ACTE 1, SCENE VI
passions a jeté cette bouillante et folle fille dans des chemins fermés et inextricables au bout desquels je suis toujours.
(.-I pari).
Quelle est la femme qui ne finira pas par croire à un serment d'amour, répété longtemps d'une voix tendre et avec des }eux mouillés de larmes ?
PERDRIGO
Quelle nouvelle chimère allez-vous poursuivre? Seigneur! De quelle matière êtes-vous donc fait pour prétendre séduire une femme dont vous venez de jeter l'amant sur le carreau et qui s'en montre désespérée? — D'ailleurs avez-vous oublié la belle Dolorès avec qui vous avez rendez-vous pour cette nuit ?
J'avais oublié, en effet. Mais je me soucie bien de Dolorès présentement.
PERDRIGO
Cependant elle vous attend et avec elle vous aurez le plaisir facile.
Eh ! qu'elle attende et se lamente. Le plaisir facile n'est pas celui qui me tente. J'ai soif de l'impossible. Gagner une femme douce et crédule est pour moi un jeu d'enfant. Mais réduire une femme rebelle et insolente, qui sans doute en aime un autre, qui pours'en convaincre elle-même, car elle n'en est peut-être pas si convaincue, s'efforce à me haïr ; la plier sous ma loi dans le moment où quelque chose de criminel la sépare de moi, anéantir et jeter au vent toutes ses pudeurs révoltées, ses scrupulesles mieux établis, dénouer, demes mains audacieuses, le drame intime de cette âme troublée comme les plis noueux de sa chevelure pour en faire un manteau de soie où se dérobera sa honte sous mes baisers de feu : voilà une entreprise digne de don Juan et je la veux tenter sans retard...
PERDRIGO
Mais, monsieur...
La voici qui revient.
acteIjSCénevi 25
DONA SAHELE
Il vit : rendez-en grâce à Dieu ! J'aurais vengé sa mort sur votre tête.
Je me garderais bien de rendre à Dieu la grâce que vous souhaitez. Car mourir de cette jolie main, c'est une faveur que don Pasqua! lui-même n'aurait jamais méritée.
(Il lui prend la main qu'elle relire hrusqueiiicnt.)
N'est-il donc pas possible que je répare quelque chose du mal que j'ai fait en croyant vous servir ?
DON A SAHËLE
Me servir? Dites plutôt m'offenser. Défend-on une femme au péril de sa vie, sans donner à penser qu'on a des droits sur elle? Me voici déshonorée. En voyant un gentilhomme de bonne et fière mine m'offrir le secours de son bras contre mon ravisseur, j'y avais, je l'avoue, appuyé ma faiblesse. Maissavais-jequecegentilhomme était don Juan, don Juan dont le nom seul
26 DON JUAN d' ARM AN A
est devenu un sujet d'épouvante pour toutes les femmes? Qui croira désormais à la pureté de Dona Sahële ?
Qui oserait la mettre en doute recevrait de ma main le châtiment de son imposture. Ce bras qui vous a arrachée à don Pasqual, ne peut-il encore vous protéger? Ah ! noble dame, vous ne ferez jamais à mon courage un appel inutile. Celui qui sent son cœur rempli hésite-t-il à se sacrifier à l'objet de son amour?
DONA SAHËLE
Que voulez-vous dire? Don Juan, vous allez ajouter une offense à toutes celles que vous m'avez faites.
Est-ce offenser une femme que de lui dire qu'on l'aime après le lui avoir prouvé en exposant sa vie pour elle? Ah ! vous ne soutiendrez pas que je sois un amant vulgaire, qui use de protestations, de prières, de parjures et ne donne aucun gage de sa