CHAPITRE XII
ministres, tandis que le second, qui tend à concilier les esprits et à gagner l'amour ainsi que les cœurs des sujets, doit être réservé pour l’époque où je serai présent; et cette marche, il importe surtout de la suivre, dans l’intérêt de la religion, qui est mon principal but
« Prenant égard donc à ladite cause , et à d’autres raisons d’Etat liées à l’arrivée si tardive du duc, jointes à ce que les mesures auxquelles il est fait allusion ci-dessus pourront être exécutées cet hiver , pendant lequel on n’aura pas à craindre les agitations intérieures et l’appui quelles tireraient du dehors, on a été d’avis que mon voyage serait actuellement prématuré, et que le printemps sera le moment propice et commode pour l’entreprendre , puisque les choses seront alors dans la disposition et l’ordre que mon arrivée là-bas requiert. En conséquence , j’ai résolu de le différer jusque-là.
« Un motif à ajouter encore à ceux qui sont énoncés plus haut, c’est que la Hotte dont j’avais ordonné la réûnion dans la mer du Ponant pour mon passage, vient à peine d’être rassemblée, par suite des vents contraires qui ont retardé les vaisseaux qulil avait fallu faire équiper en différents endroits. Or, la saison étant déjà si avancée et l’hiver si proche, outre le peu de sûreté de la navigation à cette époque de l’année, il pourrait arriver, ayant à longer les côtes de royaumes étrangers, que des tempêtes me forçassent d'y faire relâche : ce qui aurait l'inconvénient et présenterait le péril que Sa Sainteté peut considérer. Il résulte de »
toul cela que j’ai bien des raisons de remettre pour ce peu de temps mon départ, d'autant plus que la soumission de la Flandre est assurée par l’entrée du due. d’Albe avec l’armée dans ce pays.
« Comme Sa Sainteté, d’ailleurs, doit être entièrement convaincue, par ce qu’elle connaît de mes actions et de ma façon de procéder, qu’en une chose qui touche tant le service de Dieu, notre seigneur, l’honneur et l’autorité de son Eglise et de sa religion, ainsi que l’autorité du saint-siège, et qui est d’une si haute importance pour mes Etals, je ne reculerai devant aucune fatigue ni devant aucun péril , et qu’avec une prompte volonté et un esprit résolu, j’exposerai ma personne et mes royaumes, s’il en est besoin, pour le remède de la religion et tout ce qui s’y rapporte, elle jugera, alors .même que des raisons si évidentes et si notoires ne seraient pas placées sous ses yeux, que je me conduis dans cette circonstance selon que le tcjnps et la matière l’exigent, et selon ce qui paraît le mieux convenir et tendre le plus directement à la fin qu’on se propôsc.
« Vous lui direz ensuite que, de même que j’ai tenu pour nécessaire de différer mon départ jusqu’au printemps, je regarde mon voyage comme indispensable et comme chose qui ne se peut ni ne se doit éviter à l’époque susdite : car je sais que, si j’y renonçais, ou si je le différais davantage, tout ce qui s’est fait jusqu’ici, et les grandes sommes qui ont été dépensées, et les peines qu'on a prises, resteraient inutiles, et (ce qui est le plus à considérer) que la