PROTESTATION DU COMTE DE BELASCOAIN
Sire,
La défection inattendue de celui qui, oubliant ses anciennes gloires, renonce à l'honneur d'être le premier
entre les sujets de Votre Majesté pour devenir le dernier des généraux de la révolution, contre laquelle il avait jadis si héroïquement combattu, me fait un devoir à moi, défenseur dévoué et fidèle de Votre Majesté, de renouveler mes ardentes protestations d'adhésion à la sainte cause que Votre Majesté représente et qu'elle défend si courageusement.
Ce sont mes rapports d'autrefois avec don Ramon Cabrera, et le titre nobiliaire dont je m'honore, qui me portent à offrir aux pieds de Votre Majesté cette nouvelle protestation d'inébranlable dévouement. Car, en d'autres circonstances, elle aurait semblé peut-être non moins inutile qu'inopportune.
Sire, mon père, dans les derniers jours de cette vie que devait trancher le plomb meurtrier de la révolution, m'avait recommandé instamment, dans un document qui m'est cher, d'être toujours bon chrétien et honnête gentilhomme.
Les principes catholiques et les traditions de noblesse dont j'ai hérités de mes parents m'ont poussé à embrasser le drapeau de Votre Majesté, le seul qui les représente, et celui dont je veux rester le défenseur de plus en plus résolu :
Personne ne saurait l'arracher des mains augustes qui le soutiennent. Personne, sans se jouer audacieusement de la vérité, ne saurait séparer le Dieu des chrétiens et la patrie des Espagnols du rof des vrais monarchistes.
Dans ce but, je suis ici dans le camp des partisans loyaux, et j'y resterai comme chrétien, comme
Espagnol et comme gentilhomme, m'efforçant toujours de devenir un de vos premiers serviteurs.
Je sais que mon père me bénit dans le ciel, je sais que mes enfants n'auront jamais à rougir de moi.
S'il a été possible que celui qui porte ce nom de Grino se soit déclaré défenseur des principes de la révolution et ait embrassé les hommes qui les représentent en Espagne, oubliant que ce sont eux qui armèrent les bourreaux de sa propre mère ; moi, qui porte le nom des Léon, et m'honore du titre de Belascoain, je resterai à ma place d'honneur, en combattant sous l'enseigne de : Dieu, Patrie, Roi, ceux qui fusillèrent mon bienaimé père.
Que le Ciel, sire, veuille protéger et illuminer Votre Majesté pour qu'elle puisse sauver bientôt l'Espagne et remplir la grande mission qui lui a été confiée par la Providence.
Avec plus d'attachement et d'enthousiasme que jamais, je suis, monseigneur, votre très-obéissant servi -
viteur.
Lemote de Belcascoain.
Tolosa, le 22 mars.