‹ Don Carlos, tragedie en cinq actes et en vers, par feu Lefevre. Representee, pour la premiere fois, par les Comediens du Roi, sur le Second TheatreFrancais, le mercredi, 20 decembre 1820. Dediee a S.A.S. monseigneur le duc d'Orleans, premier prince du sangChapitre 6 sur 65 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Encouragent l’orgueil d’un peuple de rebelles ,

Qui , s’opposant en Flandre à mes justes décrets, Bravent seuls mon pouvoir du fond de leurs marais- Voilà ce qui m’indigne et nourrit ma colère. — Faut-il punir en maître, ou pardonner en père? Parlez. Sur vos avis je puis regler le mien.

LE DUC

Si le sang a ses nœuds, le trône a son lien, Seieneur; et votre fils me contraint à vous dire Qu’il vous trahit bien moins qu'il ne perd cet empire. Quel exemple , en effet , pour de vastes états ,

Pour cent peuples heureux, toujours près d’être ingrats, Mortels nés pour servir, mais dont le cœur volage Forme aisément l’espoir de changer d’esclavage , Incline à la révolte , et n’attend que l’appui De quelque illustre nom qui conspire avec lui! Carlos nous précipite à cet écueil funeste :

Son nom rallie au loin tin misérable reste De proscrits que la fuite a sauvés des bourreaux.

Mon zèle, armé jadis contre ces noirs fléaux , Arrêtait leur ravage ; et les champs de la Flandre Ont ruisselé du sang que d’Albe y fit répandre.

Je vous y servis bien, seigneur. — A votre tour,

Servez vos intérêts dans votre propre cour.

Mon devoir est rempli. Ce n’est pas à mon maître Qu’il me faut enseigner comme on punit un traître. Non que de mon silence on doive présumer Que du fer de la loi je cherche à vous armer : Accordez, s’il se peut , le sang et la justice.

J’ai parlé du forfait , et non pas du supplice.

gomez, avec beaucoup de ménagement et dé artifice. Qu’attendez vous, seigneur, de mes faibles avis? Carlos a dans l’exil fait languir mes deux fils ;

Du palais de la reine , avec ignominie ,

J’ai vu par ses complots mon épouse bannie :

Moi-même , en vous servant , j’irrite son courroux; — Et ma seule faveur retient encor ses coups.

Mais tout ingrat qu’il est , seigneur ( à ma prudence Vous aviez de ce prince abandonné l’enfance : Aisément on s’attache à l’objet de ses soins ) ,

Je l’aime ; et ses froideurs , dont vos yeux sont témoins , N’ont pu glacer mon zèle , ou vaincre l’habitude Des vœux que fait pour lui ma vive inquiétude. Quelque sort qui l’attende , en vous cachant mes pleurs Je souscrirai , sans doute , à vos sages rigueurs , Touché de leur effet et juste envers leur cause :

Mais dispensez Gomez d’un avis qui l’expose A blesser ou vos droits , ou cepx de l’amitié ,

Par excès de justice, ou par trop de pitié.

PHILIPPE

Rassurez-vous. Mon âme , à l’indulgence ouverte ,

N’a pas encor .fixé le moment de sa perte.

L’avenir seul m’occupe ; et je crains que l’ingrat Un jour ne me contraigne au plus terrible éclat.

S’il arrivait ce jour! si de son insolence L’excès trop impuni fatiguait ma clémence!

Que diraient de leur maître et mon peuple et ma cour ? Carlos, vous le savez , a surpris leur amour. .

Libre encor des chagrins que le sceptre me donne ,

11 a tous les amis que promet la couronne:

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