ACTE I , SCENE Vil
flots furieux: Nature pleine d'emportement et d'imprévu.
Commander à cette àme indomptée, c'est commander aux tempêtes: jouissance délicieuse pour moi ! Tant de femmes m'ont gâté par une soumission trop facile. Tant de femmes se montrent toujours les mêmes, uniformes et tranquilles comme de beaux lacs toujours bleus ou verts — ou teintés des couleurs indécises d'un ciel terne. — Monotone spectacle qui me détache bientôt.
Mais cette Sahële est une lave brûlante. Que je me sens donc impatient de me mesurer à ce démon.
PERDRIGO
Un vrai démon ! vous l'avez dit, et dont, à votre place, je me garderais bien. Ces êtres là ne portent pas le bonheur avec eux. Savez-vous sur quelles eaux vous allez vous embarquer ?
Les naufrages n'ont pas lieu si près du
port et je ne prends jamais le temps de gagner la haute mer.
Oui : mais vous abandonnerez cette nouvelle maîtresse comme les autres et elle se vengera. Allez-vous vous exposer à mourir de la main d'une femme?
Ne m'attriste pas. J'ai fait depuis quelque temps d'assez méchants rêves. Il faut bien que je te l'avoue, mon bon Perdrigo, j'ai vu, en effet, une main de femme armée, levant le fer sur moi. Rêve imbécile, rêve d'inquisiteur ou de bourreau. — Pourquoi mes jours, tout ensoleillés de bonheur, ne retiennent-ils pas assez de voluptueuses clartés pour en illuminer mes nuits de tendres et paisibles songes et doubler ainsi ma vie d'une continuité de sensations où se confondraient la chimère et la réalité? — Allons ! c'est folie : Ne songeons qu'au plaisir que me promet Sahële. Ah ! mon ami, tu ne connais pas ce genre de femmes !
ACTEIjSCÉNEVIl 33
PERDRIGO
Ma foi, tous les genres de femmes me paraissent se ressembler.
Je risque une scène atroce et même quelques-unes: mais aux cimes élevées où s'aventure le désir pour étreindre un plus vaste espace, l'émotion se rit du danger. Là régnent les orages mais là aussi règne l'Infini : l'Infini du bonheur peut-être?
PERDRIGO
Mais cette Sahële ne vous donnera pas tant de félicité et c'est payer trop cher la vanité d'être aimé que d'y exposer son repos et sa vie.
Oh ! le balourd ! Ame toujours à plat. Ne vois-tu pas que la vie ne vaut que par le péril de la perdre ! Vivre tranquille : idéal de brutes!
PERDRIGO
C'est possible. Injuriez-moi et le genre
humain avec moi, mais voici une luronne qui, j'en réponds, s'accrochera à ne plus décrocher. Du plus loin, elle vous reviendra.
S'accrochc-t-on aux rafales du vent ?
Non: telle n'est pas ma destinée. Je passe à travers les cœurs comme l'ouragan sur les terres qu'il dévaste; mais toutes les ruines, ou presque toutes, se réparent et l'âme d'une femme ne s'enveloppe pas d'un deuil plus épais que celui que dissipe les rayons du jour naissant sur l'immensité des mondes. Celle-ci même m'oubliera plus vite qu'il ne semblerait: Et c'est un autre qui jouira des emportements où l'aura mise mon abandon ! Que ne puis-je être à la fois moi-même et cet autre-là ! (On entend une faiifnie.)
PERDRIGO
Quel est ce bruit ? Un cortège. — C'est l'alcade avec sa suite qui s'avancent de ce côté.
ACTEl, SCÈNE VIII 35
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L'Alcade d'Aran'juez. — DON JUAN PERDRIGO. — Suite de l'Alcade.