ET DE VALENCE
A Son Excellence le brigadier
D. José de La Iglesia, commandant État-major général. militaire de Cuença.
« S. A. R. l'Infant DON ALPHONSE DE BOURBON,
commandant en chef Tannée d'Aragon et de Valence, s'étant présenté devant la place de Cuença avec des forces considérables et s'étant rendu maître déjà de la moitié de la ville, désireux d'éviter une effusion de sang inutile, somme le gouverneur militaire de déposer les armes.
» La garnison sera prisonnière de guerre.
» Elle aura droit aux honneurs de la guerre.
» Dans le cas où ces conditions ne seraient pas acceptées, le feu recommencera immédiatement et la ville sera traitée sans quartier.
» Par ordre, » Le général chef d'état-major général, » Cayetano Freixa. »
Le général de la Iglesia répondit fièrement :
a Vous direz à S. A. R. que s'il arrive à me prendre, je veux qu'il prenne un homme d'honneur. Que le feu recommence sur-le-champ. »
A une heure, l'artillerie royale reprenait son tir, en même temps que par le sud un assaut général était donné à la ville même, par les rues de la Monnaie, la place des Taureaux et la rue de l'Institut.*
Le combat continua ainsi toute la journée du 1 3 et du 14, sans que l'assaillant avançât d'un pas, et la lutte paraissait devoir se prolonger longtemps, quand, pendant la nuit du 15, S. A. R. donna ordre au brigadier Villalain, qui avait soutenu deux jours entiers la position du faubourg d'en haut, de se retirer en y laissant 4 compagnies, et, avec l'appui des 1 er et 2 e bataillons du Maestrazgo qui arrivaient comme renforts, de passer au faubourg de la Carreteria pour donner assaut à la ville par ce point : pendant ce temps, on
simulerait une semblable attaque dans divers endroits.
A quatre heures du matin, cette périlleuse opération fut commencée.
Les choses en étaient à ce point, quand le 15, à midi, l'artillerie royale qui avait cessé de tirer sur la ville haute, parvint à faire brèche du côté de la rue de la Monnaie.
En même temps, 2 compagnies des bataillons de Villalain traversaient le ravin et pénétraient dans la seconde enceinte.
Le combat, pendant deux heures, fut meurtrier et acharné. Enfin, à trois heures après-midi, les bataillons du brigadier Monet, traversant à leur tour le ravin, entrèrent dans le château et prirent à dos le général Iglesia qui dut faire hisser le drapeau blanc.
Le brave gouverneur fut traité avec les égards que méritait sa belle défense \ la garnison avait plus de 700
1 Comme il n'a pas manqué de gens prétendant que le général de la Iglesia avait eu à souffrir de la part des troupes royales les plus mauvais procédés, nous publions ici la lettre où le général luimême met à néant ces calomnies.
Lettre du général de la Iglesia, ancien commandant républicain de la garnison de Cuença, à M. Gordon.
« Monsieur, j'ai reçu votre lettre du 12 février dernier, et comme vous le désirez et l'avez très-bien supposé, je ne vois aucun inconvénient à dire la vérité, tant au sujet des bons traitements que leurs seigneuries Don Alphonse et Dona Marie des Neiges de
morts ou blessés, et parmi eux le lieutenant-colonel du régiment de Toledo et le commandant de la réserve : D. Escobar.
Les pertes des carlistes s'élevaient à 100 hommes environ; mais les avantages de cet heureux coup de main étaient considérables.
Outre l'effet moral que produisait en Espagne un tel succès, la prise de Cuença mettait aux mains des carlistes 1 brigadier, 4 officiers supérieurs, 25 officiers et 500 soldats du bataillon de" Toledo, 2 escadrons complets, 1 des lanciers d'Espagne, et l'autre de carabiniers, enfin 26 chevaux de gardé civile. Comme ma-
Bourbon et de Bragance ont bien voulu avoir pour moi durant le temps que j'ai été prisonnier de guerre, que pour la conduite blâmable, en plus d'une occasion, des carlistes en général.
» Ainsi donc, je ne puis moins faire que de convenir que ce sont de pures calomnies que tout ce que les journaux ont publié au sujet de cruautés commises par les respectables seigneuries, dont la conduite, la bonté et la clémence envers les prisonniers en général et envers moi en particulier n'ont pu être meilleures ; il est égalemenf faux que j'aie été, à ma sortie de Cuença, conduit attaché par le cou, comme vous m'assurez qu'on l'a prétendu.
» Je ne puis vous donner des informations au sujet delà conduite des carlistes en général; depuis leur entrée à Cuença, j'ai été conduit à ma maison comme prisonnier; je n'ai rien vu, mais j'ai entendu dire que quelques excès avaient été commis ; toutefois leurs seigneuries n'en auront pas eu connaissance, sans quoi ils ne les auraient pas tolérés. , •
» Je suppose aussi qu'on ne leur a pas fait connaître alors, et qu'ils ignorent encore aujourd'hui, bien que je ne puisse cependant l'affirmer, que pendant la marche de Chelva quelques-uns des prisonniers défenseurs de Cuença furent fusillés.
» En sus, je conviens que leurs seigneuries ont fait tous les efforts
tériel de guerre, Tannée royale trouva à Cuença 4 pièces de campagne de 8 centimètres, 530 projectiles Krupp, 377 boîtes à mitraille, 569 fusées fusantes, 20 caissons de fusées percutantes, 700 fusils Remington et 1,500 carabines Minié, 500,000 cartouches Remington, un grand nombre de fusils à capsule, enfin des voitures et des haquets de transport.
C'était réellement un des coups de main les plus audacieux qu'eut jusqu'ici enregistré l'histoire. Pourquoi faut-il dire qu'il fut malheureusement stérile. Après avoir fait détruire les fortifications élevées par les li-
qui leur ont été possibles pour humaniser la guerre, et ce n'est pas leur faute si ces efforts n'ont pas toujours donné les résultats qu'on devait en attendre.
» Moi, particulièrement, je leur suis sincèrement reconnaissant et je n'oublierai jamais leurs attentions et la bienveillance, que je leur dois.
» J'ai l'honneur de vous offrir, etc..
» Signé : José de là Iglesia.
» Madrid, 8 mars 1875. •
A propos des prisonniers fusillés dont parle le général de la Iglesia,. nous trouvons dans » l'Union du 16 juillet l'attestation suivante :
a Dans sa lettre, le général de la Iglesia se plaint que quelques prisonniers aient été fusillés pendant qu'on les conduisait de Cuença à Chelva; le fait est exact : trois soldats républicains, pour avoir à plusieurs reprises tenté de s'échapper, furent passés par les armes, conformément aux lois de la guerre.
» P. dé Caseneuve,
» Colonel attaché à l'état-major de S. A. R.
l'Infant D. Alphonse de Bourbon. »
béraux, créé une municipalité carliste, l'Infant dut battre en retraite, et rentrer dans la montagne. • Il reparut le 3 août, devant Teruel avec une dizaine de mille hommes, mais sans pouvoir s'emparer de la place et regagna le Maëstrazgo, ayant tiré peu d'avantages sérieux delà plus brillante campagne de partisans qui ait peut-être jamais été faite.
Pendant que ces faits se passaient au sud, le général Tristany préparait en Catalogne un coup de main qui devait avoir de plus sérieux résultats.
Le 15 août, 1 50 hommes décidés, commandés par le commandant Garcia, s'emparèrent, sans coup férir, de la ville de La Seo de Urgel, dans la vallée du Sègre, à quelques kilomètres du val d'Andorre : le lendemain 16, au matin, la brigade Tristany entrait dans la ville et somtaait la citadelle de se rendre.
La Seo de Urgel, place forte de deuxième classe, est une ancienne ville de 8,000 habitants, qui se compose d'une ville basse et de trois forts détachés : la citadelle, la tour de Solsona, le château.
Tristany trouva le château inoccupé ; la citadelle fut bombardée pendant quelques heures et se rendit avant qu'aucun mur n'eût été entamé : en douze heures la ville et tous ses ouvrages étaient au pouvoir de l'armée royale.
Sûr, dès cet instant, d'avoir une base d'opérations stable, le général carliste songea à faire le siège de Puygcerda. 11 manquait malheureusement, pour une
telle opération, de tout le matériel nécessaire. Malgré cela, on mit quelques pièces en batteries et le bombardement commença.
Le général commandant la Catalogne pour le gou- . vernementde Madrid, Lopez Dominguez, apprit en même temps et la prise d'Urgel et le danger que courait Puygcerda : il réunit immédiatement une douzaine de mille hommes, tout ce qu'il avait sous la main, et, à marches forcées, se dirigea au secours de la place assiégée.
Pendant ce temps trois assauts livrés par Tristany étaient repoussés; néanmoins la place ne pouvait tenir plus de quatre ou cinq jours. Lopez Dominguez, désespérant d'arriver à temps, forçait de vitesse, touchait Vich le 29, le 31 Prats de Llusanes, le 1 er Berga, remontait le Llobregat et se heurtait le 2, à Baga, aux troupes de Saballs qui cherchaient à lui barrer les chemins de la Sierra de Gadi. Le nombre disproportionné des forces contraignit Tannée royale à céder enfin le passage, et Tristany dut lever le siège. Lopez Dominguez entra le 5 septembre dans la ville débloquée.
Cette fois encore, le siège de Puygcerda était un coup manqué.
Dans le centre, le général Pavia venait de recevoir du gouvernement de Madrid le commandement de toutes les forces républicaines opérant en Aragon, autour de Valence et dans le Maëstrazgo : le total de ces
troupes se montait à une quinzaine de mille hommes répartis en quatre ou cinq brigades.
Le 9 septembre eut lieu un engagement assez sérieux entre le brigadier Pinto et l'Infant qui dut battre en retraite : le combat de Pobleta-Caguella, sur la route de Morella, ne fut pas davantage favorable aux volontaires royaux ; mais ces combats n'avaient rien de décisif. Le gouvernement de Madrid, qui avait espéré de plus grands succès, destitua Pavia et le remplaça par Jovellàr, qui ne devait ps^ mieux faire.
C'est à cette époque qu'il faut placer la pointe hardie du brigadier carliste Villalain sur Madrid. Parti des monts de Gifuentes dans la nuit du 1 2 août, à la poursuite delà colonne républicaine du brigadier Reina, Villalain l'atteignit le 15 au sud de Guadalajara, et le mit en complète déroute : il coupa le télégraphe et resta vingt-quatre heures maître du bourg de Marchamalo (?).
Il était à onze lieues çle Madrid.
Vers le même temps, l'intrépide colonel Lozano renouvelait le raid du colonel Santés et descendait jusqu'à Grenade.
A la tête de 1,200 hommes d'infanterie et 300 chevaux, Lozano parcourut, sans être inquiété, la province de Valence, celles d'Albacete, d'Alicante , de Murcie, de Grenade, et jusqu'aux monts Alpujarras, entrant dans les capitales de province, y levant des impôts et y établissant des municipalités royalistes, coupant les voies
ferrées el les télégraphes, absolument maître dii pays. On a reproché à Lozano des procédés sommaires et de véritables assassinats: la guerre est la guerre, et Ton ne la saurait faire sans interrompre le cours régulier des habitudes ordinaires de la vie. La destruction des voies ferrées, dont on a voulu en particulier lui faire un crime, est, à la guerre, un droit du belligérant et ne pouvait même pas être un grief contre l'intrépide partisan. A- t-on jamais reproché à Shéridanles télégraphes qu'il a brisés, les gares qu'il a incendiées, les employés récalcitrants qu'il a fait passer en cour martiale?
Justice donc pour tous.
Nous citons ici le fameux avis de Lozano aux employés du chemin de fer de Murcie.
Bios, Patria, Rey.