CHAPITRE XIV
Dans la lettre à l'impératrice, Philippe s’exprimait avec un peu moins de réticence : « Je voudrais, écri- <« vait-il à sa sœur — je voudrais, pour plus de satis- « faction de Votre Altesse, lui rendre compte très- <• ouvertement de la vie et des actions du prince, lui « dire jusqu’à quel point il a pousse la licence et « le désordre, les moyens que j’ai employés pour le « faire changer de conduite, sans négliger aucun de « ceux qui étaient possibles et convenables , et 1er « temps pendant lequel mon amour do père cl mon « désir de procéder en ce fait d’une si haute impor- « tance avec la maturité et la justification requises, •k m’ont engagé à dissimuler ; mais cette relation <• serait très-longue. Je la donnerai, en temps op- « portun , à Votre Altesse et à l’empereur, ainsi « que notre fraternité l’exige. Aujourd’hui je dirai « seulement à Votre Altesse que, si le - prince ne « s'était rendu coupable que de désobéissance, de « manque de respect et d’offense envers moi (quoique, « sous ce rapport, il en eût assez fait pour justifier « foute espèce de répréhension), j’aurais tâché encore « de trouver un autre expédient qui sauvât son hon- « neur et sa considération, lesquels sont les miens « propres. Mais ses actions ont tant confirmé le juge- « ment que, depuis plusieurs années, on portait de « son caractère et de son naturel, et ce qu’on con- « naissait de ses défauts, quelles m’ont obligé à « regarder plus avant, et à prévenir, dans l’intérêt du « service de Dieu, cl pour le bien de mes royaumes « et Éjats, ainsi que j’y suis obligé (sans avoir égard
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« à la chair ni au sang qi à toutes les autres raisons « humaines), les grands et notables inconvénients « qui étaient à craindre, au cas que je ne prisse point « celte mesure ('). »
Philippe écrivilune seconde lettre à l'empereur sur le mariage qui avait été projeté entre les deux familles : il y prenait à lâche de persuader son beau-frère que, s’il s’était montré si froid au sujet de ce mariage, e’élait parce qu’il voulait autant de bien à la princesse Anne qu’à ses propres tilles ( 2 ).
Il chargea Chantonay et Venegas de remettre ces lettres à leur destination. Ne doutant point, que l’empereur cl l’impératrice n’interrogeassent ses ambassadeurs afin d’obtenir d’eux de plus amples éclaircissements, il leur dicta la réponse qu’ils auraient à faire, en ce cas. Elle n’était certes pas de nalure à contenter la curiosité des souverains de l’Allemagne : en effet, Venegas et Chantonay devaient se borner à dire que, sur l’événement arrivé, aussi bien que sur les choses qui y avaient donné lieu, ils n’avaient rien appris, et qu’il n’y avait en réalité rien de plus que ce que Contenaient les lettres de leur maître: que, quant aux détails, Leurs Majestés Impériales en' seraient instruites plus tard (‘). Si l’empereur et l’impératrice parlaient d’envoyer quelqu’un à Madrid pour inter-
(’) Voy. l'Appendice U.
(') La minute de cette lettre n’exisle point aux Archives de Simancas ; il n’y en a qu'un projet qui fut modifié par le roi. ( Esla/to , leg. ti63.)
(’) « .... l’orque podria scr que. demûs de ly que yo les escrivo, quisiesen enlender de vosolros si teneis otra particularidad tocante à este negocio, ha parescido adverliros que, si os lo preguntaren/ les digais