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ARMÉE DE CATALOGNE ET DU CENTRE

Général en chef : S. A. R. l'infant DON ALPHONSE.

Quartier général. Bataillons de guides de Catalogne. Escadron des guides de la princesse dona Maria de Las Nieves.

1 batterie.

1" division : S. Exe. le maréchal De campD. F. Saballs. 12 bataillons d'infanterie.

1/2 du génie.

1 batterie.

2 e division. S. Exe. le maréchal de camp D. Rafaël Tristany, comte d'AviNO.

10 bataillons d'infanterie.

1/2 du génie.

2 batteries. '

Malheureusement il s'en fallait beaucoup qu'on .put obtenir de ces deux divisions l'unité d'action et le groupement des forces. Non-seulement les divisions opéraient séparément, mais dans chaque division les brigadiers faisaient à droite et à gauche de petits coups pour leur compte particulier, de telle sorte que la con-

ception d'un plan mettent en ligne l'armée entière était impossible.

Ce mauvais état de choses n'empêcha point le 10 mai le brigadier républicain Despujols d'être battu à Cantaviéjà * par cinq bataillons aragonais. Huit jours après, les curés de Flix et de Prades étaient, par contre, arrêtés à Villanella par le brigadier Salamanca et contraints à rentrer dans la montagne.

Bien, qu'en somme, l'avantage restât le plus souvent, dans ces rencontres, aux colonnes carlistes, l'Infant comprit qu'il devait chercher à se créer dans le centre, un pivot d'opérations où il pût se refaire d'un échec éventuel et établir un centre d'approvisionnements, d'armement, d'équipement,qui .permît à son-armée une organisation sérieuse et complète.

Il jeta pour cela les yeux sur la place de Chelva en Maëstrazzo, et où il comptait un certain nombre de partisans dévoués : la garnison se composait de quelques gardes civils qui ne pouvaient songer à une résistance sérieuse : l'occupation de Chelva ne pouvait donner lieu à de grandes difficultés. Cette occupation eut lieu en effet presque sans coup férir, et Chelva eût pu devenir un centre redoutable d'action, si, imitant la sa-

1 Gantaviéja, dont la prise récente par l'armée alphonsiste a fait naguère quelque bruit est une petite place de quatrième classe, qu'on trouve à mi-chemin, entre Teruel et Morella, dans la province de Valence.

gessedes généraux carlistesde l'armée du Nord, l'Infant eût voulu renoncer à la guerre de partisans pour constituer unearmée solide, compacte, capable d'opérations suivies, ayant un objectif défini et manœuvrant de concert avec l'armée vasco-navarraise.

Il y a quelque témérité peut-être à juger ainsi un général et un prince qui a donné la preuve de qualités militaires incontestables, que nous apprécions aussi haut qu'elles le méritent; mais nous parlerions contre la vérité en ne disant pas combien il est regrettable, pour le succès de la cause de la légitimité, que ces qualités n'aient point attendu pour se manifester que l'armée de Catalogne eût acquis cette cohésion qui eût changé en succès durables d'éphémères conquêtes.

Ainsi, le 3 juillet, vers minuit, la ville de Teruel, centre stratégique important et capitale de province, fut envahie par 3,000 volontaires qui, après un combat de nuit de douze heures et maîtres enfin des principaux faubourgs, durent néanmoins se retirer, au jour, pour n'être point coupés de leurs montagnes et n'être pas cernés à leur tour dans leur conquête par le brigadier Lopez Pinto qui parcourait les monts Universales.

L'occupation momentanée de Teruel par les troupes royales prouvait que l'armée carliste de l'infant don Alphonse était assez forte pour battre l'estrade dans l' Aragon, dans la province de Valence et dans la Maëstrazzo sans avoir rien à craindre des colonnes républicaines qui sillonnaient ces diverses provinces. Un coup de main plus audacieux encore devait attester la

puissance de l'armée de Valence, jusqu'aux abords de Madrid.

Le 12 septembre, vers sept heures et demie du soir, le conducteur des dépêches du village de Canada del Hoyo, gros bourg situé à quelques lieues de Cuença, arriva dans cette dernière ville, déclarant qu'une forte colonne carliste s'avançait vers la place, venant du nord et des monts Albaracin.

A onze heures du soir, une femme de Pajaroncillo, signala également au gouverneur de Cuença la présence de 8,000 carlistes aux abords de son village.

Ces nouvelles reçues d'abord à la légère et sans qu'on y fit grande attention, furent confirmées par quelques hommes sûrs envoyés aux renseignements par les soins du préfet de la ville, don Norbert Sancho.

Cependant le fait de l'attaque de Cuença était un acte d'une telle audace, que le brigadier Iglesia qui commandait la ville, se refusa tout d'abord à prendre les précautions militaires que lui demandait le préfet.

Cuença, capitale de la province du même nom, est une. grande et belle ville de quatorze à quinze mille habitants, située au confluent du Jucar et du Huescar.

Au sortir des monts Albaracin, ces deux rivières coulent d'abord parallèlement l'une à l'autre, du nord au sud ; le Huescar se redresse ensuite vers l'ouest et tombe perpendiculairement dans le Jucar, de manière à enfermer Cuença dans une sorte de presqu'île rectangulaire et à lui constituer ainsi trois larges fossés infranchissables.

Le quatrième côté de la ville est fermé, au nord, II. 4

par un profond ravin d'un accès plus difficile encore que les rivières ; du confluent des deux cours d'eau, c'està-dire du sud, jusqu'au ravin, le terrain monte en pente très-râide, de telle sorte que les maisons sont échelonnées sur cette pente, dominées successivement Tune par l'autre et permettant au défenseur d'utiliser chacune d'elles contre un assaillant venant du sud. — Mais de hautes et inaccessibles montagnes qui bordent le Huescar et le Jucar à droite et à gauche, le ravin escarpé qui limite la ville au nord, empêchent toute attaque en un autre point que par le sud, c'est-à-dire par le point le plus favorable à la défense.

Tout à fait au nord, près du ravin, était une sorte çle citadelle ou château pouvant servir de réduit à une défense désespérée : dans certains endroits des faubourgs des ouvrages en terre avaient été élevés et quelques murs crénelés. Déjà, en 1873, le colonel carliste Santés avait pénétré, sans résistance, dans Cuença ; on avait donc essayé de prévenir un nouveau coup de main des royalistes, et la ville, telle qu'elle était, au 12 juillet 1874, constituait une position militaire d'un accès réellement difficile.

C'était cependant bien Cuença qu'avait résolu de surprendre l'infant don Alphonse, et les rapports du conducteur de dépêches de Canada del Hoyo, de. la femme de Pajaroncillô et des émissaires de D. Norbert Sancho étaient exacts.

Dès le 11 juillet, 5 bataillons carlistes, forts d'environ 600 hommes chacun, le bataillon des zouaves y

ET L'ESPAGNE CARLISTE 5i

le 1 er de Cuença, le 1 er dfes guides, le 4 e et 6* de Valence, 3 escadrons de cavalerie et 4 pièces de montagne avaient été massés dans les sierras de Cuença et d'Albaracin à Tragazela, Venta de Unnan, Salcedon et Nieva ; en même temps le brigadier Monet avait reçu Tordre de descendre au sud avec ses 2 bataillons, de manière à garder les routes du côté deTeruel et à surveiller la brigade Lopez Pinto qu'on savait- dans les environs de cette ville.

Le 12, à la nuit, la colonne carliste commandée par l'infant don Alphonse de Bourbon, ayant avec lui la princesse Maria de Las Nieves sa femme, et sous ses ordres les colonels ou brigadiers Freixa, Francisco de Julian, Vallès, le curé de Flix et Villalain, se mettait en marche et arrivait vers huit heures à Pajaroncillo, poussant sa cavalerie jusqu'à Anoalès et Palomera. Divers fils télégraphiques reliant la ville à Madrid, à Teruel et à Valence étaient coupés dès onze, heures du soir, de telle sorte que lorsque vers deux heures et demie du matin, la colonne royaliste arriva en vue de Cuença, la place n'avait plus à compter pour se défendre que sur ses propres forces.

La garnison républicaine était forte de 2,200 hommes, se composant de 2 bataillons de Tolède, de 2 escadrons de lanciers, de 1 escadron de carabineros et de la garde civile, sans compter la milice bourgeoise.

Dès trois heures et demie du matin, et sans sommation, l'artillerie carliste ouvrit le feu contre la partie haute de la ville.

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En même temps l'infanterie s'élançait, en trois colonnes, à l'attaque du faubourg de Carreteria, qui est la partie la plus basse de la ville, au confluent même des rivières.

A onze heures, le faubourg fut emporté par les troupes royales qui s'y établirent solidement.

Ce premier avantage était de grande importance, en ce sens qu'il introduisait les assaillants dans la ville même : l'Infant crut donc de son devoir, avant d'aller plus loin, de sommer la place de se rendre, et 11 fit adresser par son chef d'état-major au général don José de la Iglesia qui commandait la ville, la pièce suivante :

ARMÉE ROYALE Quartier général de Cuença,

D'ARAGON <■ i5 J ui,let * 87 *> — midi -

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