SCÈNE III
Sarah, Dona Bienvénida, Léon Abravanel, Joseph Abravanel, Famille de Don Isaag
(Par les portes du fond entrent les membres de la famille de Don Isaac causant entre eux et se formant par groupes.)
Léon. (A Joseph avec lequel il s'avance vers le milieu
de la scène.)
Oui mon frère je crains bien qu'il n'y ait dans tout ceci quelque nouveau danger. Il me semble que ce calme est précurseur d'une tempête.
Donà Bienvénida. (Qui vient de rentrer avec Sarah à Léon.) Eh bien Léon, quelle nouvelle nous apportes-tu du temple?
Léon
Nous étions peu nombreux ce soir ma mère. Il paraît que le Roi qui se plaît beaucoup à Grenade veut y établir comme dans les autres villes du Royaume ce tribunal de Tinquisilion que l'on appelle maintenant Le Saint-Office pour rechercher malgré les promesses faites au Khalife vaincu, les Chrétiens qui ont embrassé l'islamisme, et à ce sujet je vous dirai {Plusieurs membres de la famille ce sont rapprochés et t écoutent attentivement) que Ton nous a recommandé d'éviter en ce moment tout rapport avec ceux de nos anciens frères qui sont devenus les nouveaux chrétiens, les marranes, puisque c e t le nom dont on les a stigmatisés. Il ne faut pas qu'on puisse les accuser de pratiquer encore nos rites et nous de les leur faire pratiquer.
Joseph
Il paraît que ces jours-ci plus de deux cents d'entre eux on été brûlés vifs sur le quémadero (*) de Séviile.
D. Bien vén ida. {Joignant les mains) Pauvres malheureux ! Que le Seigneur les reçoive auprès ^de lui.
Léon
On disait aussi que la Cour doit rentrer bientôt à Tolède
Sarah. (Qui jusqu'à ce moment était assise à l'écart, caressant la chevelure de deux enfants quelle tenait auprès d'elle, se levant et s avançant vers Léon)
Que dis-tu frère ?
Léon
Que la Cour doit retourner ici pour quelque temps
Nous avons appris encore que Luis de Santangel, le chance lier de la maison royale, qui est aussi un nouveau chrétien, protège beaucoup ce Génois, Christophe Colomb, qui prétend trouver des routes encore inconnues pour aller aux Indes et qui demande depuis si longtemps les moyens de tenter son aventure. Il faut beaucoup d'argent et certainement on nous en demandera.
(*)Nom donné aux bûchers élevés pour les autodafés.
Joseph
Et j'espère que toute notre communauté s'intéressera à ce grand dessein.
Léon
Sans doute J'ai appris aussi avec grand plaisir que
notre vénérable ami Don Abraham Sénior vient d'être récompensé par la Reine qui, pour le remercier d'avoir si bien administré les fournitures des armées pendant la guerre, a porté à cent mille maravédis la pension annuelle qu'elle lui faisait.
D. Bœavémda
J'en suis heureuse car je ne puis oublier que lorsque votre père, proscrit de Lisbonne pour son attachement au Duc d& Bragance, arriva ici ruiné et fugitif, il trouva une amitié solide auprès de Don Abraham Sénior qui l'associa à son œuvre etî à sa fortune mais voici votre père*