‹ Don Carlos et Philppe IIChapitre 133 sur 172 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

du royal prisonnier, un changement dont s’émerveillèrent tous ceux qui l’entouraient, comme si Dieu — ainsi l’écrivit l’ambassadeur de Venise au doge Lorcdano (') — eût voulu lui donner, en abondance, à la veille de mourir, le jugement qui lui avait manqué pendant sa vie. Certain désormais d’une lin prochaine, heureux de penser qu'il était arrivé au terme de ses souffrances, don Carlos ne songea plus qu’à mettre ordre à son âme, et à préparer son salut dans un monde meilleur. Il fit appeler fray Diego de Chaves, et se confessa avec une dévotion exemplaire. Les vomissements continuels qu’il avait ne lui permettant pas de recevoir le saint sacrement, il l’adora avec beaucoup d’humilité et avec les marques d’une contrition parfaite Q. Bien qu’il eut consenti dès lors à accepter les soins des médecins, il montrait, selon les expressions de l’archevêque de Rossano, un tel dédain des choses de la terre et un si grand désir des biens célestes, qu’il semblait que Dieu lui eut réservé pour scs derniers instants le comble de toutes les grâces.

Il demanda la faveur de voir son père ; mais, le croira-t-on? Philippe II eut la dureté — ce mot n’est pas assez fort — - il eut la cruauté (*) de répondre par un refus ; et non-seulement il refusa, mais il ne voulut permettre, ni à la reine, ni à la princesse dofïa

(', LeUre du 31 juillet 1ÏÏ68, dans YAppendice C.

(') LeUre de l'archevêque de Rossano, du Î7 juillet 1568, ibid.

(*} Ce sont les expressions de l'ambassadeur de Venise, dans sa lettre du 24 juillet.

Juana, ni à quelques serviteurs dévoués, de visiter le pauvre moribond ; que dis-je? il ne lui fit pas même parvenir une parole de bienveillance ('). Cabrera cherche à excuser Philippe, en rejetant son refus sur l’avis de fray Diego de Chaves et de l’ancien précepteur de don Carlos, Honorato Juan ( 2 ). C’est là une pitoyable justification. Observons d’abord qu’Honorato J uan était mort depuis deux années ( 3 ). Quant à fray Diego de Chaves, il n’est question de cet avis qu’il aurait donné au roi, ni dans les lettres de l’ambassadeur de Venise, ni dans celles du nonce; or, ce dernier n’eùt certainement pas négligé de relever une circonstance pareille, car il prend le soin d’expliquer la conduite du roi : « Peut-être, dit-il, il considéra que, dans l’état déses- « péré où était son fils, de telles visites auraient été « plus propres à porter le trouble dans son âme et « dans celles des visiteurs, qu’à l’aider en façon quel- « conque; et je crois en vérité — ajoute l’archevêque «< de Rossano — que, dans le commencement, il ne « pensa point que le prince fût malade, mais il s’ima- « gina que c’était une feinte à laquelle il avait eu « recours pour qu’on le rendit à la liberté ( 4 ). » L’en-

(') Lettres de Cavalli, du 24 juillet, et de l'archevêque de Rossano, du 27.

(’) Felipe II, liv. VIII, cbap. V, p. 496.

( 5 ) Voy. p. 282.

(*) Forse considerando cbe, poiebè già si conosceva disperatoil

easo suo, queste visite simili più presto potevano conturbare l’uoa et l'altra delle parti, che aiutar lui iu cosa nessuna ; et credo cbe da principio non credesae veramente il male, ma pensasse che fosse flato per esser slargato et liberato dalla prigione.... • (Lettre du 27 juillet 1568.)

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