CHAPITRE XI
la tranquillité des Pays-Bas, c’est-à-dire la modération des placards, restait en suspens, et les termes dans lesquels était conçu l’article de l'inquisition pouvaient faire naître des difficultés nouvelles; qu’elle entraînerait la perle du pays; qu’il ne doutait pas qu'en l’apprenant, tous les seigneurs n’abandonnassent la duchesse de Parme et ne se retirassent chez eux; qu’on voyait bien que le roi faisait peu de cas des provinces belgiques, lesquelles n’étaient qu’un morceau de terre pour lui qui possédait tant de royaumes (’); qu’en se décidant ainsi dans un sens tout à fait opposé à son service et aux remontrances qui lui avaient été faites, il confirmait l’opinion, où l’on avait toujours été aux Pays-Bas, qu’il se défiait des seigneurs et même de la gouvernante. Tisnacq et Hopperus lui repartirent que telle était la volonté du roi, et que Sa Majesté y avait mûrement réfléchi. Il répliqua que le roi était le maître, mais que, quant à lui, il ne satisferait pas à la charge qui lui avait été donnée, ni à ses devoirs de vassal, s’il ne protestait que son avis était contraire à la décision prise. Il les requit de rendre un compte fidèle au roi de ce. qu’il venait de leur dire, en les prévenant qu’il s’en expliquerait de la même façon avec Sa Majesté. C’est ce qu’il fit dans la soirée ( 2 ), et avec une telle liberté que Philippe changea de couleur,
(’) « .... (Jue parecia que se dava à S. M. muy poco por aquel pedaço de tierra, por tener muebos rcynos.... » (Lettre d'Alonso do Laloo, du 3 août, ci-dessus citée.)
(’) Lettre de Monligny à la duchesse de Parme, du 2 août 1566, déjà citée. — Lettre d'Alonso de Laloo, du 3 août.
lui qui n'en changeait guère ('). En le quittant, il alla trouver Ruy Gomez, auquel il tint un langage plus libre encore : il ne croyait pas — telles furent les propres expressions dont il se servit — que le roi fût catholique, puisqu’il mettait en danger de se perdre les âmes de tant de millions de ses sujets ( 2 ).
Qu’eût donc dit Monligny, s’il avait pu se douter que ces concessions jugées par lui insuffisantes . le roi les regardait comme excessives , et qu’il ne les faisait qu’avec des restrictions mentales qui en devaient détruire toute la portée? Le 9 août, en effet, Philippe appela au château de Valsain le notaire Pedro de Hoyos , et , en présence du duc d’Albe . du licencié Francisco de Menchaca et du docteur Martin de Velasco, il lui déclara qu’en autorisant la duchesse de Parme à pardonner à ceux qui s’étaient compromis dans les troubles des Pays-Bas, il n’avait pas agi librement ni spontanément ; qu’il y avait été forcé par les circonstances, et l’avait fait pour éviter de plus grands maux (*) ; que cette autorisation ne pouvait donc ni en droit ni en raison l’obliger (‘) ;
(') « Mons de Monligny replico muy libremente, y basla que puso color à S. M. » (Lettre d'Alonso de Laloo, d^ 3 août.)
(*) « .... Se llqgo mons. de Monligny à Ruy Gomez, al quai bablô en la misma sustancia, y aun le dixo'mas, quenocreya que S. M. era catbolico, pues pooia en peligro de danarse tantos millones de animas. » [Ibid.)
{*) « ....Cum itaque certissimurp ait.... Suarn Majestalem non libéré nec sponte sua aut innata sibi clementia et benignitate usum esse, sed gravissimis his necessitatibus quae justissimam causam ouicumque, quantumvis constantissimo aut polentissimo régi, praeeipue catholico, praeberent.... »
(’) iilque similiter certissimum esset praefalam \ onium at