‹ Don Carlos VII et l'Espagne carlisteChapitre 31 sur 50 · LE 16 JUILLET · texte numérisé non relu

LE 16 JUILLET

Espagnols,

Il y a un an aujourd'hui que j'ai tiré l'épée pour la défense de l'honneur, de la prospérité et de la grandeur de la patrie.

Une poignée de braves presque désarmés me soutenait seule alors. Nous n'avions plus de recours que notre foi, plus d'espérance que la confiance en Dieu et dans la sainteté de notre cause. L'échec, sur les champs d'Oroquieta, des efforts antérieurs contre le duc d'Aoste, aussi étranger pour l'Espagne que la république, avait découragé même ceux qui se disaient les plus courageux.

Mais Dieu a récompensé notre foi en exauçant nos vœux. Je me trouve aujourd'hui à la tête d'une armée considérable, vaillante et disciplinée, qui compte autant de victoires que de combats. Les meilleurs généraux de la révolution en sont témoins : ils sont' venus tous nous combattre, et tous s'en sont allés vaincus,

La foi dans la force du droit m'a donc donné le droit de la force. Ce dernier droit, le seul que puissent invoquer ceux qui me combattent, ne m'empêche pas d'avoir recours

une foisde plus au bon sens des Espagnols et à l'honorabilité de tous les hommes de bien.

En vérité, l'importance et l'éloquence des événements que l'Espagne a vus se dérober en peu de temps sont telles que mes paroles sont presque inutiles. Mon attitude et les baïonnettes de mes volontaires parlent d'ailleurs, assez haut. J'ai promis solennellement de sauver l'Espagne ou de mourir pour elle, et je tiens ma parole. Le monde sait bien qu'avant d'en venir. là, je tendais à mes ennemis la main en signe de paix et que j'acceptais la lutte dans le Parlement, lutte qui répugnait non moins à mes idées qu'aux désirs des monarchistes loyaux. Mais, lorsque le triomphe allait couronner l'abnégation des fidèles, les vaincus se firent vainqueurs au moyen de l'arbitraire et de la violence. La bonne foi trompée et la vertu bafouée eurent alors recours à moi, et demandèrent justice avec des cris de noble indignation. Je fus obligé de répondre à ces cris et j'ai tiré l'épée glorieuse de Philippe V.

Je crois néanmoins de mon devoir de manifester une fois de plus toute ma pensée et le but que je poursuis dans cette grande entreprise de la restauration de l'Espagne. Mes héroïques défenseurs n'ont pas besoin d'entendre encore ma voix; mais j'ai dit, dans une occasion solennelle, que je suis le r,oi de tous les Espagnols, et je veux le prouver en m'adressant à tous, car peut-être y en a-t-il encore qui doutent de la sincérité de mes paroles, et se laissent éblouir par la fourberie de mes adversaires.

Etant né et élevé dans l'amour de l'Espagne, la sauver a été la première et constante pensée de ma vie.

La loi et la tradition m'ont fait roi. En conséquence, et pour maintenir inébranlables les principes du drapeau que Colomb planta dans le nouveau monde, que Ximenez de Cisneros planta dansOran, je repoussai la couronne que les hommes de septembre m'offraient avant la bataille d'AI-

DOCUMENTS

ET

L'Espagne est catholique et monarchique, et je satisferai ses sentiments religieux et son amour pour l'intégrité de la monarchie légitime. Mais ni l'unité catholique ne suppose un espionnage religieux, ni l'intégrité monarchique n'a de rapport avec le despotisme.

Je ne ferai ni un pas plus en avant ni un pas plus en arrière que l'Eglise de Jésus-Christ. Ainsi, je ne molesterai pas les acheteurs des biens qui lui appartenaient, et j'ai démontré, il n'y a pas longtemps, de manière à ce qu'on ne s'y trompe pas, comment j'entends la sincérité de cette déclaration.

Jaloux de mon autorité souveraine et bien convaincu que les sociétés troublées ont besoin d'une main forte qui débarrasse d'obstacles le chemin du bien, je reconnais néanmoins et j'ai toujours reconnu que les peuples ont le droit d'être écoutés de leur roi au moyen de leurs représentants librement choisis, car la voix des peuples est le meilleur conseiller des princes, lorsque cette voix n'est pas dénaturée par la fausseté. Je veux donc une représentation légitime du pays en Cortès, sans prendre pour modèle les procédures fréquentes de la Révolution vis-à-vis» de ces chambres qu'elle appelle souveraines, et que l'histoire appellera les monstrueux rejetons de la tyrannie.

Je sais que les générations se corrompent ou se régénèrent par le moyen de l'instruction publique et je serai trèsattentif en cela; car l'Espagne et l'Europe ont. pu constater que leurs grands orages se forment dans les chaires et les livres, pour aller éclater dans les Parlements et sur les barricades.

L'esprit s'afflige depuis longtemps en considérant l'état des finances espagnoles, et cet état deviendra d'autant plus désastreux que je tarderai plus à arriver au trône de mes ancêtres. Que la responsabilité de ces désastres retombe sur la Révolution! Quant à moi, j'affirme que, s'il existe la

possibilité de sauver l'état financier du pays et de relever son crédit, j'y parviendrai avec l'aide de Dieu et le patriotisme des Espagnols. Car celui-là ne peut compter en vain sur l'aide de Dieu et sur sa propre persévérance pour résoudre une pareille question, qui a vu une guérilla de trente-deux hommes devenir, par sa fermeté, une armée puissante et invincible, attirant l'admiration du monde. Quoi qu'il en soit, l'Espagne agira comme un débiteur honnête, et elle pourra dire, en vérité, qu'elle a tout perdu fors l'honneur.

Ce serait abaisser ma dignité que descendre à démentir les calomnies que l'on répand parmi les esprits simples, en m'attribuant le dessein de rétablir des tribunaux et des institutions qui ne s'accordent pas avec le caractère des sociétés modernes. Ceux qui ne connaissent d'autre loi que l'arbitraire et qui n'ont de l'énergie que pour s'acharner contre les vaincus et renverser ceux qui sont sans défense, ne doivent intimider personne avec la perspective de rigueurs chimériques et d'arbitraire monarchique. Est-ce que je n'ai pas cent fois démontré vis-à-vis de mes adversaires forcés de se rendre, que m l'arbitraire, ni la rigueur n'ont de place dans mon cœur de roi I

J'aime l'Espagne comme un père aime son enfant, et Dieu, qui lit dans les cœurs des hommes, sait bien que je désire la gloire de cette noble terre au point d'imaginer que peut-être elle est destinée à inaugurer la purification de l'active et intelligente race latine, répandue dans les deux continents comme l'avant-garde de la civilisation chrétienne. Par cela même que j'aime l'Espagne, je pense à ces enfants ingrats qui, au delà de la mer, la combattent ou la méprisent, à ces enfants dont l'ingratitude s'explique par les erreurs de la mère patrie, mais qui reviendront sans doute lorsque la paix et l'ordre renaîtront vigoureusement sous le règne de ma sollicitude paternelle.

Vous voyez qu'aujourd'hui comme hier, j'appelle tous, même ceux qui se disent mes ennemis; je les appelle pour mettre un terme à celte guerre fratricide et jeter les fondements d'une paix durable.

Que l'ambition d'une minorité toujours séditieuse laisse la place à la volonté éloquente de ce peuple, qui m'acclame et me donne spontanément ses trésors et son sang ; mais si le cri de la rébellion continue, je l'étoufferai par l'explosion de mes canons. L'Espagne entière fera un suprême effort pour secouer le joug qui l'opprime, et ceux qui n'acceptent pas aujourd'hui la main de conciliation seront obligés demain de se soumettre à la loi impérieuse de la victoire.

Votre Roi,

Carlos.

Quartier royal de Morentin, 16 juillet 1874.

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