‹ Don Carlos et Philppe IIChapitre 95 sur 172 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

l’acte d’accusation de son fils : or, Iluy Gomcz et Espinosa étaient, en ce moment, ceux dans lesquels Philippe avait le plus de confiance et qui étaient le plus avant dans sa faveur; le licencié Birviesca leur aurait été adjoint comme légiste. Mais d’un projet d’acte d’accusation à un procès en forme il y a loin encore ; et comment admettre qu’une commission de trois membres eût décidé ou seulement instruit un procès dans lequel il ne s’agissait de rien moins que de faire déclarer l’héritier présomptif de la couronne déchu de ses droits à y succéder? Les notions les plus élémentaires de justice, à défaut des lois fondamentales de la Castille, ne l’auraient pas permis. Quant au dépôt, dans les Archives de Simancas, d'un coffre vert renfermant les pièces de ce prétendu procès, il faut avoir bien peu étudié le caractère et les actes de Philippe II pour y ajouter foi. Ce monarque n’avait pas l’habitude d’envoyer aux Archives les pièces de ce genre, mais il les gardait. avec soin dans son cabinet, et, lorsqu’il sentit sa fin approcher, il ordonna expressément, par son codicille du 24 août 1597, qu’elles fussent brûlées (').

Il y avait, à la vérité, aux Archives de Simancas, un coffre où, selon l’opinion généralement reçue en Espagne , devait se garder le procès de don Carlos. A en croire la tradition, il était défendu à l’archiviste d’y toucher, sous peine de mort. Pendant la guerre

(') Don Mooksto Lauemt., dans son llitloria yeneral de Eipaiïa, l. XIII, p. 339, cite les termes de ce codiçille.

de l’indépendance, le général Kcllerinann, qui commandait à Valladolid. le fit ouvrir; et qu’y trouvat-on? Le procès de don Rodrigo de Calderon, marquis de Siete Iglesias, condamné, en 1621, sous Philippe IV, à être décapité, après avoir, sous le règne précédent, partagé la haute faveur du duc de Lerma, dont il élait la créature (').

On voit donc qu’il faut reléguer parmi les fables le procès de don Carlos et tout ce qui a été brodé là-dessus : le dépôt des actes aux Archives de Simancas, que raconte Cabrera ; le bruit de leur enlèvement par l’empereur Napoléon I er dont parle Llorenle ( 3 ) ; cet autre bruit d’après lequel Ferdinand VII aurait ordonné qu’on les lui remit, ainsi que M. Lafucnte nous l’apprend ( 3 ) ; enfin les rumeurs qui ont eu cours, il y a quelques années , en Allemagne , sur l’existence, dans un château de ce pays, des pièces de la procédure, dont se serait emparé, en 1810, un général allemand alors au service de la France.

(') Vov., dans le premier volume de la Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays- Pas, noire Notice des Archives de Simancas, pp. 27-28.

(*) Histoire de l’inquisition, traduite de l’espagnol, t. III, p. <82.

(*) Historia general de Espajia, l. XIII, p. 339.

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