‹ Don Carlos VII et l'Espagne carlisteChapitre 10 sur 50 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Les opérations en Guipuzcoa. — Siège d'Irun. — Bataille d'Urnieta.

Irun est une ancienne ville espagnole d'environ 3,000 habitants, située sur la rive gauche delà Bidassoa, face à la ville d'Hendaye et au village français de Behobie.

Irun est en plaine ; il est dominé au sud-est par la hauteur de San Martial, qui n'est distant de la ville que de 2,200 mètres. Trois forts l'entourent : Mendivil au nord, El Parque et le fort l'Eglise au sud.

Depuis longtemps don Carlos caressait l'espoir de s'emparer de cette place dont la possession lui eût permis l'étroit blocus de Saint-Sébastien. Vers la fin d'octobre, on résolut à Estella de profiter du séjour de La Serna à Madrid, pour tenter un coup de main sur Irun.

Le général Cevallos, le commandant pour le roi de la province de Guipuzcoa, fut averti d'avoir à réunir les divers bataillons placés sous son commandement, à l'effet

de former un corps d'opération qui devait s'opposer à toute tentative de secours du côté de Saint-Sébastien ; en même temps, les troupes destinées au siège même, le génie, l'artillerie gagnaient par les montagnes la vallée de la Bidassoa, et, dès le dernier jour d'octobre, commençaient la construction des batteries.

L'artillerie royale comprenait 28 pièces, dont 1 6 canons et 12 mortiers; ces pièces furent réparties en trois batteries. La première et la plus importante, forte de 12 pièces, sous les ordres du colonel Brea, fut placée sur San Marcial et coûta beaucoup de peine à établir. Il n'existait point de route carrossable pour amener les pièces à l'endroit choisi par l'artillerie royale. Le génie eut donc l'obligation de pratiquer cette route : ce fut fait en trois jours. A gauche et plus au sud, la seconde batterie dite de Santa Elena tirait comme la première sur El Parque et, par-dessus la ville, sur Mendivil; enfin la troisième batterie, établie à 600 mètres environ du corps de place, et dite de la Herreria, eut pour mission de bombarder la ville même et en particulier l'hôtel-deville.

Le colonel Arana qui commandait la place pour le maréchal Serrano, ne fut point pris au dépourvu. Il disposait d'environ 1,800 hommes, dont quelques solides compagnies de miquelets : il sut rétablir les embrasures de ses fortins, refaire, tant bien que mal, leurs terrassements, mettre en batterie tout ce qu'il avait d'artillerie, créer à la ville une sorte d'enceinte continue en crénelant les maisons et en élevant des barricades là où

les maisons faisaient défaut, organiser enfin l'hôtel-deville ea réduit; c'est là que, en cas désespéré, il comptait tenir jusqu'à sa dernière cartouche.

Le 4 novembre, jour de la fête du roi, l'artillerie des assiégeants ouvrit sur la petite place un feu nourri : les forts répondaient faiblement. Les batteries de Santa- Elena et de la Herreria eurent bientôt allumé plusieurs incendies dans la ville. Cependant, à cause de leur proximité de la place, les canonniers carlistes étaient fort incommodés par la fusillade que les assiégés dirigeaient sur eux du haut du clocher de Nuestra Senora del Juncal. Plusieurs de ces canonniers se trouvèrent ainsi tués ou blessés. Le feu n'en continua pas moins avec énergie v toute la journée du 4 et toute celle du 5. Dans la nuit du 4 au 5, une sortie de Mendivil sur la batterie de Santa-Elena fut repoussée avec de grandes pertes pour l'assaillant. Tout allait donc à souhait pour l'armée royale, et des officiers français présents au bombardement nous ont assuré qu'un assaut le 6 au matin n'eût pas manqué de réussir.

Les forts ne tiraient presque plus. La moitié de la ville était en flammes : plusieurs maisons formant enceinte étaient démolies. L'hôtel-de-ville avait lui-même également fort souffert. On ne sut point se servir des troupes qu'on avait sous la main et qui demeuraient les premières du monde pour une attaque de ce genre.

Les Navarrais de Montejurra, de Maneru, de Somorostro, d'Abarzuza, sont précisément les soldats qu'il

faut pour exécuter une marche rapide sous le feu, quand l'objectif est à peine à 500 mètres des tranchées. Le roi était devant Irun : sa présence n'eût pas manqué d'exciter encore un fanatisme et un courage déjà grands par eux-mêmes, mais qui s'élève, sous les yeux d'un prince vénèrent passionément aimé, à des hauteurs sublimes.

Ce fut une grande faute de ne point utiliser ces précieuses qualités.

Pendant ces hésitations, La Serna avait reçu l'ordre de former immédiatement un corps d'une dizaine de mille hommes qu'on devait porter avec toute la célérité possible au secours de la petite place assiégée. Il devait lui-même en prendre le commandement, tout en laissant au général Loma la direction générale des opérations, au moins pour le débarquement à Saint-Sébastien.

La Serna réunit au corps Loma, fort de 2 divisions, la division Portilla du 2 e corps. Il laissa le commandement de l'armée de l'Ebre au lieutenant général Pieltain, et dirigea ses trois divisions sur Santander par la voie ferrée de Burgos et.Palencia.

Le 6 novembre, La Serna et Loma, accompagnés de leurs officiers d'ordonnance et aides de camp, s'embarquaient dans une chaloupe à Saint-Sébastien, remontaient la Bidassoa et entraient dans Irun pour se rendre compte de la situation. Arana n'était point découragé, cependant il exprima que la place était à bout et qu'un assaut pouvait la livrer d'un instant à l'autre à l'ennemi.

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La Serna lui annonça l'arrivée des renforts et lui fit jurer de tenir jusque-là.

Deux heures après, les officiers généraux républicains regagnaient Saint-Sébastien dans leur chaloupe et s'occupaient immédiatement d'entamer les opérations.

L'unique route de Saint-Sébastien à Irun court d'abord en plaine jusqu'à Los Pasages, dans la direction de l'ouest à l'est ; elle coupe à Pasages la voie ferrée, puis descend vers le sud jusqu'au bourg de Renteria. En cet endroit, elle est dominée au sud de Renteria par une hauteur élevée que couronne l'ermitage de San Marcos, au nord par le petit pic de Darrieta, et plus au nord encore par le mont Jazquibel.

De San Marcos à Renteria on compte environ 2,500 mètres; de Renteria à Darrieta : 1,800 mètres; de Darrieta à la crête méridionale du Jazquibel : 4,000 mètres.

Au sud de Renteria, la route franchit le rio Oyarzun, et à 2 kilomètres environ du bourg se bifurque : le rameau de gauche remonte vers le nord, court à flanc de coteau sur les dernières pentes du Jazquibel, traverse le col de Gaïnchuzqueta, et descend de là dans la plaine d'Irun après s'être raccordée au pied même du col avec le rameau de droite. Ce rameau de droite, aussitôt après la bifurcation, descend directement vers le sud, traverse Oyarzun, gros bourg, presque entièrement détruit en 1873 par les républi-

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