‹ Don Carlos VII et l'Espagne carlisteChapitre 11 sur 50 · II · texte numérisé non relu

II

cains \ puis remonte vers le nord à travers le mont Urcabe, massif rocheux très-considérable qui sépare le bassin de là bidassoa de celui du rio Oyarzun.

Le général Cevallos, chargé d'arrêter le corps de secours venant de Saint-Sébastien, choisit pour première ligne de défense celle qui joint San Marcos au Jazquibel. 11 disposait de 7 bataillons guipuzcoans.

Cette ligne avait 7 kilomètres.

Outre son étendue beaucoup trop considérable, elle avait le désavantage d'être coupée en deux par le rio Oyarzun, de telle sorte que l'aile droite ne pouvait venir que difficilement au secours de l'aile gauche, et réciproquement.

On ne prit, au col de Gaïnchuzqueta, aucunes précautions défensives; Oyarzun ne fut pas davantage fortifié, de telle sorte que la ligne carliste, démesurément étendue, ne s'appuyait à rien, et qu'en cas d'un échec, les troupes royales ne devaient savoir où se rallier.

Or, il semble que si le général Cevallos, tout en maintenant sa première ligne Darrieta-San Marcos, avait pris ses dispositions pour défendre énergiquement le col de Gaïnchuzqueta et Oyarzun, c'est-à-dire le Jazquibel et rùrcabe, il devenait matériellement impossible à l'armée libérale de forcer le passage. Tout au moins aurait-on donné le temps aux troupes du siège de don-

1 J'ai compté moi-même à Oyarzun 150 maisons brûlées, par les miquelets de Saint-Sébastien en 1873.

ner l'assaut, et, la place prise, La Serna n'avait plus qu'à rentrer à Saint-Sébastien.

Il demeurera toujours incompréhensible pour les militaires que Cevallos qui est un officier général plein de coeur et connaissant la guerre, n'ait pas compris que, sur sa ligne San-Marcos-Jazquibel, les ailes seules étaient défendables : le centre, par où passe la route, et où l'effort des républicains devait surtout se porter, n'avait aucune solidité. Il suffit de jeter les yeux sur une carte ' pour se rendre compte de ce que nous disons. La Serna, disposant d'un nombre de troupes bien supérieur à celui de la défense, pouvait toujours, à un moment donné, tourner San Marcos par le sud et gagner de là Oyarzun, en coupant même le général carliste de sa retraite.

Nous savons qu'à ce sujet on a osé accoler au nom respecté du général Cevallos le mot de trahison. Pour qui connaît le brave officier général, il n'y a jamais eu doute que ce n'eût été là une odieuse calomnie, mais nous-même, tout en le défendant sur ce chapitre * , nous ne pouvons nous empêcher de dire que ses opérations d'Irun ont été, militairement parlant, complètement fausses, et qu'en agissant autrement, on obtenait non point la certitude, mais de grandes probabilités d'arriver à un résultat meilleur.

1 Voyez planche VII.

1 Le général Cevallos traduit devant on conseil de guerre à la suite de cette affaire a été acquitté à l'unanimité.

Le 10 novembre au matin, les troupes du général Loma dont les avant-postes occupaient Renteria depuis le 8, se mirent en marche dans la direction d'Oyarzun en deux colonnes. Le général républicain avait décidé d'enlever d'abord San Marcos ; donnant au brigadier Barges Tordre d'attaquer cette hauteur par la droite avec 4 bataillons, lui-même se dirigea vers le sud et la gauche pour tomber sur la droite de la position carliste.

On ne se battait pas encore depuis une heure, qu'on put se rendre compte que San Marcos allait être bientôt coupé ; en effet, après trois heures de combat, et bien que la brigade Barges ne fut encore qu'au pied des pentes septentrionales de l'ermitage, le général carliste, qui voyait sa ligne traversée par Loma, et qui ignorait que Barges fût tenu en échec derrière la hauteur, donna le signal de la retraite, fit évacuer Darrieta et San Marcos, et se replia sur Oyarzun, laissant Gaïnchuzqueta à découvert.

Cette fapte considérable n'échappa point au général La Serna qui avait fixé au 1 1 une attaque combinée de ses trois divisions. Ordre fut donné au général Portilla, (|ui était demeuré en réserve à Los Pasages, de gravir, dans la nuit du 11 au 12, les pentes du Jazquibel, dé manière à venir occuper au jour le col de Gaïnchuzqueta. Cette opération réussit sans que le général républicain eût à brûler une cartouche.

A sept heures du matin, Loma et Blanco se mettaient à leur tour en marche sur Oyarzun et attaquaient dès huit heures les pentes de l'Urcabe qui dominée l'ouest

la petite ville." La résistance ne pouvait être longue : les bataillons carlistes se savaient tournés par leur droite, et coupés d'Irun; au bout d'une heure de lutte, ils battirent en retraite sur Vera, laissant libre la route.

Devant Irun, on avait eu connaissance, dès le point du jour, du mouvement de Portilla, et Tordre de retraite avait été immédiatement donné.

On commença par faire filer l'artillerie, et à peine le dernier canon était-il en route pour Vera que les têtes de colonnes ennemies apparaissaient au sommet de l'Urcabe et à Gaïnchuzqueta.

A deux heures, lrun ouvrait ses portes à l'armée de secours: l'armée carliste venait d'essuyer un grave échec.

a De déplorables excès signalèrent cette facile victoire.

» De toutes parts des incendies éclataient sur le passage des colonnes républicaines, et quand l'armée arriva devant Irun, la plus grande partie des métairies qui couvrent la riche vallée de la Bidassoa étaient en feu. Ces actes de sauvagerie, que des patrouilles envoyées par le général en chef ne réussirent pas à réprimer entièrement, malgré l'arrestation de plusieurs malfaiteurs, étaient le fait non-seulement de ces gens sans aveu qui suivent toujours les troupes, mais aussi des volontaires d'Irun, qui s'étaient répandus dans la campagne aussitôt après leur délivrance, pour satisfaire leur soif de vengeance.

» Cette dévastation portait une grave atteinte à la réputation de l'armée; systématique ou accidentelle, elle

permettait à ses adversaires d'en rendre responsables le général en chef, et de l'opposer aux massacres d'Abarzuza, que les journaux républicains avaient pris si longtemps pour texte de leurs récriminations contre le parti carliste, trois cents maisons ou fermes environ devinrent ainsi la proie des flammes, et cette plaine si prospère qui entoure Irun ne présenta bientôt plus que l'aspect d'un désert '. »

Nous nous abstenons de tout commentaire.

On eût pu s'attendre après la levée du siège d'Irun à voir le général La Sema essayer de poursuivre son ennemi dans les montagnes ; le général républicain n'osa point se risquer, à l'entrée de l'hiver, dans ces montagnes où un échec était plus certain qu'une victoire. Satisfait du résultat obtenu, et laissant Loma à Saint- Sébastien avec 4 bataillons, il rentra à Logrono et reprit, avec son chef d'état-major, la réorganisation de son armée, un instant interrompue par une alerte de quelques jours.

On eût mal connu les carlistes si l'on ne s'était attendu à les voir reparaître devant Irun aussitôt après le départ des troupes libérales. Dès le 20 novembre, les

1 Bulletin de la Réunion des officiers : La Guerre des carlistes, par le capitaine Martner, du corps d'état-major.

Nous ferons observer que ces articles du Bulletin, fort remarquables au point de vue de l'exactitude des faits, sont empreints d'un esprit anti-carliste très -prononcé.

hauteurs d'Urcabe et Oyarzun étaient réoccupées par les royalistes qui tentèrent même le 26 un très-audacieux coup sur le nouvel ouvrage construit par la garnison d'Irun sur San Marcial.

L'ouvrage fut emporté, mais dut être évacué le lendemain.

Pendant ce temps, le général Loma était investi à Saint-Sébastien du commandement d'un corps dit 3 e de l'armée du Nord, et recevait peu à peu les troupes composant ce 3 e corps. De Madrid, des instructions précises lui furent données pour avoir à reprendre les opérations dans la direction de Tolosa, aussitôt qu'un nombre suffisant de bataillons aurait été mis à sa disposition.

L'armée royale de Guipuzcoa, dont le commandement venait de passer aux mains du général Egana, comptait à peine 5 bataillons.

Le quartier général carliste était au château de Soravalli sur la rive gauche de l'Oria, à 800 mètres au sud d'Andoain, 4 bataillons et demi occupaient Andoain, 3 compagnies étaient à Urnieta, entre Andoain et Hernani occupé par les libéraux, enfin 4 compagnies avaient été espacées en demi-cercle autour de cette dernière ville, englobant la ville à l'ouest et la montagne Santa Barbara que domine un fort.

D'Andoain on va à Saint-Sébastien par deux routes. La première et la meilleure, dite la nouvelle route, suit la rive droite de la ria Oria, laisse à sa droite le mont Santa Barbara et les hauteurs d'Hernani, et gagne Saint- Sébastien par la Sarte et Belmonte. La seconde, dite an-

tienne route, court à Test de la première, directement du sud au nord, passe à Eychauri, à Urnieta, où elle laisse à gauche les pentes orientales du mont Santa Barbara, entre à Hernani et, s'inQéchissant un peu vers l'ouest, va droit à Saint-Sébastien en longeant la rive gauche de la ria Urumea.

Le 5 décembre au matin, le général Loma amassa à Hernani tout ce qu'il avait de troupes disponibles, environ 12 bataillons, 10,000 hommes, et annonça l'intention de forcer le passage d'Andoain pour entrer à Tolosa.

Averti immédiatement de la concentration des troupes républicaines à Hernani, Egana, pressentant une attaque, prit immédiatement ses dispositions de défense. Rappelant à lui le cordon de troupes disséminé à l'ouest de Santa Barbara, le général carliste établit 2 bataillons dans les tranchées depuis longtemps creusées sur le flanc de la montagne qui borde la roule d'Àndoain à Hernani , à l'ouest; 3 compagnies de renfort furent envoyées à Urnieta*, et lui-même se tint à Andoain avec 3 bataillons.

Ces dispositions étaient prises à peine, que, le 7 décembre aumatin, le canon se fit entendre en avant d'Urnieta et que Egana fut averti que ce village était attaqué par des forces .supérieures. Comme Urnieta n'était, en somme, qu'une position avancée, le général carliste donna l'ordre de ne s'y maintenir que tant que les pertes ne deviendraient point trop considérables. En conséquence, au bout de deux heures de combat, les six

compagnies qui l'occupaient, ayant devant elle plus de 8 bataillons, se replièrent à droite de la route dans les tranchées déjà occupées dont nous avons parlé.

Le généflal Loma entra à Urnieta, donna immédiatement l'ordre de mettre le village en état de défense en vue d'un retour offensif de. l'ennemi, et, ces dispositions prises, se porta résolument en avant sur Andoain.

Mais au sortir du village, il est reçu par une fusillade nourrie partant de sa gauche qui arrête net ses troupes. Tous ses efforts, tous ceux de ses officiers sont impuissants à mener en avant ses premiers bataillons qui ondoient et hésitent sous un feu terrible de mousqueterie.

En cet instant, le général Egana sort d' Andoain par la route et s'élance sur la colonne républicaine qui, prise en tête et en flanc, plie en désordre sur Urnieta.

Les carlistes l'y suivent, mais sont arrêtés à leur tour devant les retranchements élevés depuis la matinée et d'où l'ennemi leur inflige quelques pertes. Enfin, après trois heures d'un combat acharné, Urnieta est repris, et la plupart des libéraux restés dans le village sont faits prisonniers.

Ce combat était pour Loma Un très-sérieux échec, et, en somme, il se l'était attiré par sa faute. Depuis près d'un an que carlistes et libéraux étaient nez à nez à Urnieta et Hernani, il ne pouvait ignorer les lignes de défense de l'ennemi; il avait donc agi avec imprudence, en s'avançant en une seule colonne sur une route qu'il savait flanquée à l'est de tranchées redoutables.

Fort de sa supériorité numérique et désireux de re-

prendre une revanche immédiate de son échec du jour, il résolut de recommencer son attaque le lendemain, et pour ne point tomber dans la faute de la veille, il fractionna ses troupes en trois colonnes.

La première, forte de 4 bataillons et des miquelets, devait remonter la rive gauche de l'Oria en suivant la route neuve : c'était l'aile droite ; l'aile gauche, commandée par le maréchal de camp Blanco, devait, avec 3 bataillons de chasseurs, attaquer les tranchées bordant la route; enfin la colonne du centre, sous les ordres du général en chef- devait attendre le succès des deux premières pour se porter en avant, directement à l'attaque d'Andoain.

Devant de telles dispositions, et à cause du petit nombre des bataillons royaux, la position d'Egana devenait critique : heureusement pour lui, arriva dans la nuit à Andoain le maréchal de camp Mogrovejo avec 6 bataillons et 4 pièces de montagne. Ce renfort allait rétablir un peu l'équilibre entre les deux partis.

Non content de ce renfort, Egana envoyait en même temps ordre au bataillon navarrais détaché à Lesaca d'accourir en toute hâte ; mais, vu la grande distance, on avait peu de chances que ce renfort pût arriver à temps.

Le 8 décembre au matin, le combat commença par une vive canonnade dirigée de Santa Barbara sur Urnieta. Vers dix heures, le feu cessa et la colonne du général Blanco se porta brillamment à l'attaque d'Urnieta. La défense fut acharnée, pourtant le village resta aux

libéraux, et pendant que les troupes du général Blanco obliquaient à gauche pour faire face aux tranchées d'Eychauri, la colonne de droite commençait son mouvement par la route neuve, et Loma s'établissait en avant d'Urnieta , attendant le moment d'agir.

Un instant la gauche carliste faiblit et le général en chef dut la faire appuyer par le 6 e de Guipuzcoa, ayant à sa tête le brigadier Aizpurna. A la gauche libérale on n'avançait point; malgré les plus grands efforts, malgré la bravoure du général Blanco, les républicains étaient impuissants à aborder les tranchées royalistes. Tout d'un coup il se fit dans les rangs libéraux comme un grand désordre, et quelques soldats commencèrent à jeter leurs armes. Ce tumulte était produit par la charge inattendue du bataillon dei^esaca, qui, arrivant à Timproviste, plombait sur le flanc gauche de la colonne Blanco et la contraignait à un brusque changement de front. , Le général Egana n'hésita point, et, profitant de cette indécision, lança les 3 bataillons de réserve qu'il tenait à Andoain sur les troupes de Loma qui attendaient en avant d'Urnieta le moment d'agir. Surprise d'être si brusquement assaillie quand elle s'attendait elle-même à attaquer, la colonne républicaine se défend mollement. En cet instant, Loma tombe frappé d'une balle au flanc ; le bruit de sa mort se répand et devient le signal d'une débandade générale; ce n'est pas une retraite, mais une déroute. Malgré l'énergie du général Blanco, que Mogrovejo, deux fois blessé, a contraint également à reculer, les troupes libérales ne s'arrêtent qu'à Urnieta. Là

s'engage une lutte à l'arme blanche où les royalistes demeurent enfin vainqueurs : Urnieta est de nouveau conquis et les volontaires couchent sur les positions de la veille.

Loma ne s'arrêta cette fois qu'à Saint-Sébastien : il laissait 1,800 hommes sur le champ de bataille et près de 150 prisonniers aux mains du général Egana : les bataillons de Guipuzcoa avaient pris une brillante revanche de l'échec d'Oyarzun.

Décidément les affaires de la république espagnole allaient de mal en pis, et le pouvoir du maréchal Serrano, tout reconnu qu'il fût par l'Europe, était dans son propre pays, à bout de forces. Effrayé de cette situation menaçante, le duc de La Torre songea qu'une énergique impulsion donnée à la guerre contre les carlistes détournerait peut-être l'attention et calmerait les esprits mécontents. Il annonça donc l'intention d'aller prendre lui-même le commandement de l'armée de l'Ebre, que les renforts récents portaient au chiffre redoutable de plus de 80,000 hommes.

-Dans les premiers jours de décembre, il quitta le siège du gouvernement et prit des mains du général La Serna le commandement supérieur. C'était l'époque même où le général Egana infligeait à Loma le rude échec d' Urnieta : l'armée de l'Ebre était prête pour essayer de tenter une revanche, mais le temps froid et les neiges

s'opposaient à des opérations immédiates. Le plan restait le même : essayer de couper l'Etat carliste en deux en le prenant à la fois par le sud et par le nord ; Estel la au sud, Tolosa au nord, étaient les objectifs des armées républicaines marchant Tune vers l'autre; on n'attendit plus que le premier rayon de soleil.

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