‹ Don Juan d'Armana, drame en quatre actesChapitre 12 sur 59 · ACTE I, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VI

foi. Je ne vous ai que trop prouvé toute l'influence que ces beaux Neux pouvaient exercer sur mon âme. Oui, ce sont ces beaux yeux qui ont fait tout le mal. Si don Pasqual est blessé, si vous êtes offensée et si je suis malheureux, profondément malheureux d'avoir fait tort à votre amant et contrarié vos goTJts, d'avoir plissé ce front si pur et de sentir dans mon cœur un amour sans espoir, n'en accusez que la grâce exquise de votre personne qui verse dans mon sang les philtres empoisonnés d'une passion insensée et coupable.

D G X A S A H Ë L E j Ironique.

Et cette passion vous est venue, ainsi, tout à coup ?

Oui. Tout à coup comme toutes les grandes passions.

Vous n'êtes point, Sahele, de celles qui inspirent de légères et capricieuses amours et vous n'avez pas devant vous le don Juan que la jalousie des hommes vous a peint. Je ne me reconnais pas moi-même tant je me sens profondément troublé.

2 8 D O s J U A N D ' A RM A N A

DONA SAHËLE

Si tu disais vrai ! Serait-ce toi qui remplacerais pour moi cet amant affolé jusqu'à la violence, que je haïssais avant de l'estimer et que tu m'aurais fait aimer sans ce que tu viens de dire, charmeur dangereux que j'ai la faiblesse d'écouter? Pour lui aussi, comme pour tout le monde, je porte désormais l'opprobre du lien maudit que ton courage a noué entre nous. Ah ! pourquoi t'es-tu rencontré sur mon chemin ?

Pour t'aimer jusqu'à en mourir.

DONA SAHËLE

Malheureux ! si tu dis vrai, tu perds toute liberté : si tu mens tu n'auras jamais assez de regrets. Que veux-tu donc faire de moi ?

DON j u A N

Tout ce que tu voudras.

DONA SAHËLE

Don Juan peut-il n'aimer qu'une seule femme et lui dévouer sa vie?

ACTEl, SCENE VI 29

Avec une femme telle que toi Timpossisible devient possible. Les hommes ne se montrent inconstants qu'autant qu'ils n'ont point rencontré celle qui devait les attacher pour toujours. Pour chacun de nous, cette femme existe et pour moi je viens de la trouver.

(Il lui prend lu taille.)

DON A s AH EL E

Arrête. Tu flattes mon orgueil sans avoir encore touché mon cœur. — Rends-toi ce soir à la fête de l'alcade. Je te dirai ce que j'aurai décidé de moi. Sois fier, don Juan, ou que ceci te trouble jusqu'au fond de l'âme : Je ne te quitte pas tout entière.

(A part.)

O mon gentilhomme : si tu n'es pas ce que je crois, c'est toi que tu trompes; et ma vengeance serait cruelle.

scè:ke vil

PERDRIGO.— DON JUAN.

TERDRIGO, scrtd77t de sa cachette.

J'ai tout entendu et je n'en crois pas mes oreilles. Caramba ! quelle luronne! Un torrent qui remonte à sa source. C'est vous, monsieur, qui avez fait ce miracle. C'est un de vos coups les plus forts, mais non des moins aventurés.

Assurément, et j'en tire vanité. Et n'estelle pas charmante? Quelle ardeur! quelle mobilité ! Tous les feux de l'Espagne s'agitent en elle sous le souffle de passions contraires. Elle hait dans l'amour et aime dans la haine sans savoir si elle hait ou si elle aime, passant de l'exaltation au désespoir, balancée comme la barque que soulèvent et précipitent tour à tour les

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