PROCLAMATION DE LA DÉPUTATION DU ROYAUME D'ARAGON
Aragonais,
Don Ramon Cabrera, l'ancien général du parti carliste, celui qui fut le chef illustre de notre sainte cause dans la dernière guerre civile, a, dans un moment de délire et d'aveuglement, mis en pièces son ancienne bannière et reconnu le roi des libéraux.
176 DON CARLOS Vil
La royale députation de l' Aragon ne trouve pas de phrases assez expressives et énergiques pour qualifier et censurer une conduite aussi odieuse qu'ignOminieuse. Don Ramon Cabrera, autrefois respecté et admiré de toute PEurope, sera dès aujourd'hui un objet de dédain pour tous les gens honnêtes, et bientôt de moquerie et de dérision pour ses nouveaux coreligionnaires. Dans sa folie insensée, ce nouveau Luther ose affirmer, en face du roi légitime, qu'il continue à défendre la sainte doctrine et la vraie orthodoxie, et que les loyaux sont les rebelles. Ayons compassion de lui sans nous en étonner : ce fut là la folle prétention de tous les apostats!
Aragonais, pour juger les hommes, pour connaître leur conduite future, souvenez-vous toujours que Fhumilité et l'obéissance sont la marque des fils de Dieu, comme l'orgueil et la résistance sont celles des fils de Satan. Le catholicisme est l'autorité : le protestantisme est le libre examen. La vanité qui perdit Lucifer et Adam a perdu don Ramon Cabrera. Condamnons-le donc à l'oubli, et pleurons sur sa tombe comme de véritables catholiques qui aiment les hommes en détestant leurs erreurs.
Aragonais, jurons de défendre les lois de Dieu, l'autorité du roi don Carlos VIII. Aragonais, jurons de ne pas laisser les armes jusqu'à ce que le successeur de Réccarède et de saint Ferdinand soit dans son palais*de Madrid. Aragonais, jurons d'imiter la conduite de nos ancêtres qui surent lutter héroïquement pendant plus de sept siècles en faveur de l'unité catholique et de l'in-
dépendance de la patrie. Aragcmais , jurons, de vaincre et d'écraser l'hydre de la Révolution, ainsi que nos pères vainquirent et détruisirent les cinq cent mille soldats aguerris de Napoléon.
L'Espagne, qui considère comme ses premières gloires celle qu'elle acquit dans les longues et légendaires guerres de la reconquête et de l'indépendance, ne peut pas admettre avec Cabrera que la paix soit le bien suprême. Pour condamner absolument la guerre, il fau-drait effacer les pages les plus brillantes de notre histoire et nier l'autorité des Saintes Ecritures où l'on dit qu'il y a eu des guerres justes et ordonnées par Dieu. Si la guerre est juste, comme c'est présentement le cas, Dieu la veut ; et si Dieu la veut, l'homme doit la vouloir.
Aragonais , la royale députation d'Aragon s'est abritée sous les plis de la bannière traditionnelle dont la devise est Dieu, Patrie et flot, et elle ne sera arrachée de ce port de salut que par l'anéantissement. Aragonais, imitez cette conduite et la noble conduite de vos ancêtres.
Cantavieja, 30 avril 1875.
Le Président de la Junte,
Santiago Harz:
Le vice-président,
J. R. Pascual.