre de Tisuacq a Viglius, du 24 juillet.