CAPITAINERIE GÉNÉRALE DE NAVARRE
Habitants des nobles et loyales provinces basques et de Navarre,
Nos ennemis, désespérant de pouvoir nous vaincre en combat loyal, ont recours à toutes sortes d'inventions
dont ils savent faire usage avec une admirable adresse. D'abord, ils nous offraient la paix, en Rengageant à rétablir les institutions forales de ces provinces, à les dédommager des frais de la guerre, et à reconnaître les grades aux chefs et officiers de notre armée. Plus tard, ils ont fait intervenir Cabrera, afin de séduire par ce nom les imprudents. Mais comme l'un et l'autre moyen ont eu des résultats contraires, ils ont recours aujourd'hui à un expédient ridicule, dont le résultat pour eux, je l'espère de votre fidélité et de votre patriotisme, sera une nouvelle déconvenue.
Ce moyen consiste à distribuer parmi les conseils municipaux des vallées que l'ennemi domine, des adresses^que les habitants devront signer de gré ou de force. Gela a été déjà fait dans les villages de la Ribera et de la vallée de Ilzarbe, de Navarre. Dans ces pétitions, adressées au général en chef de l'armée alphonsiste du Nord, il est dit que le terrible fléau de la guerre ravage le pays, porte le deuil et les pleurs dans les familles, répand l'immoralité, détruit les sources de la prospérité publique, et suspend l'exercice des droits des citoyens.
Après cette triste description, il y est parlé de la paix, que tout le^ monde accueillerait avec joie, que toute la province voudrait voir proclamée, au dire de ces Adresses, comme le seul moyen de mettre un terme aux maux de la guerre, et on finit en lui demandant la paix et les fueros.
Cette Adresse, que Ton fait signer en employant la violence, doit avoir pour but de montrer aux gouverne-
ments qui dirigent les destinées du monde le désir général d'obtenir la paix à tout prix, non sans un changement matériel dans la forme; car hier le gouvernement alphonsiste nous l'offrait ayec une certaine générosité, et aujourd'hui, par contre, il veut qu'elle lui soit demandée par les conseils municipaux.
Ceux qui jadis ont discuté le projet cynique de brûler, de saccager nos villes à mesure qu'ils s'en rendraient maîtres, projet qu'ils ne mirent pas à exécution à cause des préjudices que cette atrocité leur aurait pu occasionner; ceux qui ont décidé peu après d'exiler d'Espagne tous les habitants d'opinions carlistes, et qui se sont arrêtés en voyant qu'ils allaient dépeupler les villes les plus populeuses, ceux qui s'occupent aujourd'hui de l'infâme et barbare projet de transporter les habitants de cet héroïque et beau pays aux îles Mariannes et à Fernando Po, ramenant en échange des hommes de leur parti, sans aucun égard à l'âge, au sexe, ni à la condition, ne peuvent ressentir dans leur cœur infâme une ombre de générosité, et le jour où nous déposerions les armes, n'en doutez pas, ce jour-là ils mettraient à exécution leur inique plan de destruction de cette noble race, dont la fermeté de caractère, les bonnes mœurs et l'admirable héroïsme les gênent et les humilient.
Vous savez comment les libéraux ont fait honneur à leur parole dans la convention de Vergara. La paix qu'ils avaient promise a été eouillée par de nombreux pronunciamientos qui scandalisèrent le monde entier et
qui ont amené la ruine de la nation. Eh bien, aujourd'hui, ils rendent responsable le parti carliste de toutes les fautes commises, de tous les désastres causés; le parti carliste, qui s'est tenu à l'écart pour ne pas être sali par un contact empoisonné, qui s'est tenu dans une prudente attitude, qui a contenu le gouvernement révolutionnaire dans sa marche de destruction. Cependant, vous avez vu maintes fois la religion outragée, la véritable liberté enrayée, et l'honnêteté persécutée ou condamnée.
Mes chers Basques-Navarrais, la lutte que nous soutenons aujourd'hui est une question de vie ou de mort pour notre pays. Sachez que la sainte religion que nous professons, que le foyer de notre naissance, que les cendres de nos pères et que tout ce qui existe sur cette terre bénie nous conseille, nous ordonne et nous impose le devoir de mépriser les propositions et les intrigues de ces hommes sans conscience qui s'efforcent de nous enlever notre Dieu, notre patrie et notre roi, pour introduire ici le protestantisme, l'immoralité et l'influence ou la domination de l'étranger.
Je suis certain que vous répondrez aux agents du libéralisme par la propre inspiration de vos cœurs catholiques et loyaux, que vous ne pouvez pas signer un document par lequel ils veulent acheter votre existence, votre sol natal et la vie de vos enfants; et quoique vos signatures y apparaissent, car ils auront bien soin de les y mettre, méprisez ces iniques documents qui renferment en eux le plan de destruction, de tout ce qu'il
y a de noble, de patriotique et de saint dans ce pays.
Répondez que vous ne pouvez trahir vos consciences, que vous ne pouvez trahir les sentiments qu'abritent vos cœurs ni les lois bienfaisantes que vous ont léguées voé pères. Répondez enfin que la mort est mille fois préférable au joug des chiourmes libéraux.
N'oubliez "pas que le gouvernement alphonsiste, entouré par un essaim d'ennemis qui le menacent et l'assiègent, ne peut se soutenir, et que ahuri, agonisant et prêt à disparaître, il s'accroche aux plus ignobles intritrigues pour faire illusion aux uns, tromper les autres et prouver ainsi à tous son impopularité et son impuissance.
Faisons donc un effort de plus, ayons un peu de patience, et Dieu récompensera nos sacrifices en plaçant sur le trône de saint Ferdinand, dans un bref délai, notre' bien-aimé souverain don Charles VII, et alors nous aurons, comme le désire l'Espagne, le règne de la paix, de la moralité et de la justice.
Recevez-en l'assurance de votre général en chef,
TORCUATO MENDIRI.
Estella, 17 avril.